Littérature traduite

  • L'ombre de Bloom

    Reto Hänny

    Après bien des années, Reto Hänny revient sur la scène littéraire. Son nouveau livre Blooms Schatten est construit à partir du livre culte de Joyce, Ulysse. Ce roman accompagne Hänny depuis son adolescence. Avec virtuosité, l'auteur le transforme en une texture rythmique, tout en y intégrant d'autres sources issues de son expérience littéraire. Hänny interprète le «courant de conscience» à sa manière: il met Leopold Bloom au centre; le concert des voix que Joyce fait résonner se concentre dans la tête du personnage. Il en résulte un Ulysse en accéléré, et en même temps une prose tout à fait originale..

  • Friedrich Glauser était un épistolier hors pair. En témoigne un riche legs de lettres, adressées à un grand nombre de correspondants. Ces lettres sont des témoignages biographiques importants : elles documentent une vie d´écrivain compliquée et mouvementée qui fascine jusqu´à nos jours un large public, précisément en raison de ses ambivalences. Dans ses lettres, Glauser s´exprime en détail sur tous les aspects de son travail : ses lectures (en particulier la littérature française), la production littéraire suisse, les espoirs de reconnaissance, la recherche des personnages, l´angoisse de la page blanche et les soucis d´argent - tous ces thèmes et bien d´autres encore sont évoqués sans détour dans les lettres. Glauser s´y révèle un maître de la nuance : selon le correspondant, il endosse un nouveau rôle, change prestement de sujet et de ton. Pour le lecteur d´aujourd´hui, cela rend la lecture des lettres savoureuse aussi bien du point de vue du contenu que du style.

  • Il s'agit d'un recueil de discours et interventions publiques de l'écrivain, paru en 1967 chez Suhrkamp et qui n'ont pas pris une ride. Textes politiques et esthétiques, ironiques et mordants, engagés dans leur critique de la Suisse bourgeoise de l'après-guerre, ils se révèlent aussi posséder une grande actualité dans le contexte politique actuel - notamment les deux articles contre l'idée d'« Überfremdung » (« la crainte de la surpopulation étrangère »).

  • La payîsanna

    Noemi Lerch

    La payîsanna est un petit roman cyclique composé d'un prologue et de cinq parties, de l'automne à l'automne. Le texte est parsemé de mots de dialecte qui font écho au titre et sont expliqués dans un glossaire.
    La narratrice, qui ne sait trop que faire de sa vie après une séparation douloureuse, décide de travailler dans une ferme des Grisons. Elle vit dans la villa en ruine de ses grands-parents, hantée par le fantôme de sa grand-mère récemment décédée et avec qui elle converse souvent. Son ex-compagnon a pris le large, mais il revient lui aussi constamment dans les souvenirs de la jeune femme qui s'adresse à lui comme s'il était présent. Plusieurs voix s'entrelacent de sorte à dérouter le lecteur qui ne sait plus s'il est parmi les vivants ou les morts. Le personnage de la paysanne, entre silences qui en disent long et vérités laconiques, se situe, selon l'auteure, « entre le monde des animaux et celui des hommes.
    Entre le monde de la parole et celui du silence. Entre le monde des vivants et celui des morts. Elle est une sorte de charnière, c'est pourquoi elle est la figure centrale du livre ». Si la grand-mère de la narratrice ne trouve pas de repos dans la mort et Johnny Cash surgit d'une cassette pour fumer des cigarettes réconfortantes, les animaux, les nuages galopants, les tasses de la cuisine, le clocher du village et même le tracteur ont une âme et semblent parler : tous les éléments terrestres ont une signification particulière pour Noëmi Lerch qui s'inspire du réalisme magique de la littérature sud-américaine du XXe siècle : « Elle écoute les pulsations des choses, des êtres, même des machines et des pierres. » La prose poétique de Noëmi Lerch est empreinte de mélancolie, des frontières floues entre début et fin, entre naissance et mort, comme le montrent les réponses simples et justes de la vieille paysanne aux questionnements de la vie.

  • Syngenta mis à nu dans un livre noir Monsanto a un frère jumeau en Suisse. La firme Syngenta s'attire les mêmes critiques que son aîné, et collectionne des «affaires», désormais réunies dans un livre noir.

    Ce n'est pas un polar mais il en partage la noirceur. L'imposant ouvrage de 360 pages Le livre noir de Syngenta, rédigé par la coalition d'ONG et de syndicats Multiwatch, passe en revue les activités contestées de la multinationale domiciliée à Bâle. Ainsi que nombre d'affaires dans lesquelles s'est illustré ce champion de l'agroindustrie.

    Parmi d'autres: la production de pesticides toxiques, dont le redoutable Paraquat, et leur impact sur la santé et l'environnement, son recours systématique au travail temporaire, sa responsabilité dans l'assassinat d'un paysan au Brésil, son implication supposée dans le coup d'Etat de 2012 au Paraguay et son rôle probable dans l'hécatombe des abeilles en Europe et aux Etats-Unis.

    C'est aussi à un portrait de la firme auquel se sont livrés les nombreux auteurs ainsi qu'à une histoire des résistances à ce mastodonte de la chimie agricole et des OGM.

  • «Le sauveur» est un recueil de 17 nouvelles, dont les narrateurs racontent des expériences qui les ont profondément marqués, parfois même menés au bord de la catastrophe. A chaque histoire correspond un narrateur différent, dont les caractéristiques peuvent grandement varier : le narrateur de La Gaff est un homme en plein deuil, participant à la cérémonie funéraire de son meilleur ami sur un bateau, cérémonie qui va être perturbée par sa maladresse, puisqu´il lâche la gaffe permettant de diriger le bateau. Quant à la jeune fille qui raconte les événements dans Les Coccinelles, son histoire d´amour sera brisée par une invasion d´insectes. L´enseignant de La semaine hors cadre, lui, ne comprendra pas que la police vienne l´arrêter dans son propre collège après qu´il a organisé une simulation de fusillade. Les événements rapportés sont généralement assez spéciaux, comme dans ces trois exemples.

  • Hannes

    Oscar Peer

    Hannes Monstein révèle à la police urbaine qu'il a trouvé deux morts chez lui: Franziska, sa femme, et Paolo, son demi-frère. Il poursuit sa vie ordinaire sur le fil du rasoir, jusqu'au jour où il s'écroule à la vue de la robe de soirée rouge de Franziska qui pend sur une corde à linge. Les souvenirs affluent. Cultivé, sensible, Hannes serait bien volontiers devenu pianiste, mais découragé il seconde son père au magasin. À son grand étonnement Franziska lui propose de l'épouser même si, portée à la vitesse et au défi, eIle est tout le contraire de lui. Peu de temps après le voyage de noces, l'éloignement entre les époux commence, et Hannes doit souffrir la présence envahissante de son demi-frère Paolo. La vie tranquille et discrète de Hannes bascule dans le labyrinthe des passions troubles.

  • Sans repos

    Michèle Minelli

    1859, Cassovie/Košice. Le jeune perruquier d'art Frantisek Schön, employé à la cour de la comtesse Csöke, s'entiche de la jeune aristocrate Alzbeta qu'il épouse malgré le scandale que cet amour interdit suscite au sein de la bonne société. 1855, Trieste/Fiume. Costanza Modigliani, surnommée la «femme-girafe» à cause de sa stature démesurée, est mariée par intérêt à Lazarro Israël, juif de son état, ayant fait fortune dans le commerce de la tannerie. Détail d'importance: Lazarro tient davantage du nain que du géant. Une alliance incongrue. 1859, Bergame. Serafino, 9 ans, l'aîné de cinq enfants, voit les jours heureux et les rêves de l'enfance prendre fin subitement lorsque son père meurt d'un accident de travail. Il devient dès lors l'homme de la famille et se sent investi d'une mission... Ainsi démarrent les trois lignées d'une même famille qui sillonnera l'Europe entière avant de trouver enfin où se poser en Suisse. Les uns sont coiffeurs de père en fils, les autres commerçants, violonistes virtuoses, maquilleurs ou peintres. Au cours de ces destinées qui se calent sur la grande Histoire, la Suisse apparaît comme une terre d'accueil, de travail et de refuge au gré des guerres, des persécutions, des pogroms. L'amour aussi fait voyager. Dans cette galerie de personnages tous plus truculents les uns que les autres, on trouve des hommes et des femmes anticonformistes, en avance sur leur temps, qui se sont faits à force d'autorité. Mais aussi des femmes spoliées, violentées et soumises - que ce soit Mauritzia, enfant placée et abusée partageant le destin de nombreux «Verdingkinder», ou Cheina Malka, une juive russe condamnée à fuir son pays et qui perdra la trace de sa famille. Aude Senigaglia, ornithologue née à Zurich dans les années 1960, tombe par hasard sur l'histoire de sa famille lors d'un voyage d'étude en Hongrie. Elle applique toute la rigueur scientifique que lui a appris son métier pour se lancer sur les traces de ses ancêtres, voulant comprendre ce qui les a poussés à devenir des «oiseaux migrateurs».

  • Même si il est originaire de Langenthal dans le canton de Bern, Daniele Pantano a trouvé un accueil en anglais en réaction à sa langue maternelle, l'allemand. Il a reçu sa formation littéraire aux États-Unis.

    Ce premier recueil traduit en français étonne par une gamme de formes variées, que Pantano maîtrise parfaitement. Avec une joie sinistre dans le chaos créatif, il voit des mondes dans lesquels la déchéance, la confusion et la mort se cachent. Il les capture par couches, éclats et reflets et les transforme en lignes d'une beauté morbide.

  • Le sous-titre en allemand « Album de famille ¸ (« Familienalbum ¸) dit bien ce qu'est ce livre rédigé en dialecte bernois : des textes brefs, spirituels, typiques du monde du « Spoken-word ¸ forment un ensemble ouvert et très suggestif. À travers des discours fougueux, les membres de la famille parlent de Dieu et du monde, recherchent la chaleur du « unger üs ¸ (« Entre nous ¸, titre du livre en dialecte bernois). Se rapproche- t-on malgré les barrières de l'âge et de la politique, ou cherchet- on seulement à se détourner des abîmes ? L'auteur ne répond pas et permet à ses personnages d'être à la fois touchants et imprévisibles.
    Le narrateur évoque des histoires anciennes comme on feuillette un album de photos, en tissant à partir de quatre-vingts images isolées tout un réseau d'anecdotes, de légendes et de on-dit au sein de la famille.
    Il a été bien à l'écoute du grand-père et de feu l'oncle Sämi. La privation de liberté subie pour objection de conscience traverse aussi le récit, mais elle débouchera, juste récompense, sur la rencontre du narrateur avec l'aimable Isabelle. Dans son récit dialectal, Guy Krneta se meut avec aisance dans tout l'éventail des tonalités, sérieuses et comiques, familières et politiques.

    Traduction de Daniel Rothenbühler et Nathalie Kehrli.

  • Cinq personnages principaux, une table de cuisine, une conversation. « A.L. Erika », « le logisticien », « la traductrice », « l'écrivaine » et « l'étudiant» discutent d'origine et de justice, du corps et de l'État, d'import et d'export, de racines et de migration, du bonheur, de la musique, du sommeil et de la mort. La profondeur et la complexité des thématiques trouvent écho dans une narration discontinue : à partir d'un cadre situationnel très réduit, des épisodes de vie et récits de voyage poussent en tous sens. Si l'on cherche en vain la linéarité, l'apparition d'une multitude de lieux et d'individus, de voix, de fantômes, d'histoires, de références, citations, réelles ou fictives, n'est pas entièrement aléatoire dans ce flot polyphonique. Sont-ils les coordonnées d'un système organique tout aussi universel que les sujets mis sur table ? Le rythme régulier de la langue, les répétitions, correspondances sémantiques et stylistiques rappellent un état intermédiaire entre sommeil, éveil, rêve ou transe. Les phrases semblent vouloir se passer de hiérarchie afin que les personnes et les mots se répondent librement. L'univers de Dorothee Elmiger est peuplé d'instants poétiques, de fragments politiques et utopiques, de scènes anodines et insolites, tantôt floues, tantôt précises et délicates. Le lecteur est presque amené à perdre le fil d'un participant de la discussion à l'autre. Peu importe. Ils et elles ont un dénominateur commun, un passeport qui leur permet de parcourir le monde en toute légalité. Mais qu'en est-il des autres, de ceux, par exemple, qui se râpent les empreintes digitales pour brouiller les pistes, espérant prolonger leur séjour en Suisse, en Europe ? Dans Schlafgänger, leur présence se passerait bien de mots. Ici, pas de jugements hâtifs, de fausses perspectives consensuelles, de discours livresques ou bien-pensants, des questions et des échanges, tout simplement, sur moi, l'autre, et ce que peut offrir la vie en communauté. Un livre lumineux dans le contexte politique actuel.

  • «Les récits qui suivent sont des instantanés, tirés de 50 000 ans d'histoire agraire du continent africain là où l'humanité a sans doute vu le jour il a y environ un million d'années.
    Je n'ai pas la prétention de réussir à résumer en quelques pages cette très longue histoire de l'Afrique. Les six chapitres et les narrations composant ce livre soulignent à suffisance les contours d'une Afrique telle qu'on l'a perçue ou imaginée en observant ses pratiques agricoles.
    En effet les premiers chercheurs européens, les colonialistes et une génération de scientifiques africains plus ou moins jeunes, sans oublier les paysannes et paysans d'Afrique, ont chacun interprété la culture agraire de manière très diverse et très variée. Ces textes cheminent de croyances en suppositions, de présomptions en projections, lesquelles ont souvent déformé le regard posé sur une agriculture africaine essentiellement polyvalente. La science elle-même dépend de l'air du temps, surtout lorsqu'elle traite de deux sujets émotionnellement délicats comme l'Agriculture et l'Afrique.
    On trouverait sûrement sur d'autres continents des exemples d'archéologie et d'histoire utilisés uniquement pour justifier et conforter les préjugés liés à une vision réductrice. Mais il s'agit ici de l'Afrique «le continent noir», d'où rien n'est jamais venu éclairer l'Occident telle la lumière depuis l'Est, un continent auquel on n'accorde aucun crédit en matière de progrès. En Afrique, les chercheurs n'ont jamais rien trouvé que ce qu'ils croyaient connaître déjà. Les six chapitres brièvement présentés ici ouvrent six fenêtres sur l'Afrique, ses territoires et ses habitants.
    ».

  • Dada

    ,

    Cette année on fête les 100 ans de la fondation du mouvement Dada au Cabaret Voltaire à Zurich un soir de février 2016. Ce texte (1931) est extrait du livre, Glauser, de Hannes Binder que nous avons publié en 2015. Friedrich Glauser évoque ses souvenirs des premières manifestations du mouvement Dada à Zurich. Ils sont accompagnés des dessins sur cartes à gratter de Hannes Binder .
    En 1916, Glauser interrompt ses études de chimie et il fait la connaissance de Tristan Tzara. Sans être lui-même dadaïste, il participe à presque toutes les soirées Dada où il lit ses propres textes ou ceux d'autres auteurs. Devenu ami de Hugo Ball et de Emmy Jennings, il les accompagne en juin 1917 au Tessin pour échapper à son père qui veut l'interner dans une maison de santé.
    Hannes Binder illustre les flâneries de Glauser à Zurich, les ballades avec Tzara à Berne ou avec Hugo Ball et Emma Jennings dans les vallées du Tessin.

  • « C'est l'histoire de mes oncles, les frères jumeaux Gion Battesta et Gion Evangelist Silvester, nommés, quand ils n'étaient pas présents les deux, Settembrini.
    Chasseurs de chamois, admirateurs du ciel et lettrés. Des lettrés qui ne faisaient pas dans la littérature. Des lettrés dans le sens qu'ils lisaient et qu'ils vivaient avec Homère et Hérodote, avec Pline et Plutarque et les autres auteurs célèbres de notre culture. C'étaient des montagnards, aussi parce qu'ils fumaient sans ménagement l'affreux Monta Blau acheté au kilo et buvaient de l'encore plus horripilant Montagne. Boire du Montagne et lire Montaigne, telle était la devise de ces deux spécialistes dans l'art de pisser contre le vent. La chasse se fait toujours contre le vent. Les chamois et les livres étaient leur vie. D'aucuns ont ramené sur leur dos autant de chamois, pendant autant d'heures de descente du haut des sommets, que Settembrini. Mais personne n'a trimballé autant de livres dodus à travers des rochers escarpés que Settembrini. La littérature était son fortifiant. Settembrini aurait dû mourir d'un accident, selon le mythe qui veut que le montagnard se fracasse dans les parois rocheuses. Cependant, il a préféré devenir gaga, faire son cocon et se métamorphoser en papillon, selon Kafka qui veut que le chasseur mue et finalement disparaît en s'envolant dans les airs. »

  • Le Buson rassemble huit histoires (des nouvelles où le narrateur raconte des histoires d'histoires fortement stylisées par l'oralité de la langue) :
    1. L'oiseau de malheur, une opérette soleuroise. D'ivrognes, d'agents de police et de la belle Maguelone : Il en ressort un tableau noir et grinçant, plein de personnages tristement comiques, avec en toile de fond une critique sans pitié de cette société-vitrine qu'est pour Bichsel la Soleure d'aujourd'hui. 2. Lancement d'un personnage. Qui est Salo-mon Adalbert Meier ? Le récit progresse à l'aveuglette. Des pans entiers de la vie de Meier passent ainsi de l'ombre à la lumière, et son image se révèle tantôt harmonieuse, tantôt délirante. 3. Un voyage en train. Le narrateur décrit, à travers la rencontre de deux voyageurs, le malaise qui peut naître d'une cohabitation forcée lors d'un trajet ferroviaire. ;
    4. Robinson. Le jour où Robinson se réveille à neuf heures (trop tard pour aller au bureau), il remarque que les oiseaux chantent. Dès lors, il n'ira plus travailler ; victime d'une étrange amnésie, il passera ses journées à essayer de se souvenir de ce qu'il a fait la veille. 5. En passant par Baden-Baden. Le narrateur de cette histoire, un Suisse, s'est installé comme employé d'un hôtel dans la ville thermale de Baden-Baden.
    Un autre Suisse s'installe et se met à singer en tout point les faits et gestes du narrateur. 6. Ces phrases. C'est l'histoire d'un homme qui rencontre un autre homme au bistrot du coin. Ivre, celui-ci lui confie : « Écoute-moi : ce n'est pas vrai que les hommes meurent. La vérité, c'est qu'ils sont toujours assassinés. » 7. Grammaire d'un départ. C'est comme un petit « traité de philosophie de notre perception temporelle d'un départ » qui se profile ici, avec son envers : repousser autant que possible le départ de la femme qu'il aime. 8. Une déclaration à l'élève [qui venait] de Prey. Une histoire où se tissent les rapports d'un élève et d'un professeur « érudit ». Un débat de fonds sur savoirs des savants et les récits véridiques des conteurs d'histoires et de fictions.

  • Sortir de l'ombre

    Anna Ruchat

    Profondément inscrite dans mon histoire, il y a - au début - la mort du père. (...) Toute mon enfance est emplie de cette énorme présence de la mort et de son tabou. Il m'a fallu un long travail pour arriver à trouver un soupirail dans lequel me faufiler, pour regarder mon histoire en face. » Dans l'entretien accordé à Feuxcroisés en 2006, Anna Ruchat expliquait les raisons de ses débuts littéraires tardifs, après une longue activité de traductrice d'auteurs marqués par le deuil et la Shoah, tels Victor Klemperer ou Paul Celan. Si les nouvelles de Dans cette vie (In questa vita) tournaient déjà autour du thème de la perte et de l'absence, c'est dans ce nouveau livre, Sortir de l'ombre, (Volo in ombra) que Anna Ruchat ose plonger dans le trou noir autobiographique (antimatière de toute son oeuvre et peut-être de la littérature en soi), par une quête douloureuse.
    Le livre présente la même histoire sous trois angles différents : dans une première partie, nous suivons l'enfance de Sofia (double narratif de l'auteure), petite fille qui n'a même pas droit à la douleur (« cette douleur est un larcin et Sofia ne veut pas l'éprouver ») ; dans la troisième, Ruchat assume le « je » autobiographique, en relatant l'enquête qui lui a permis de retrouver les détails de la mort du père. Entre ces deux chapitres, le père défunt prend la parole, en racontant les derniers instants tragiques et dilatés de sa vie interrompue en plein vol.

  • Dans La mer encore, Ilma Rakusa raconte, tout en poésie, son enfance nomade entre Budapest, Ljubljana, Trieste et Zurich, où elle s'établit avec sa famille à l'âge de six ans. En soixante-neuf passages, Ilma Rakusa revient sur sa traversée de l'Europe de l'Est pour rejoindre l'Europe de l'Ouest, au sortir de la Seconde Guerre mondiale. Elle évoque les images et sensations qui lui restent du voyage continuel de son enfance, des séparations, des langues étrangères et du déracinement. Très vite, la musique, le piano et l'oeuvre de Dostoïevski deviennent ses refuges, comblant l'impossible sentiment d'appartenance.

  • «Chez Burren, le dialecte épouse tous les genres. Ce dialecte est sa langue, la langue d'Oberdorf dans le canton de Soleure, où il est né en 1944 et où il vit toujours. Burren a beau écrire toute son oeuvre en dialecte, on n'y trouve aucune intention expérimentale. Car Ernst Bur-ren a un grand thème qui de toute évidence le poursuit et le pousse à toujours se remettre à écrire: les gens qui parlent dans son entourage. Et comme il fait parler ces gens, en tant que figurants de ses histoires et récits, avec une intensité vraiment sidérante, et qu'il les caractérise par leurs discours respectifs, on croit vraiment entendre parler les per-sonnages de Burren, exactement comme ils parlent dans leur vie quo-tidienne.Récemment, Ernst Burren disait dans une interview sur Radio DRS qu'il voulait simplement représenter ce qui est. Il a peut-être intention-nellement omis de dire que ce projet, si simple en apparence, de «sim-plement représenter ce qui est», est incroyablement difficile à réaliser. Voilà pourquoi Burren continue d'écrire. Voilà pourquoi il fait raconter à ses personnages toujours de nouvelles histoires: il sait qu'il y a beau-coup, beaucoup de matière dans son entourage immédiat, et qu'il faut beaucoup, beaucoup d'histoires pour représenter ce beaucoup. Burren n'a rien à inventer. Il lui suffit de bien écouter, puis de transformer les choses qu'il entend en littérature. Il appelle cela représenter. Nous di-rions plutôt transformer. Il prend sur lui ce travail. À nous, lectrices et lecteurs, de lui en savoir gré.» (Pedro Lenz)

  • L'île

    Ilma Rakusa

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    • 5 Novembre 2015

    L'île est le tout premier récit qu'Ilma Rakusa publie chez Suhrkamp en 1982.
    Le protagoniste du roman, Bruno, séjourne sur une île grecque en compagnie de son ami Jorjos après une rupture avec sa femme Ann. Le roman alterne la narration à la troisième personne et les notations personnelles de Bruno : ses idées, des évocations de souvenirs, des bribes et séquences de cauchemars selon une logique apparemment erratique. De ce patchwork émergent une représentation et un imaginaire foisonnant des relations amoureuses du couple.

  • Glauser

    Hannes Binder

    • D'en bas
    • 20 Novembre 2014

    Le volume Glauser (Limmat-Verlag, 2012), regroupe toutes les bandes dessinées et les textes publiés que Hannes Binder a consacrés à l'oeuvre de Friedrich Glauser depuis une quinzaine d'années, ainsi que plusieurs inédits. On y retrouve notamment sa célèbre version bande dessinée du roman policier Der Chinese (1988) ; ses autres adaptations de polars telles que Krock & Co. (1990) et Knarrende Schuhe (1992) ; son livre sur la biographie et le processus d'écriture de Glauser, Glausers Fieber (1999) ; une histoire qu'il a inventée dans laquelle évolue le protagoniste des romans de Glauser, Wachtmeister Studer im Tessin (1996).
    Tous ces textes révèlent la relation très forte que Hannes Binder a entretenue avec Glauser au point qu'une métamorphose étonnante se produit, de plus en plus apparente au fil des pages : Hannes Binder se mue en Glauser.

  • Mon père est à l'étranger. Quand on est à l'étranger, on est très loin. Derrière les montagnes. Et on ne peut venir qu'une fois par année. Parce que mon père est très loin, il envoie de l'argent. Pour que ma mère et moi puissions vivre.

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