Philosophie

  • Le monde a tellement changé que les jeunes doivent tout réinventer !
    Nos sociétés occidentales ont déjà vécu deux révolutions : le passage de l'oral à l'écrit, puis de l'écrit à l'imprimé. Comme chacune des précédentes, la troisième, tout aussi majeure, s'accompagne de mutations politiques, sociales et cognitives. Ce sont des périodes de crises.
    De l'essor des nouvelles technologies, un nouvel humain est né : Michel Serres le baptise "Petite Poucette" - clin d'oeil à la maestria avec laquelle les messages fusent de ses pouces.
    Petite Poucette va devoir réinventer une manière de vivre ensemble, des institutions, une manière d'être et de connaître... Débute une nouvelle ère qui verra le triomphe de la multitude, anonyme, sur les élites dirigeantes, bien identifiées ; du savoir discuté sur les doctrines enseignées ; d'une société immatérielle librement connectée sur la société du spectacle à sens unique...
    Faisons donc confiance à Petite Poucette pour mettre en oeuvre cette utopie, seule réalité possible !

  • Avant ? Justement j'y étais ! Je vais vous raconter...
    « Dix Grands-Papas Ronchons ne cessent de dire à Petite Poucette, chômeuse ou stagiaire qui paiera longtemps pour ces retraités : "C'était mieux avant." Or, cela tombe bien, avant, justement, j'y étais. Je peux dresser un bilan d'expert. Qui commence ainsi : avant, nous gouvernaient Franco, Hitler, Mussolini, Staline, Mao... rien que des braves gens ; avant, guerres et crimes d'état laissèrent derrière eux des dizaines de millions de morts. Longue, la suite de ces réjouissances vous édifiera. »
    Michel Serres

  • Que révèle le séisme financier et boursier qui nous secoue aujourd'hui?
    Si nous vivons une crise, au sens plein du terme, aucun retour en arrière n'est possible. Il faut donc inventer du nouveau. Or, le nouveau nous submerge ! En agriculture, transports, santé, démographie, informatique, conflits, des bouleversements gigantesques ont transformé notre condition comme jamais cela n'était arrivé dans l'histoire. Seules nos institutions n'ont pas changé.
    Et voici l'une de ces ruptures profondes : notre planète devient un acteur essentiel de la scène politique. Qui, désormais, représentera le Monde, ce muet ? Et comment ?
    Michel Serres montre que nous sommes encore les acteurs de notre avenir.

  • Depuis les domaines du digital et de la biologie moléculaire, on nous annonce que les différences entre le vivant et la machine, entre l'intelligence artificielle et l'intelligence animale, entre la vie artificielle et la vie tout court, seraient sur le point de s'effacer : tous les mécanismes biologiques pourraient enfin être révélés, modélisés, dépassés. De nouveaux démiurges nous font miroiter des existences libérées de toute limite, même de la mort. Le temps serait venu de se passer du monde réel et du vivant lui-même, désormais réductible à ses composants, à une mécanique.

    Derrière ces promesses de vie augmentée se cache en réalité toujours le même projet réactionnaire : celui de se débarrasser des corps pour accéder enfin à la "vraie" vie qui serait du côté des données et des algorithmes.

    Or, en assénant que « tout est information », le monde digital non seulement ignore mais écrase les singularités propres au monde du vivant et de la culture. Dans ce vaste processus d'artefactualisation du monde et de la vie, la carte prend possession du territoire. Et c'est nos possibilités mêmes d'agir, de penser, de désirer et d'aimer qui sont mises à mal.

    Contre cette menace, Miguel Benasayag invite à penser la singularité radicale du vivant, à envisager un mode d'hybridation entre la technique et les organismes qui ne soit pas une brutale assimilation. Cela passe par la production d'un nouvel imaginaire, d'un nouveau paradigme capable de nous aider à étudier rationnellement ce qui, dans la complexité propre au vivant et à la culture, n'est pas réductible au modèle informatique dominant.

  • Tout le monde peste contre la bureaucratie, c'est un fait - on n'en a jamais terminé avec la paperasse... Pourquoi nous faut-il encore et toujours noircir des formulaires obscurs ? Comment en sommes-nous arrivés là ? " Où l'encre est, le pouvoir est. Où la puissance est, l'encre est ", nous dit René ten Bos. Car écrire, c'est survivre. Au temps et à l'ennemi. Les écrits restent, c'est bien connu, et ce même à l'heure du tout numérique.
    En Chine, il y a cinq mille ans, on savait déjà qu'un empire ne se défend pas uniquement par le sabre. La diffusion de l'encre s'est révélée un moyen de domination bien plus efficace. Egyptiens, Perses et Romains le comprendront aussi... comme nos sociétés modernes, où les bureaucrates ne cessent de se dresser face à nous, avec leurs comptes-rendus, leurs rapports, leurs circulaires... D'autant qu'en chacun de nous aussi, il en sommeille sans doute...
    Mais est-ce uniquement une fatalité ? Ne pouvons-nous pas nous réapproprier la bureaucratie pour la mettre au service du bien commun ?

  • Laurent Degos revivifie les traditionnelles vertus de l'erreur, en en soulignant la surprenante modernité.
    À partir de son expérience de Président de la Haute Autorité de Santé et de médecin des hôpitaux, il montre, dans une réflexion qui va bien au-delà du domaine de la santé, que notre société, de jour en jour plus complexe, cherche à se prémunir de l'erreur en jouant la carte du tout-sécurité et du risque zéro. Ce faisant, elle se condamne à courte échéance. Car l'erreur est le moteur de la vie et la source de découvertes et d'innovations. Sans elle, pas d'évolution possible...

    Un rappel nécessaire des vertus de l'erreur, qui dépasse le strict cadre de la nature et touche au plus profond des sociétés humaines contemporaines.

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