Friedrich Glauser

  • Friedrich Glauser était un épistolier hors pair. En témoigne un riche legs de lettres, adressées à un grand nombre de correspondants. Ces lettres sont des témoignages biographiques importants : elles documentent une vie d´écrivain compliquée et mouvementée qui fascine jusqu´à nos jours un large public, précisément en raison de ses ambivalences. Dans ses lettres, Glauser s´exprime en détail sur tous les aspects de son travail : ses lectures (en particulier la littérature française), la production littéraire suisse, les espoirs de reconnaissance, la recherche des personnages, l´angoisse de la page blanche et les soucis d´argent - tous ces thèmes et bien d´autres encore sont évoqués sans détour dans les lettres. Glauser s´y révèle un maître de la nuance : selon le correspondant, il endosse un nouveau rôle, change prestement de sujet et de ton. Pour le lecteur d´aujourd´hui, cela rend la lecture des lettres savoureuse aussi bien du point de vue du contenu que du style.

  • Une série de morts étranges se succèdent à Genève. Tous sont empoisonnés, mais le poison n'est pas identifi able. L'asile psychiatrique de Bel Air voit de nouveaux arrivants et des essaims de mouches apparaissent dans le sillage d'une vieille dame. Un professeur morphinomane, plein de charme et d'une étrange culpabilité, un procureur bonhomme, un détective légèrement blasé, un espion soviétique très louche, une espionne soviétique enfl ammée, une médecin délurée, un autre médecin, mais gentil et ennuyeux, et un faux reporter irlandais. Tous ces ingrédients font de ce roman policier étonnant une petite merveille de style, écrite en 1929.

  • Rédigé en 1928-1929, Gourrama accompagna en fait Friedrich Glauser tout au long de sa vie : la hardiesse de ses thèmes effrayant les éditeurs de l'époque et lui valant refus sur refus, l'écrivain ne cessa de retravailler son manuscrit, qui fut publié, dans une version censurée, l'année de sa mort.
    Il fallut attendre 1980 pour voir enfin paraître le texte dans son intégralité. L'histoire difficile de ce livre - qui n'est pas sans refléter la destinée même de Glauser - est à la fois compréhensible et inexplicable, car si certains sujets abordés avec une absence de préjugés étonnante (l'homosexualité, le suicide) ont certainement choqué, la beauté et l'intensité du roman en font sans contexte un chef d'oeuvre - sans doute l'ouvrage le plus marquant d'un auteur essentiellement connu pour ses romans policiers, d'ailleurs eux aussi tout à fait hors norme.
    Il est aisé de retrouver dans Lös, le héros du récit, des aspects de Glauser lui-même. L'expérience relatée va cependant bien au-delà du rappel, si frappant soit-il, d'un épisode autobiographique : le passage de Glauser dans la Légion étrangère. Le lecteur qui chercherait une évocation des murs brutales et exotiques de ce mythique corps d'armée ne sera certes pas déçu, car le réalisme est poussé très loin dans ces pages.
    La vie militaire - comme toute ,te humaine ? - est ici hantée par l'ennui, qui apporte le désespoir, la révolte, la destruction des autres et de soi-même. Pour la seule raison, semble penser Glauser, que la tendresse n'y a pas droit de cité. L'ordre de la Légion n'est que le revers d'un désordre, car il oblige les hommes non seulement à renoncer à leur nom - nul hasard à ce qu'un des personnages choisisse de s'appeler Tod, la mort, et perde la vie - mais aussi, et surtout, à méconnaître une nostalgie essentielle.
    La garnison de Gourrama se transmue ainsi avec le recul du temps et sous le filtre de la mémoire en un lieu symbolique, un monde extrême où les soldats grossiers et bagarreurs tirent peureusement dans la nuit leurs matelas dehors, et les rapprochent, afin d'échapper au sentiment d'une solitude où leur sommeil ressemble à la mort.

  • Morphine

    Friedrich Glauser

    Tout au long de sa vie, Friedrich Glauser écrivit de nombreux textes courts, où l'expérience vécue affleure plus visiblement encore que dans son oeuvre romanesque.
    Qu'il s'agisse de nouvelles, de confessions franchement autobiographiques, voire de fragments de journal intime, on y retrouve un reflet fidèle de l'expérience tragique de la drogue, de la folie et de la marginalité, mais aussi une vision parfois humoristique de la " grande " histoire ou de la vie quotidienne d'un Européen dans l'entre-deux-guerres.
    On découvre également une oeuvre en devenir : certaines nouvelles sont comme des ébauches de passages entiers des romans policiers, et nombre de personnages que l'inspecteur Studer rencontre au cours de ses enquêtes singulières apparaissent, bien réels, au détour des souvenirs de son créateur.
    Jusqu'au texte final évoquant Nervi, ce paradis mélancolique où Glauser mourra brusquement la veille de son mariage, le lecteur peut suivre dans Morphine les efforts désespérés du rebelle rejeté par sa famille, de l'habitué des drogues et des maisons de correction, qui trouve enfin dans la littérature un exutoire au mal de vivre ou à un trop-plein de vie.

  • Qui est Matto ? Pour le patient Schül, un des malades de la clinique psychiatrique de Randlingen, il est l'Esprit de la folie, qui lui dicte d'étranges poèmes prophétiques.
    Mais Matto ne serait-il pas plutôt l'assassin du vieux directeur de la clinique ? Non pas un esprit, mais un être de chair et d'os, et dangereux ? L'inspecteur Studer mène l'enquête. Il découvre un univers bizarre et désespérant, où seule la confiance qu'il éprouve pour le docteur Laduner, un jeune psychiatre qui tente de tirer les âmes des abîmes où elles sont descendues, le sauve d'un sentiment paralysant d'impuissance.
    L'affaire finira par être élucidée, mais l'inspecteur devra avouer qu'il n'avait rien compris, ou presque... Jamais Friedrich Glauser n'était allé aussi loin dans son art de concilier une intrigue policière efficace avec l'évocation des ambiguïtés et des détresses de l'humanité. Son expérience personnelle - il a été interné à plusieurs reprises dans des établissements psychiatriques - n'est sans doute pas étrangère au réalisme angoissant, parfois visionnaire, qui imprègne le livre.
    La clinique de Randlingen finit par apparaître, non seulement à un inspecteur Studer désemparé mais au lecteur lui-même, comme le reflet secret du monde dit normal, reflet d'autant plus menaçant et inquiétant qu'il est exact.

  • Excès de haine, excès d'admiration, tels sont les sentiments que l'on porte à la Légion étrangère, « comme à toutes les institutions qui se proposent de faire basculer le destin », écrit Friedrich Glauser. Il s'y enrôle en 1921 à Strasbourg, est envoyé en Afrique, sert un an et demi près de Bel-Abbès, dans une vallée de pierres, de chaleur accablante, d'ennui absolu. Dans ce désoeuvrement, il lit Mallarmé, Rilke et Trakl, parvient à quelques échanges littéraires avec un gradé qui avait été avocat, observe les hommes avec lucidité, rapporte les petits faits de la vie quotidienne dans ce non-lieu de la vie. Ce court récit est d'une clarté d'esprit lumineuse.

  • " Ecoute, Fred, j'ai volé - écoute-moi bien - j'ai volé moins que ce que tu viens de cacher là-haut, et c'était mon bon droit aussi.
    J'ai pris cinq mois. Puis j'ai dû servir dans les Bataillons d'Afrique, avec des souteneurs, des apaches... Je suis aussi pour qu'on prenne aux riches, mais pas comme cela... Pas de cette façon... En se battant loyalement... Comprends-tu... " Mais je suis têtu, je ne veux pas entendre. Et soudain je dis : " Vois-tu, Marcel, les voleurs occasionnels, ceux qu'on appelle des voleurs de circonstance, c'est uniquement par peur qu'ils volent - il faut que tu le comprennes...
    Ils ne volent pas pour le gain, les petits voleurs, ils ne pensent pas, au moment du vol, comprends-tu, au gain que le vol leur rapporte, mais ils ne volent, tu peux vraiment le croire, car j'en suis maintenant tout à fait sûr, ils ne volent que par peur, et peut-être que les hommes ne font aussi la guerre que pour échapper à la peur qui est en eux... " Dans les ténèbres était considéré par Friedrich Glauser comme l'un des textes les plus importants de son oeuvre littéraire.

  • Two Swiss women have been killed by gas leaks, murders thinly disguised as accidents. In Morocco, Studer stumbles onto a murky oil deal involving rapacious politicians and their henchmen. With the help of the common sense of his stay-at-home wife Studer solves the multiple riddles on offer. But, assigning guilt remains an elusive affair.

  • The death of a salesman in a Swiss forest appears to be an open and shut case, with an obvious suspect and a confession. But nothing is what it seems, and Sergeant Studer's investigation soon shatters the glassy facade of Switzerland's tidy villages, manicured forests and seemingly placid citizens.

  • Anglais The Chinaman

    Friedrich Glauser

    Anna, who died of a gastric influenza, left behind handkerchiefs with traces of arsenic. Then, James Farny was found murdered, with a single pistol shot to the heart and no hole in his clothing. Did the fact that the poorhouse inmates had to survive on watery cabbage soup while the Warden drank vintage wines have anything to do with the murders?

  • A murder puts an end to the wedding celebration of Studer's daughter. A man is found with a sharpened bicycle spoke embedded in his back, and a suspect is quickly arrested - a bit too quickly, thinks Studer. This cult novel of the 1930's is the fifth and last of the Sergeant Studer mystery series.

  • Les récits de Friedrich Glauser (1896-1938) sont largement influencés par sa vie mouvementée. Ils ont été écrits dam l'entre-deux guerres, une période d'instabilité politique durant laquelle régnait une grande peur de l'avenir en raison de la situation économique désastreuse. Ils n'ont pas été écrits par un écrivain confortablement installé chez lui à sa table de travail, mais souvent dans la nuit, après une dure journée de labeur manuel, ou même dans une cellule de clinique psychiatrique, au cours d'une cure de désintoxication.
    Ils se caractérisent toujours par un élément mystérieux, inquiétant, surnaturel, étrange, une situation inhabituelle ou une atmosphère particulière. Le lecteur est mis constamment dans l'attente d'événements insolites, voire fantastiques. Leur action se passe dans des endroits très différents, souvent dans des régions francophones, car Glauser, parfait bilingue, était un fervent admirateur et connaisseur de la culture française. Leurs protagonistes viennent de milieux sociaux très divers et le narrateur nous fait comprendre qu'il les juge d'" en bas ", qu'il est lui-même un pauvre parmi les pauvres.
    Même s'il les considérait parfois comme de simples exercices d'écriture, ce sont des textes extrêmement élaborés et précis, riches de tension narrative, de fantastique et d'humour. Ils constituent donc une partie très importante de son oeuvre.

  • Dada

    ,

    Cette année on fête les 100 ans de la fondation du mouvement Dada au Cabaret Voltaire à Zurich un soir de février 2016. Ce texte (1931) est extrait du livre, Glauser, de Hannes Binder que nous avons publié en 2015. Friedrich Glauser évoque ses souvenirs des premières manifestations du mouvement Dada à Zurich. Ils sont accompagnés des dessins sur cartes à gratter de Hannes Binder .
    En 1916, Glauser interrompt ses études de chimie et il fait la connaissance de Tristan Tzara. Sans être lui-même dadaïste, il participe à presque toutes les soirées Dada où il lit ses propres textes ou ceux d'autres auteurs. Devenu ami de Hugo Ball et de Emmy Jennings, il les accompagne en juin 1917 au Tessin pour échapper à son père qui veut l'interner dans une maison de santé.
    Hannes Binder illustre les flâneries de Glauser à Zurich, les ballades avec Tzara à Berne ou avec Hugo Ball et Emma Jennings dans les vallées du Tessin.

empty