Langue française

  • Les articles qui constituent les différents chapitres de ce livre ont été écrits avec l'intention d'opposer la force des idées, critiques, hétérodoxes, révolutionnaires, au conformisme dominant. Avec l'espoir de contribuer à élargir la fissure, la brèche, ouverte par le mouvement ouvrier révolutionnaire au coeur de la démocratie libérale bourgeoise. Tâche démesurée pour un homme seul, mais les révolutionnaires ont des compagnons, et les compagnons forment les mouvements sociaux qui, parfois, inversent le sens de l'histoire.

  • En opposition avec l'homme moderne qui se révolte contre la tyrannie, contre Dieu, contre la sainte croyance de ses pères, nous avons l'homme postmoderne : un sujet assujetti, dépendant d'une « machinerie de pouvoir qui le fouille, le désarticule et le récompense » (Foucault), « formé dans la soumission », « constitué dans la subordination », habité par « une passion primaire pour la dépendance » (Judith Butler), sans projet révolutionnaire sous prétexte qu'il serait totalitaire, sans identité parce qu'elle n'existe pas, avec ses valeurs pour soi, isolé dans un monde virtuel, essayant d'approfondir sa subjectivité radicale (mais impuissante), entouré d'un monde réel où règnent le profit, la force politique, les armées, l'exploitation de plus en plus effrénée. Si l'on suivait les propositions postmodernes, sur quoi compterions-nous aujourd'hui pour avancer vers l'émancipation sociale ?

  • L'idée de liberté a suivi un long parcours philosophique, mais les idées ne vivent pas dans un monde immatériel, elles naissent au sein de l'agir humain et se nourrissent des passions individuelles et collectives. Qu'auraient pu dire les philosophes si des milliers d'individus que l'Histoire ne connaît pas, à côté de quelques-uns qui ont laissé leurs noms, n'avaient pas inventé, travaillé, persévéré, combattu, défendu leurs croyances ?

    Les idées n'habitent pas dans un lieu décharné et neutre, elles naissent de l'action, et de leur vivant mobilisent les passions qui attisent les révoltes, et, le moment venu, changent le monde.

    Un climat de fermeture de la pensée s'imposa de façon rampante, et persistante, à partir des années 60 du siècle dernier - malgré le sursaut de 68 -, enfermant dans de petits ghettos les mouvements d'émancipation qui prônaient le changement radical de la société. Mais toute société bouge, se modifie, se lézarde, poussée par les conflits qui traversent la cité, permettant quelquefois aux idées hétérogènes au système établi de trouver un écho dans l'espace public.

    Dès le début de ce XXIe siècle ont recommencé à se produire des mouvements de protestation (Seattle 1999, Gênes 2001), qui ont rassemblé des multitudes et tendu à se propager vers d'autres villes et d'autres pays. L'éphémère « printemps arabe » stimula l'imaginaire révolutionnaire, mais ce qui a donné une nouvelle importance aux mouvements contestataires suivants, c'est la présence saillante chez tous des prémisses antiautoritaires, anarchistes, caractéristiques de l'espace plébéien (le 15M en Espagne, la place Syntagma à Athènes, Occupy Wall Street ou Oakland aux Etats-Unis, la place Taksim en Turquie). Malheureusement, les conflits internationaux, l'avidité du grand capital et la pauvreté de larges régions du monde ont fait resurgir des forces religieuses et barbares, empêtrées dans un terrorisme aveugle. Nous croyons que quand le temps de l'Histoire s'accélère le repli de l'action et de l'idée sur des positions défensives est le pire de comportements : il faudrait, au contraire, s'engouffrer par les brèches du système représentatif pour continuer la construction de la liberté.

    De´jà critique du post-modernisme de Foucault et de Lacan, Colombo, plus proche de Castoriadis, remet sur le devant de la scène politique et philosophique la liberté humaine et la possibilité de changer le monde qui lui est afférente. Psychanalyste né en Argentine, membre du Quatrième Groupe, organisation psychanalytique de langue francaise. D'orientation anarchiste, il a déjà publié aux é´ditions Acratie en 2014, Une controverse des temps modernes : la postmodernité.

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