Langue française

  • Revenir à l'organisation de la société qui prévalait avant la pandémie serait reproduire les conditions qui favoriseront l'émergence de nouvelles crises. Ce serait irresponsable et suicidaire. Il semble pourtant que, toujours guidés par ceux-là mêmes qui nous ont conduits au désastre, qu'inspirent encore les idées anciennes, nous soyons sur ce chemin. N'aurions-nous rien compris, rien appris?? Le vieux monde a montré ses limites, il est temps d'imaginer celui de demain, centré sur l'humain, solidaire et respectueux de l'environnement. Citoyennes et citoyens libres et conscients de nos responsabilités à l'égard des générations futures, nous présentons des propositions, chacune et chacun dans son domaine.

  • Effondrement, crises, histoire, environnement, avenir

  • La légende du merle Nouv.

    La légende du merle est un roman diariste, intimiste, porté par le chant d´un merle du pre-mier printemps de février au coeur de l´été, à la moitié d´août où l´oiseau s´est tu. Dans la félicité du paysan retraité, aujourd´hui confiné, l´écrivain prend des notes, les réécrit quinze fois, évoque tour à tour avec mélancolie l´absence de ses petits-enfants, puis avec sensualité les femmes de sa vie. Les carnets de l´écrivain-paysan se lisent d´une traite comme un long poème qui vient interroger son processus d´écriture : « (.) il y avait les prés si appréciés, si vivants, si percutants, comment les ramener sur la page blanche, étaler les surfaces, la mue des surfaces en images satellites, je commence les foins ici (...) » Au fil de cette « rétrospective anarchique » il ne se trouve pas plus malin, mais ça le rend heureux, il est rempli de paysages locaux, on le dit écrivain régional, « le merle n´est pas un oiseau migrateur, il a ses limites ».

  • Derrière les grilles du zoo humain, le sauvage sert à enseigner la civilisation.
    Derrière les murs de la Salpêtrière, les folles servent à enseigner la raison.
    Dans les chambres aux miroirs multiples, les filles servent à enseigner l'ordre.

    Paris, seconde moitié du XIXe siècle, la ville de tous les excès où se déploient les scandales de l'art, les prouesses de la science, les grands travaux d'urbanisme, les brutales politiques hygiénistes.

    Paris, 1856, naissance de Jeanne L'Étang. Enfermée de maison en maison, des combles de la maison mère aux pavillons de la Salpêtrière jusqu'aux salons des maisons closes, Jeanne L'Étang apprendra à vivre et à s'orienter entre ces mondes d'exils.

    L'auteure s'est immergée dans les archives de l'Assistance Publique, de la Bibliothèque universitaire Pierre et Marie Curie et de la Bibliothèque historique de la ville de Paris, pour y rencontrer Charcot, Freud, Degas, les clients des bordels et les folles de la Salpêtrière, les bourgeois et les mendiants, la ville et ses ombres, jusqu'à construire autour de son héroïne la langue la plus précise et la plus puissante possible.

  • Sur la planète du chocolat, la Suisse peut être vue comme une anomalie géographique. Les Suisses sont les plus gros mangeurs de chocolat au monde en sont aussi les producteurs les plus appréciés. Une anomalie qu'on a mise sur le compte d'une gourmandise bien placée ou d'une capacité innée à faire de la qualité dans cette « niche » gastronomique. La crise environnementale actuelle impose de revoir nos comportements alimentaires. En faisant un effort en particulier sur la traçabilité des végétaux et des animaux à l'origine de nos aliments. Car jusqu'alors, le marketing avait pour tâche de "réenchanter l'alimentation", comme si on admettait implicitement que la cassure d'avec les origines avait entamé le capital nutritionnel et culturel de nos nourritures.S'agissant du chocolat, les multiples manières de le préparer pour ledéguster ont ôté ce qui était à l'origine de son côté magique au temps des Aztèques et des Mayas. Chaque pays s'en est emparé avec sa culture technique et politique et la Suisse a joué un rôle considérable dans le monde pour la démocratisation du chocolat. Mais il a fallu l'attention des ONG pour désigner les trafics, les malversations, les spéculations qui ne défigurent la carte du plaisir qu'il nous procure. Et si ce livre devait ouvrir une nouvelle étape dans la constructiond'un rapport plus juste avec les pays producteurs ?

  • La castration

    Andreas Becker

    • D'en bas
    • 8 Septembre 2020

    Il y avait, à mes pieds, dans les sympathiques brumes des bas-fonds, une ville en dehors, une ville en mouvement, la belle ville grise de Paris.

    Une rumeur terrible se répand. Un castrateur serait en train de sévir en démembrant, de sa bouche, des vieux hommes. L'horreur est alors palpable. Qui est cet homme qui se retranche dans une chambre d'hôtel, pas loin de la gare du Nord ? Et pourquoi chasset-il sans cesse ?

    La Castration est une folle épopée, nous menant du Nord de l'Allemagne et de sa culture protestante à la Capitale de la France qui est bien plus qu'un décor : un personnage à part entière. Rarement on a vu ainsi décrite la ville de Paris, ses rues, la gare et son buffet, la Seine. Toute une galerie de personnages mystérieux se regroupe autour du castrateur, mais lui n'a qu'une idée en tête : réaliser le crime ultime et éliminer la dernière de ses victimes.

  • Lentement, une femme s'eace devant le monde. Autour d'elle, les silences, les absences, une clarté presque insoutenable, les paysages vides du Nord de l'Allemagne. Elle s'allonge sur un canapé, chez elle, dans son salon ; seuls l'alcool et les médicaments la font encore bouger. Le médecin est formel, la mort approche par cirrhose du foie.
    Andréas Becker accompagne la malade d'une langue ciselée et tendre, d'une langue qui cherche constamment à dire ce qui est encore exprimable quand la vie s'en va, mais quand l'amour se tisse. Malgré la tristesse de la mort se crée ainsi une espérance dans ce qui restera et que Becker nomme alors ça. Ça, c'est Ulla.

  • Mémoire éclatée

    Nils Andersson

    • D'en bas
    • 27 Septembre 2016

    Ce livre constitue un te´moignage exceptionnel sur plus de 60 ans du parcours d'un homme depuis les anne´es '50 a` nos jours. Deux tiers de l'ouvrage raconte les anne´es d'activite´s litte´raires, the´a^trales et e´ditoriales de Nils Andersson a` Lausanne - la fondation de la Diffusion et des E´ditions de La Cite´. En 1957, Nils Andersson rencontre Je´ro^me Lindon (E´ditions de Minuit), Jean-Jacques Pauvert (E´ditions Pauvert), et Robert Voisin (E´ditions de l'Arche) afin de leur proposer la diffusion de leur catalogue en Suisse. Il deviendra e´diteur lorsque Lindon lui demande d'e´diter La Question d'Henri Alleg, ouvrage interdit en France. De`s 1961, il diffusera e´galement les E´ditions Maspero et deviendra, apre`s de nombreuses publications lie´es a` la cause alge´rienne, l'e´diteur du Petit livre rouge de Mao et d'autres publications maoi¨stes.
    Apre`s son expulsion de Suisse par le Conseil fe´de´ral en 1966, il travaillera cinq ans a` Radio Tirana (e´missions franc¸aises), puis il deviendra le diffuseur des maisons d'e´ditions franc¸aises en Sue`de. A` sa retraite, il s'installe a` Paris et devient actif au comite´ scientifique d'Attac tout en s'engageant sur les proble´matiques des droits humains.
    Cet ouvrage raconte e´galement l'aventure de la de´colonisation et de ce que Nils Andersson appel le « de´clin de l'occident ». Me´moire e´clate´e fait suite a` un livre consacre´ aux E´ditions de La Cite´ publie´ dans la collection Me´moire e´ditoriale (E´ditions d'en bas) : Livre et militantisme. La Cite´-E´diteur 1958-1967 (avec une postface de Franc¸ois Maspero).

  • Silences d'exils est un projet entrelaçant le langage des mots et celui des images, conduit par Marina Skalova, écrivain et Nadège Abadie, photographe.
    Le projet est né d'une réflexion sur la dépossession de la langue, qui caractérise les trajectoires migratoires. La notion de Sprachlosigkeit en allemand, qui désigne à la fois une perte et un mutisme, est à l'origine de ce projet. L'expérience de cassure, de brisure de la langue, propre à la situation des migrants, est au coeur de la démarche de Silence d'exils.
    Depuis 2016, les deux artistes ont proposé des ateliers bilingues d'écriture et de photographie auprès de demandeurs d'asile dans le cadre d'une résidence de trois semaines à C-FAL Genève, puis à Bienne et à Neuchâtel. Les ateliers se sont ensuite poursuivis au cours de l'année 2017. Les textes, images et sons créés à partir des ateliers, par les deux artistes et les participants, ont donné lieu à la création d'une exposition interdisciplinaire, présentée pour la première fois à C-FAL à Genève en automne 2016. L'exposition a ensuite été accueillie au théâtre POCHE/GVE à Genève en automne 2017, puis par la Fondation Bibliomedia à Lausanne au printemps 2018, dans le cadre du Printemps de la poésie.

  • Amours et larmes d'exil est le dernier opus de Wilfried et Serge N'Sondé; il réunit un ensemble de poésies issus d'un recueil commun, des compositions acoustiques à la guitare douze cordes, Slam Poetry et Folk Songs originales, avec la participation exceptionnelle du saxophoniste Archie Shepp sur deux titres: Femme d'Afrique et sa version anglaise Black Woman.

  • La lessive et autres histoires de femmes migrantes rassemble plusieurs récits recueillis auprès de femmes venues d'ailleurs en Suisse. Yudit Kiss a soumis ces histoires à ses interlocutrices qui ont été très touchées par cette reconnaissance qui leur a été accordée. Leurs vies ont pris forme et ces récits de vie ont transfiguré leurs destins.
    Il s'agit de parcours singuliers marqués par la migration sous contrainte - on ne quitte pas son pays volontairement. C'est ainsi que ces femmes viennent du monde entier : l'Algérie, l'Espagne, l'Angola, la Russie, le sud de l'Italie, le Jura, la Tunisie, la Turquie, la Somalie, la Hongrie, et le Burkina Fasso.
    Yudit Kiss a écrit ces récits en mobilisant de nombreux styles narratifs en fonction de chaque histoire avec une prédilection pour le conte et parfois même le conte fantastique. Elle explore ainsi les lieux d'origines, les origines familiales, le tracé des déplacements et les péripéties de l'arrivée et de l'installation en Suisse de ces femmes immigrées. Ces histoires explorent toute la gamme de destins parfois heureux, mais aussi tragique et dont les maîtres mots sont le courage et la résilience de ces femmes.

  • «Face à la peur du chaos qui le tient, l'humain à besoin d'espérer. Certains ont foi en l'au-delà, d'autres en des lendemains qui chantent. Or les utopies sont précisément des récits qui projettent dans l'avenir, des mondes meilleurs basés sur de nouvelles mises en ordre de la société. Alors que les utopies sociales telles que le Contrat social de Jean-Jacques Rousseau ou le Manifeste communiste de Karl Marx ne convainquent plus guère, l'espoir dans les technologies nouvelles semble seul offrir aujourd'hui des perspectives fiables. Sous l'égide de ces technologies, les sociétés semblent pouvoir se restructurer dans l'intérêt du plus grand nombre et accéder à de nouvelles formes de démocratie. Il paraît même que l'on pourra confier à ces technologies le soin d'une gestion plus rationnelle des ressources de la planète, de telle sorte à éviter les catastrophes écologiques annoncées.» (Libero Zuppiroli) Libero Zuppiroli nous convie ainsi à un examen critique des utopies technologiques et des croyances qu'elles suscitent à notre époque.

  • Gueules

    Andreas Becker

    Gueules est un récit composé de textes et composé de photos d'origine (faites en 1916 à l'hôpital de Dresde et miraculeusement préservées).
    L'une des gueules, Charles de Blanchemarie, présente ses « colocataires » d'un hôpital où ces grands blessés sont soignés par une infirmière qui prend les soins très à corps. Naissent alors, au-delà de la solidarité de blessés, amitié, amour et tendresse dans un endroit où l'on ne s'attend qu'à abrutissement.
    Puisqu'avec des gueules abîmées il n'est plus possible de s'exprimer dans un français « correct », on fait comme on peut, avec des mots inventés, abrégés ou rallongés selon les facultés physiques de chacun.
    Mais l'incapacité de prononciation traduit aussi la perte de la dignité qu'ont vécue ces blessés de la face, que ce soit des mutilés de la guerre ou des accidentés d'aujourd'hui.
    Elles font peur ces gueules, alors que dans Gueules, ces êtres qu'on a érigés en héros pour les éloigner le plus loin possible de la réalité (pour d'évidentes raisons de propagande en préparation de guerres futures) se montrent telles qu'elles sont, aimables parfois, espiègles, joueurs...
    Tout simplement humaines.

  • L'effrayable

    Andreas Becker

    • D'en bas
    • 27 Novembre 2018

    Un être double, mi petite-fille mi vieil homme, dévide l'écheveau d'une terrible généalogie qui remonte à l'horreur nazie, puis soviétique, dans le vaste champ de ruines que laisse le « grand Reich » déchu. Dire cette accumulation de traumatismes nécessite une nouvelle langue, définitivement irradiée de l'exposition à trop de chocs. Rarement roman n'aura ainsi restitué ce pan de destin allemand.

  • Une nouvelle collection de guides de voyages. Découvrir le monde à travers le regard et les expériences des femmes. Cette collection de carnet de voyage s'intitule « Le Monde des femmes », laquelle apportera un éclairage original sur le rôle essentiel que jouent les femmes dans un pays en particulier. Publiée en coédition avec les Éditions d'en bas (Suisse) et un éditeur situé dans le pays de destination.

    Le premier volume sur la Tanzanie comporte : De brèves descriptions sur les régions touristiques Une carte présente chaque région, de brefs éclairages apportent des informations sur les contextes géographiques et économiques afin de pouvoir comprendre l'environnement dans lequel vivent les femmes. Des histoires Les femmes racontent leur histoire, leur quotidien et leurs rêves. Les récits sont rédigés à la première personne. Des photographies et une iconographie riche et originale illustrent les lieux dans lesquels elles vivent. Des « coups de coeur » Présentation de projets à visiter, d'adresses d'hôtels, de restaurants, d'agences de voyages etc. gérés par des femmes. Des éclairages sur des thèmes, des activités et la culture du pays De multiples thématiques sont abordées par les femmes : culture du café dans la région du Kilimanjaro, confection des bijoux en pays Maasai, culture des algues à Zanzibar, peinture Tinga-Tinga à Dar es Salaam, justice pénale internationale à Arusha. Des expertes apportent leur point de vue.

    Le Monde des femmes: collection co-éditée par les éditions d'en bas (CH) et Women in action Worldwide (WaW) est une ONG à but non lucratif dont l'objectif est de promouvoir l'empowerment économique et social des femmes à travers la collection d'ouvrages Le Monde des femmes.

  • L'Iliade, chef-d'oeuvre d'Homère, commence par le cri de colère d'Achille bafoué injustement par Agamemnon et se termine par une scène de pardon. Entre ces deux moments Ulysse, Pâris, Hélène, Ménélas, Hector, Andromaque vont s'affronter, s'embrasser, se quitter... vivre, intensément, follement, désespérément. Pendant ce temps Achille se questionne : peut-il échapper à son destin ? A-t-il bien fait de choisir la gloire éternelle au prix d'une mort violente scellant une vie brève et intense ? La fiction, le théâtre se doit de réfléchir à ce questionnement plus actuel que jamais.

  • Droit de révolte

    Jacques Fasel

    Qui est Jacques Fasel ? « Pas un meurtrier, mais un brigand et un voleur.
    15 ans de prison ! » a dit la justice que cet homme conteste. « Dangereux anarchiste » « Robin des Bolz », « voleur au bon coeur », « ennemi public N° 1 », « roi de l'évasion » a dit la Presse que cet homme déroute. « Cuisinier doué et objecteur de conscience, poète, théoricien libertaire » disent ses amis. En ouvrant ce livre vous embarquez sur les contradictions.
    Le voyage avec celui que ses compagnons d'aventure appelent « Kamikaze » ne vous décevra pas. Même derrière les barreaux, Jacques Fasel reste un homme libre. Un homme. « Que tous les hommes valent et qui vaut tous les hommes » comme disait Sartre.
    « Vingt huit ans dans le museau des survivants de ma génération depuis la parution de ce plaidoyer pour la révolte, qui ponctuait en quelque sorte le coup d'arrêt de la cavalcade d'une petite bande d'indiens sur le chemin de la guerre, mais qui se voulait témoignage d'une histoire individuelle et collective et manuel romanesque d'incitation à la révolte.
    Entre la fin des trente glorieuses paternalistes et les premières morsures de ce qui sera nommé néolibéralisme, entre la décolonisation politique des pays producteurs et la colonisation des esprits et comportements dans les métropoles, une génération tantôt réformiste tantôt révolutionnaire tapa sur la table, tenta de briser le cours naturel du capitalisme. Nous en fûmes de modestes participants ou saboteurs selon les opinions. » (Extrait de la préface de l'auteur)

  • Les protagonistes de ce roman sont cinq jeunes femmes - certaines d'entre elles très jeunes - vivant à des époques différentes, sur la durée d'un siècle. Mais la flèche du temps file à l'envers, le roman recule de 2012 aux années de la Grande Guerre. Les cinq protagonistes n'ont pas de liens de parenté, et pourtant elles s'inscrivent dans une généalogie ;
    Elles sont unies par le fil rouge de la transmission, parce que chacune passe à une autre quelque chose d'important : de la force, du désespoir, ou les deux à la fois. Et dans leur inconscient à toutes revient une même image, créée par une artiste folle : une femme au port de reine, scintillante de bijoux, aux épaules puissantes et aux seins généreux - mais à la place des yeux elle a deux amandes bleues, pour ne pas voir la douleur du monde.
    Les cinq histoires se déroulent dans différents pays - Italie, Écosse, Suisse romande, France. Dans chacune des histoires, aux côtés de la protagoniste, apparaît une autre femme, plus âgée, qui sera la protagoniste de l'histoire suivante, c'est-à-dire celle qui vient après dans la lecture, mais qui la précède dans l'ordre du temps.

  • Hétérographe est né il y a six mois: l'accueil en a été chaleureux, les réactions enthousiastes et amicales. Nous nous positionnions pourtant (et continuons de le faire) à la marge et dans des eaux mouvantes. Quelques résistances se sont d'ailleurs manifestées face aux images - leur langage plus direct étant de prime abord frappant - qu'une partie des lectrices et des lecteurs a trouvées agressives, voire de mauvais goût, alors que leur connotation "sexuelle" n'était pas déclarée: on y voyait des parties du corps humain en très gros plans - familières et mystérieuses dans leur proximité - sur lesquelles glissaient parfois une ou plusieurs gouttes de liquide visqueux.
    Ces clichés ont dérangé et interrogé bien plus que les textes littéraires, car ils mettaient en scène - car ils rendaient visible au sens propre du mot - une frontière sur laquelle il n'est pas toujours aisé de se situer, celle entre dicible (montrable) et tabou, et encore plus celle entre établi et trouble. De façon à brouiller quelques cartes et à laisser émerger le reflet d'un regard - notre regard, votre regard - qui doit forcément composer avec les codes et les cadres qui nous façonnent, nous structurent, et parfois nous brident. Il faut l'admettre sans sourciller: ces réactions nous ont aussi conforté·e·s. Notre but n'était pas de rassurer ni de convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit. L'idée était de faire bouger les étiquettes, les visions, les lectures, de les décentrer et de les dégrafer. Nous allons continuer ce décoiffage par voie littéraire et artistique des haies trop bien peignées par la civilisation.
    Pour que la délecture devienne vision et nos utopies une résistance à l'unanimité morose.

  • À vingt-six ans, le Morgien Marc Warnery (1797-1836) débarque au Surinam, une colonie des Pays-Bas qui produit sucre et café. il espère y faire fortune et pouvoir éponger ainsi les dettes qu'il a laissées en Suisse. Petit à petit, il grimpe dans l'échelle sociale : de blanc-officier - sorte de contremaître chargé de diriger les cultures et leur transformation - il devient directeur de plantation et aspire au titre d'administrateur.

    Cette société esclavagiste tropicale, il la décrit en détail dans ses lettres à ses parents : travail et vie sociale des esclaves, menace permanente que constituent les fugitifs regroupés dans des zones inaccessibles, quotidien des colons blancs dans une société très hiérarchisée au sein de laquelle il s'efforce de trouver sa place, sans oublier la nature exubérante et hostile, les animaux et les insectes qui grouillent dans un paysage envahi par les eaux.

    Alors qu'il commence à entrevoir la possibilité d'un voyage en Suisse, il est fauché par les fièvres à trente-neuf ans.

    Ce rare témoignage en français sur le Surinam - totalement inédit - frappe par la vivacité du récit autant que par la destinée tragique de son auteur et l'éclairage des dures conditions de vie des esclaves.

  • Nébuleuses

    Andreas Becker

    • D'en bas
    • 27 Novembre 2018

    Dans ce livre, Andréas Becker examine sans fausse concession et dans le moindre détail la difficulté d'entrer dans le réel de la vie. Enfermée dans une mystérieuse I!nsti!stuti!on, dont la typographie souligne le caractère carcéral avec ses barres comme des points d'exclamation ou des cris au secours, une femme située hors du temps dissèque tour à tour son quintet familial oppressant et destructeur : sa mère, son père, son fils, son copain, et finalement cet amour qui ne se concrétise jamais.

  • L'esclavage, la colonisation font indéniablement partie de l'histoire de l'Occident, de l'Europe. Pourtant, qui peut dire aujourd'hui que ces tragédies appartiennent à notre mémoire ? Actuellement, les populations d'Afrique Noire, d'Amérique latine sont parmi les plus pauvres du monde. Leurs droits fondamentaux sont fréquemment bafoués, niés. Dette, règles du commerce international, mais aussi développement sont autant de domaines qui portent les traces d'une idéologie d'antan. Les balbutiements de la reconnaissance des crimes du passé nous incitent à explorer de nouveaux paradigmes dans nos rapports à nous-mêmes, à l'autre afin de contribuer à la construction d'un monde dans lequel l'égalité n'est plus un rêve mais une réalité.

  • Nos chers protégés

    Pierrette Frochaux

    • D'en bas
    • 14 Janvier 2016

    « Nos chers protégés, c'est une histoire familiale d'un demi-siècle, «où 5 enfants auront connu : l'internement dans un couvent catholique, l'Asile temporaire, l'orphelinat, les placements en famille d'accueil en Suisse alémanique, le placement chez des agriculteurs, la pouponnière et le placement en institution spécialisée dans l'accueil des filles». Et l'auteur d'ajouter : «En mémoire d'Ernest Jacob, mon père, Jean et Augustine, ses frère et soeur, leurs parents et grands parents.» » Si cette histoire est singulière, c'est aussi l'histoire de centaines d'enfants et d'adultes précarisés ou abandonnés, qui nous viennent depuis le fond du Moyen-Âge, tout à la fois objet d'attention et de moindre intérêt. Il existe bien un regard historique sur leur statut, leur sort. Cependant quand le regard existe, il rend plus volontiers compte de la pensée et des réalisations de grands philanthropes ou de grands pédagogues dans une sorte d'histoire romancée. » En ce qui concerne plus spécialement les enfants placés dans des orphelinats, les maisons d'éducations spécialisées, ou encore dans des familles d'accueil, ils sont l'objet d'une forme de désintérêt, ce qui n'exclut pas une certaine curiosité. Il y a une quasi-absence de préoccupation pour sauvegarder la mémoire des systèmes de placement et d'aide sociale qui ont été mis en oeuvre à diverses époques. Combien de fois avons-nous eu le sentiment, la preuve même dans certains cas, de l'existence d'une véritable politique de la « terre brûlée » à l'égard de la mémoire de l'existence et du sort réservé à ces habitants de notre pays, tous citoyens ou futurs citoyens. » L'histoire d'Ernest Jacob, de Jean et Augustine, ses frère et soeur, leurs parents et grands parents, rapportée par Pierrette Frochaux est un témoignage capital. À la fois mince échantillon dans l'immense cortège de souffrances vécues par des populations précarisées de notre pays, mais également témoignages individuels qui retracent des événements de la vie quotidienne. Cette dernière ne peut être possible sans que des besoins vitaux, fondamentaux, tels que la nécessité de s'habiller, d'avoir une aide minimale pour survivre et payer une pension à un fournisseur d'aide à la survie. » Postface de Pierre Avvanzino

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