Insomniaque

  • Yves Pagès, auteur des Petites Natures mortes au travail, nous entraîne en 1910, au temps des " apaches " et des " anarchos ", au coeur d'un Paris populaire aujourd'hui éteint.
    Il y suit les traces d'un ouvrier cordonnier qui, bardé de cuir et hérissé de clous, tua un policier et en blessa grièvement quelques autres dans la rue Aubry-le-Boucher. Ce fait divers défraya la chronique et engendra une polémique virulente qui se conclut par une émotion populaire d'une rare intensité : des milliers de rebelles dansèrent la carmagnole sur le boulevard autour du cou tranché du meurtrier, victime à leurs yeux d'infâmes manigances policières.
    Car la haine viscérale qui animait l'homme aux brassards de fer était alors largement répandue, parmi le peuple, à l'égard d'une police dont la vile besogne consistait surtout à protéger les repus. L'acte vengeur de Liabeuf suscita donc, dans la foule ouvrière, la plus vive sympathie - aux cris de : " Vive Liabeuf et mort aux vaches ! "

  • Le pugilat

    William Hazlitt

    En 1821 eut lieu dans la campagne anglaise un combat épique entre le Boucher de Bristol et le Gazier, deux pugilistes qui différaient tant par le style que par la stature. Plus de 20 000 amateurs y assistèrent, plus de 150 000 livres sterling changèrent de mains. Il fallut dix-sept rounds, âpres et sanglants, pour les départager.
    À l'époque, les matchs se disputaient sans gants et duraient parfois plusieurs heures, les rounds ne se terminaient que lorsqu'un des combattants tombait à terre et ne pouvait se relever, et les k.-o. se comptaient en trente secondes. Le pugilat était encore un spectacle héroïque et sanglant C'est à ce spectacle qu'accourt avec enthousiasme William Hazlitt, féru de boxe, de vaillance et de truculence populaire. La narration pleine d'esprit qu'il en fait, aussi subjectifve qu'instructive, demeure l'un des plus beaux textes jamais écrits sur l'art pugilistique.
    William Hazlitt (1778-1830) a laissé le souvenir d'un polémiste acerbe doublé d'un esthète érudit et éclectique, s'opposant aux castes qui gouvernaient alors le Royaume-Uni et y étouffaient l'esprit critique.
    Ses Propos de table et ses essais philosophiques révèlent une perspicacité psychologique singulière à l'aune des littérateurs de son temps. C'est ce discernement teinté d'ironie que l'on retrouve dans ses chroniques de la société anglaise au temps du romantisme et de la révolution industrielle, telles que Le Pugilat (1822).
    Cet ouvrage en quadrichromie est en outre assez richement illustré de gravures d'époque et précédé d'un avant-propos qui dresse un tableau de la boxe anglaise avant l'adoption des règles dites du marquis de Queensbury, lesquelles prévalent encore largement de nos jours.
    Ce petit récit malicieux intéressera autant les amateurs de littérature que les aficionados du noble art.

  • Victor Dojlida (1926-1997), né en Pologne, a grandi dans un coin de Lorraine minier et industriel. Au sortir d'une enfance pauvre, il est confronté à l'occupation allemande et se révolte face aux exactions des nazis et de leurs supplétifs de la police française.
    Hardi et dégourdi, Victor, alias le Dzikus (le sauvageon, en polonais), devient d'abord contrebandier pour nourrir sa famille et ses voisins, puis passeur, aidant des prisonniers de guerre évadés à sortir d'Allemagne. Il entre ensuite dans la Résistance à 16 ans, sous les couleurs des FTP et s'y distingue par son courage et ses faits d'armes.
    Il est arrêté par la police en février 1944 et déporté à Dachau et à Buchenwald. Il survit aux tourments barbares des SS, à la faim et au typhus, mais de nouvelles tribulations - et de nouvelles trahisons - l'attendent à son retour en Lorraine... Ce récit trépidant et sans fard s'arrête là.

  • Les communautés affinitaires dissidentes remontent à la plus haute antiquité. C'est leur histoire tumultueuse, semée de persécutions, que Kenneth Rexroth relate dans ce livre, publié aux États-Unis en 1974, au soir de sa vie de poète et d'en-dehors.
    Les millénaristes du Moyen Âge et de la Renaissance puis les communautés utopiennes des deux derniers siècles ont incarné la quête optimiste, souvent ardue, du partage des ressources et des émois, inspirée par le rejet de l'ordre établi. Ces courants très divers - ascétiques ou orgiaques, mystiques ou « matérialistes » - constituent une tendance historique constante que Rexroth nomme le communalisme Jusqu'au temps des Lumières, c'est sous la bannière de la vérité divine que s'accomplirent toutes les expériences communalistes. Retour aux traditions chrétiennes originelles ou révélation de la cité idéale, l'argument religieux a longtemps fondé toute exigence de justice sociale et articulé toute pratique collective subversive - des Frères du Libre Esprit aux tendances communistes de la Révolution anglaise.
    Ce récit montre ensuite comment une foi teintée de messianisme a continué d'imprégner les tentatives de mise en commun, même quand elles étaient laïques et « scientifiques » - comme celle des fouriéristes, icariens et autres anarchistes, à une époque où la révolution ne semblait pas impossible. Rexroth évoque aussi longuement les communautés affinitaires qui se sont formées aux États-Unis jusqu'en 1974, sujet méconnu en France.
    Ce livre sortira, en France, en mai 2019 - en un printemps qui suivra un « hiver du mécontentement » (bien entamé à ce jour) et pourrait fort bien le prolonger. Ces périodes de troubles sociaux sont généralement propices aux interrogations, notamment celles de la jeunesse, sur la nature inégalitaire et grisâtre, coercitive et lacrymogène de la société - ce manuel d'histoire subversive, très instructif à cet égard, tombera donc à pic.

  • "Vous savez maintenant qui je suis : un révolté vivant du produit des cambriolages. De plus, j'ai incendié plusieurs hôtels et défendu ma liberté contre l'agression d'agents du pouvoir. J'ai mis à nu toute mon existence de lutte ; je la soumets comme un problème à vos intelligences. Ne reconnaissant à personne le droit de me juger, je n'implore ni pardon, ni indulgence. Je ne sollicite pas ceux que je hais et méprise. Vous êtes les plus forts ! Disposez de moi comme vous l'entendrez, envoyez-moi au bagne ou à l'échafaud, peu m'importe ! Mais avant de nous séparer, laissez-moi vous dire un dernier mot."

  • On s'entre-tue plus que jamais au nom de Dieu et de ses divers prophètes sur cette fichue planète. Partout, même au « pays de Voltaire », les fanatiques de tout poil - à barbe, papillotes ou tonsure - tentent d'imposer leur morale sépulcrale, fondée sur des fables puériles et les plus absurdes superstitions. L'opium du peuple est devenu l'amphétamine des fous de Dieu.
    Certes, le retour du religieux se nourrit des multiples névroses et frustrations qu'engendre la société marchande... Et certes, le commerce de la foi prospère grâce à l'ignorance crasse et à la jobardise des croyants... Mais ce n'est pas une raison pour accorder des circonstances atténuantes à ceux qui vendent du vide à ces gogos et les manipulent : prêtres, imams, rabbins, gourous et autres bonzes, dont la cause commune, le grand oeuvre ténébreux, le but affiché ou secret, demeure l'asservissement de l'humanité.
    Les 144 citations rassemblées dans ce petit recueil constituent une réfutation plurielle - tantôt sévère, tantôt souriante - de la notion de Dieu et des sectes qui s'en réclament, mais aussi une dénonciation des mystagogues qui en vivent et des illuminés qui en meurent. Pour choisir ces aphorismes et propos, nous avons mis à contribution quelques-uns des innombrables esprits libres qui ont signalé, au fil de leurs écrits, l'imbécillité et l'hypocrisie qui forment la substance de toute religion.
    Ce livre fait suite, par sa forme et son esprit, au précédent recueil de citations publié par L'insomniaque en 2015, Le Réveil sonne : première humiliation de la journée.
    À l'heure où le discours religieux dicte à nouveau de plus en plus de comportements et s'immisce dans un débat politique public où il n'a rien à faire, tous les incroyants et les impies, les bons vivants et les blasphémateurs, encore majoritaires dans ce pays, se retrouveront dans ce rappel salutaire de la nocivité de toutes les religions.

  • Livre d'actualité et de combat, il devrait éveiller la curiosité des nombreuses personnes qui se sont intéressées au mouvement des Gilets jaunes. Livre d'images (toutes en quadri) et de brefs commentaires (avec une saynète bouffonne ou le père Ubu dialogue avec le père Duchesne), il est destiné à tous, et notamment un lectorat populaire qui fréquente davantage les rayons livres des hypermarchés que les librairies de centre-ville.

  • Inspiré des Pièces de vieillesse de Rossini, cet ouvrage aurait pu s'appeler « Chine de vieillesse », la Chine étant le pays auquel Jacques Pimpaneau a consacré la plus grande partie de son existence. Ni autobiographie, ni livre d'érudition, l'ouvrage est le récit d'un parcours, commencé par l'étude du chinois à Paris et un séjour à l'Université de Péking à la fin des années 1950, pour aboutir à ce qui reste important pour l'auteur, ce qu'il a retenu de la culture chinoise après avoir tout oublié. Outre les anecdotes et réflexions dont regorge ce livre, y sont aussi évoqués les écrivains et les artistes qu'il a connus - ceux qui ont marqué son regard sur la Chine et à qui il doit de n'avoir été ni maoïste ni sinologue, mais simplement, d'après nombre de ses anciens étudiants, un professeur excentrique, pour qui « les différences entre les cultures sont bien moindres que celles qui existent partout entre classes sociales ».

  • Le 4 juin 1989, l'armée chinoise réprimait par un carnage le vaste mouvement de contestation qui avait fait naître à Pékin l'espoir d'une démocratisation, et dont l'épicentre se trouvait sur la place Tian'anmen, occupée par des dizaines de milliers de protestataires.
    Trente ans plus tard, on estime à plusieurs milliers le nombre de personnes tuées au cours de l'intervention des divisons blindées et d'infanterie, rameutées des provinces par le pouvoir post-maoïste pris de panique. Il en existe une liste partielle de 202 noms, établie par le collectif des Mères de Tian'anmen et très instructive quant à la diversité sociale des victimes, la férocité des bourreaux et les moyens militaires employés pour écraser une révolte de citadins sans armes.
    Pour commémorer ce Grand Massacre (c'est le nom par lequel les dissidents chinois désignent la répression), L'INSOMNIAQUE, qui a déjà fait paraître plusieurs ouvrages critiques sur la Chine, publie cette liste, présentée par Hervé Denès, connaisseur averti de la société chinoise.
    Elle vient explicitement compléter un recueil de témoignages sur cette tragédie historique déterminante, compilé par la sinologue critique Marie Holzman, qui paraîtra en même temps au éditions Globe.
    Si l'introduction de Hervé Denès permet de situer l'événement dans son contexte historique, la liste vaut, quant à elle, tous les récits. Si certains cas répertoriés ne sont guère renseignés, notamment en raison de la chape de plomb que fait peser le pouvoir sur la parole, cette liste abonde en anecdotes à glacer les sangs, qui donnent à voir toute la férocité dont est capable un État quand il a décidé de mettre au pas la société civile.

  • Le 19 juillet 1936, Saragosse tombe aux mains des troupes franquistes soulevées contre la république espagnole. La chute de la « perle anarchiste » représente une terrible catastrophe pour le camp libertaire. En Catalogne et en Aragon, des volontaires se mobilisent pour reprendre la ville - et, pour la plupart, l'offensive ne peut se dissocier de la mise en oeuvre du communisme libertaire.
    C'est ce que retrace cet ouvrage, ancré dans des récits d'hommes et de femmes engagés à divers titres dans ce processus à la fois militaire et révolutionnaire, que les anarchistes se retrouveront peu à peu seuls à poursuivre.
    Chercheurs autodidactes mais extrêmement lettrés et méticuleux, les Giménologues ont rencontré ces rescapés - ou leurs enfants -dans la foulée d'un premier livre traitant de la révolution espagnole, Les Fils de la Nuit, élaboré autour des souvenirs d'Antoine Gimenez et également coédité par L'insomniaque. Les deux tirages ont été rapidement épuisés (3500 exemplaires écoulés) en 2006 et ce livre culte reparaît sous une nouvelle présentation chez Libertalia en même temps qu'A Zaragoza o al charco.
    Ces témoins se nomment Engracia Galván, fille de Florentino, membre du Conseil d'Aragon ; Petra Gracia, jeune libertaire de Saragosse (et future mère du théoricien anarchiste Tomás Ibánez) ; Emilio Marco, milicien de la colonne conduite par Antonio Ortiz ; Hélios Peñalver, fils de Juan, centurion d'Emilio ; Isidro Benet, du Groupe international de la colonne Durruti, et son fils César ; Antoine, fils de Manolo Valiña, homme d'action de la CNT-FAI.
    Dans la continuité des Fils de la Nuit, les Giménologues tentent une nouvelle fois d'articuler les histoires particulières et l'analyse des questions collectives. Ils ont ajouté des développements de leur cru sur la nature du projet communiste libertaire, ainsi que sur la polémique, encore entretenue de nos jours, à propos d'une supposée cruauté spécifique des anarchistes espagnols.

  • Émile Chautard, ouvrier typographe et grand connaisseur des bistrots, nous guide en chansons dans le Paris de la dèche et de la pègre, entre la guerre de 1870 et celle de 1914-1918. Les goualantes (chansons) qu'il a recueillies au cours de ses pérégrinations dans les faubourgs furent écrites comme elles furent chantées, non par des artistes en vogue mais par des marlous et des gisquettes. La grande richesse des pauvres d'alors, c'était une jactance empruntant beaucoup à l'argot - l'idiome des voleurs, affiné dans les prisons et les bataillons disciplinaires. Mais on verra dans ces pages que l'argot, c'est aussi le désir qui se dévoile, c'est aussi la verve, la trouvaille poétique, le libre esprit.
    Dans les zones ténébreuses de la Ville Lumière, dans les hideux taudis de la Belle Époque, nombre de pauvres n'obéissaient pour survivre qu'à leurs propres lois et à leur propre morale. Voyous dandys, les apaches paradaient en bande sur les boulevards. Voilà ce que narrent sans artifice ces goualantes, qui sont autant de témoignages pour servir à l'histoire des classes dangereuses. Le texte qui les accompagne et les éclaire fourmille d'anecdotes savoureuses et de détails instructifs sur les bas-fonds et cabarets de Paris. Il ne prétend ni à l'analyse ni à la création littéraire, mais c'est en soi un document très propre à nourrir l'une et l'autre. Balançant entre moralisme bon enfant et mélancolie populaire, le bonhomme Chautard ébauche un portrait vivant et coloré de la « racaille » de son temps. Mieux, il nous donne à entendre sa voix, tantôt gouailleuse et bravache, tantôt râlante et cassée.

  • Être ouragans est composé de trois livres en un volume qui forment comme un triptyque. Ces trois livres sont indépendants les uns des autres et peuvent être lus dans le désordre, bien que liés entre eux en ce qu'ils sont le fruit d'une même réflexion sur différents aspects de notre réalité Comment saisir notre présent, cette réalité fuyante, souvent inédite, trop familière pour être connue ? L'auteur a cherché à contourner cette familiarité en prenant le parti de la dissidence pour proposer une perspective décalée sur ce qui constitue notre réalité.
    Le premier livre est intitulé De la réalité et des représentations que nous en avons ;
    Il s'agit d'un discours sur la réalité en tant que elle, en tant que pensée se réalisant ;
    L'auteur y critique deux concepts qui sont propres à la représentation moderne et occidentale du monde et de l'être : celui de nature et celui d'individu. Le deuxième livre contient Six thèses pour une brève histoire du capitalisme des origines à nos jours ; il s'agit cette fois d'une analyse de l'apparence comme réalité. Le troisième livre parle de la résistance que les peuples indiens du Mexique opposent à l'avancée du monde marchand : il s'intitule L'expérience mexicaine et se présente comme une chronique des temps présents.
    Être ouragans : ce titre fait référence à l'irruption des révoltes contre la domestication, aussi imprévisibles que dévastatrices. Et c'est bien à ce qui n'est pas domestiqué en nous que l'auteur en appelle pour briser le carcan de l'aliénation, qui permet au capitalisme de dissoudre les cultures ancestrales dans le même mouvement qu'il anéantit les ressources naturelles. Cet ouvrage est donc une précieuse source de réflexion pour tous ceux qui envisagent de rompre avec le système ou s'y essaient déjà.

  • Les deux historiettes que contient ce petit livre témoignent chacune à leur manière de l'impact que peut avoir dans un pays en souffrance - en l'occurrence, le Cambodge - la présence d'un corps expéditionnaire humanitaire censé y dispenser un peu de bien-être et de valeurs démocratiques. L'auteur, qui en fut, a assisté, mi-amusé, mi-effaré, à ce cirque où se côtoyaient les plus véreux des Cambodgiens - mais dont les vices étaient bon enfant - et les "humanitaires", civilisateurs corrompus dans l'âme quant à eux... Car le but profond de ces "forces du bien" et autres apôtres de la libre entreprise n'était pas vraiment de venir en aide aux plus pauvres d'entre les pauvres, mais plutôt d'empocher des salaires mirobolants et de jouir d'une vie de château au milieu d'un océan de misère: charity-business bien ordonné commence par soi-même...

  • En 1966, un groupe de contestataires fut élu à la tête de l'A.F.G.E.S. branche strasbourgeoise de l'U.N.E.F. Leurs sympathies allaient aux anarchiste, aux dadaïstes. Leurs contacts avec l'Internationale situationniste débouchèrent sur la parution du célèbre pamphlet De la misère en milieu étudiant. Ces étranges élus syndicaux réclamaient la dissolution de leur syndicat et dilapidèrent ses fonds en fêtes et en propagande subversive. Ce fut un immense scandale, relayé largement par la presse de l'époque.
    Ce scandale est expliqué et raconté ici pour la première fois en détail par deux de ses principaux acteurs. Les documents et les témoignages qui étayent leur récit dévoilent les dessous de cette aventure qui propulsa les situationnistes sur le devant de la scène médiatique.
    André Schneider était président de l'A.F.G.E.S. et présida surtout à la subversion de cette institution syndicale. André Bertrand est l'auteur de la bande dessinée Le Retour de la colonne Durruti, dont la parution à grand tirage fut également financée par l'A.F.G.E.S. Tous deux ont été extrêmement actifs lors du scandale, avec leur camarade et mentor (et cofondateur de L'insomniaque), depuis décédé, Daniel Joubert.
    Ils se sont enfin décidés à relater en détail le scandale, partant de son contexte pour finir par ses conséquences sur l'évolution de l'Internationale situationniste. Leur témoignage est abondamment illustré d'images de toute sorte.
    Le texte est préfacé par Pascal Dumontier, historien et auteur de l'essai Les Situationnistes et Mai 68 - Théorie et pratique de la révolution (Gérard Lebovici, 1966-1972).
    Non sans une certaine ironie, l'université de Strasbourg a organisé une semaine de commémoration du scandale en novembre 2016, intitulée Trajectoire situationniste - preuve que cet événement fondateur n'a pas sombré dans l'oubli. Il est à noter que ce livre paraîtra au moment où l'on commémorera, avec plus d'éclat mais sans doute avec plus de sévérité que de nostalgie, le soulèvement de Mai 68, dont le « coup de Strasbourg » fut à la fois le prélude et le ferment.

  • L'historien de l'art Maurice Pianzola (1917-2004), longtemps conservateur au musée d'art etd'histoire de Genève, fit paraître Peintres et vilains en 1958. Ce livre culte insiste sur le lien entre un mouvement social et un mouvement artistique - en l'occurrence la grande Guerre des paysans de 1525 et les maîtres allemands du début du XVIe siècle. Cranach l'ancien, Albrecht Dürer, Holbein, mais aussi le turbulent Urs Graf ou le truculent Hans Sebald Beham : ces peintres et graveurs, figures de la Renaissance artistique et de la sécularisation des représentations, ont tous porté témoignage de cette révolte aux relents d'anabaptisme et de lutte des classes, avec laquelle ils sympathisaient. Elle survint alors que Luther avait rallié à la Réforme nombre de seigneurs et roitelets allemands. Épousant les intérêts des féodaux, il appela les potentats fraîchement convertis au protestantisme à une répression implacable. Son rival Thomas Munzer prit fait et cause pour les rebelles et le paya de sa vie, ainsi que 100 000 paysans.
    C'est cette histoire héroïque et tragique que narre Pianzola, mais aussi les artistes qui lui ont fourni les illustrations de son récit savant (mais limpide) et passionnant (mais lucide).
    Pour cette réédition, nous avons entièrement « rénové » l'iconographie de l'édition originale, dans laquelle la plupart des image étaient en noir et blanc et l'impression offset, technique alors balbutiante, plutôt rudimentaire. Nous l'avons également complété en puisant dans les archives des musées rhénans d'Allemagne, de Suisse et d'Alsace.
    Même si Pianzola s'en garde bien, on pourrait être tenté d'établir un parallèle, en lisant ce petit chef-d'oeuvre d'érudition malicieuse, avec le rapport qu'il y eut, au siècle passé, entre dadaïstes ou expressionnistes et révolution allemande, voire entre constructivistes et révolution bolchévique. Surtout, cet ouvrage atypique se distingue de la tiédeur de la plupart des livres d'art consacrés aux vieux maîtres en ce que sa lecture importe autant que sa contemplation. C'est un livre d'histoire sociale autant qu'une contribution essentielle à l'histoire de l'art.

  • Ce petit livre est un recueil de citations poétiques, philosophiques, politiques, graphiques. tirées de la littérature savante ou populaire, des chansons ou des proverbes, des pamphlets ou des méditations d'auteurs célèbres aussi bien qu'anonymes ou très méconnus. Toutes déplorent, dénoncent, vitupèrent, critiquent, raillent le joug que portent les femmes et les hommes de ce temps : le travail salarié - sa monotonie, son iniquité, sa pénibilité, son néant. Ces citations sont ordonnées de sorte à décrire d'abord la pesanteur du système salarial, racine du mal, puis les vicissitudes de l'esclavage au quotidien, opposé au sain goût de la paresse, et enfin le refus, la révolte contre le travail, l'utopie d'un monde sans salariat. Ces miscellanées, d'une lecture aisée, rassemblent des formules glanées chez des auteurs conservateurs ou progressistes, sérieux ou fantaisistes, individualistes ou collectivistes (de Prévert à Claudel, de Marx à Nietzsche, de Céline à Vaneigem) qui tous ont pour point commun de s'être un jour désolés de la servitude plus ou moins volontaire qui rend la vie des hommes si fades quand elle est confisquée par un travail répétitif et aliénant. Offrant un plaisant avantgoût de la résistance possible à une telle ignominie, ce vade-mecum du non-travailleur réjouira tous ceux qui ne communient pas dans le culte du turbin et savent que la liberté ne sera qu'un vain fantôme tant qu'on perdra sa vie à la gagner.
    Ce recueil est de même lignée que Travailler, moi ? Jamais ! de Bob Black, publié à l'Esprit frappeur avec un joli succès en 1997 dans une traduction de Julius Van Daal, membre fondateur du collectif L'insomniaque, et depuis réédité en 2010 par L'Insomniaque, toujours avec succès. Il traite à sa façon le même problème que Putain d'Usine, de J. P. Levarray, autre succès notable de L'insomniaque. Dans un temps où le système salarial peine à intégrer la jeunesse, une bonne part de celle-ci a tendance à s'en détourner, cherchant d'autres modes de survie et de nouvelles voies vers la réalisation de soi. Voici, modestement mais malicieusement, de quoi alimenter cette quête.

  • À Taïwan comme partout ailleurs, il arrive que des hommes de peu, mus par un sens du merveilleux plus ou moins conscient, se décident, avant de disparaître, à laisser une belle trace de leur passage sur terre en donnant libre cours à leur imagination. Dégagés des pressions sociales de toute sorte, ils ne se préoccupent plus, alors, que de donner forme et expression aux songes qui les ont hantés et secrètement nourris leur vie durant.
    Ce récit d'un périple à travers l'île de Taïwan, illustré de nombreuses photos, nous fait découvrir d'étranges créations situées dans un pays plus réputé pour ses prouesses économiques que pour l'inventivité et l'originalité de ses artistes populaires. S'inspirant de traditions locales autant que de l'air du temps, mais ne se fiant qu'à leur fantaisie, ces bricoleurs de paradis offrent à nos regards une vaste gamme de savoir-faire, qui sont autant de savoir-être.
    Les créateurs d'art brut ou d'art populaire insolite à la rencontre desquels l'auteur est allé n'ont pas de grandes idées à représenter ni de justes causes à défendre - seulement d'insolites visions à transmettre. à qui veut bien les voir.
    Marié à une Taïwanaise, Rémy Ricordeau est cinéaste, auteur de plusieurs documentaires, dont Bricoleurs de Paradis, film sur les créateurs spontanés mentionnés dans L'Éloge des jardins anarchiques (et dont le DVD est inséré dans ce dernier ouvrage).

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