Francis Kauffmann

  • Francis Kauffmann prend le temps de la rencontre, il ne photographie pas à la sauvette et s'en va, il veut partager une rencontre pour de vrai. Une fillette se balance, photos de vie, quelques personnes dans une ruelle verticale étroite au pied des montagnes, ou aucun touriste ne passera, des femmes qui lui disent au revoir en riant, des cyclistes sur une grande place sous la pluie, les ombres des passagers sur le toit d'un bus avec lui - il voyage avec eux -, un homme voilé de dos qui regarde la mer, si loin du désert, une merveilleuse photo d'un homme devant une vitre embrumée par la buée, comme un portrait résumant tout le pays. Les gens des montagnes et du désert ne changeront jamais ! Et on sent qu'ils ont reçu Francis, l'ont accepté, ont compris sa gentillesse, et ont partagé le thé et les sourires. La photographie, c'est aller à la rencontre. Le voyage marocain de Kauffmann est très précisément cela, une authentique rencontre, un partage chaleureux.
    (Extrait de la préface de Bernard Plossu)

  • La colo Nouv.

    Tu as quarante ans, cinquante peut-être. C'est bête à dire, mais tu ne l'as pas vu venir. Comment tu en es arrivé là ? Arrivé n'est pas le mot. Car en réalité, tu n'es jamais parti. Tu es resté, immobile, dans les starting-blocks de tes treize ans. Combien de fois as-tu embrassé avec la langue ? Mille, dix mille, cent mille fois ? Mais à chaque fois, ce que tu recherches ardemment, c'est le premier baiser.
    Le seul qui compte vraiment, celui qu'on attend longtemps, celui qui arrive trop vite - celui qui ne passe jamais. Tu plantes ton drapeau dans le passé. Soyons clairs : tes papiers d'identité sont falsifiés. Ton sexe, ton âge, ta taille, ton état civil : tout est faux. Bullshit. Tu as treize ans forever, tu portes un appareil dentaire, tes parents t'envoient en colo - ils sont certains que cela te fera le plus grand bien.

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