Agone

  • Je ne peux que suivre Emma Goldman quand elle déclare ne pas vouloir d'une révolution où elle ne pourrait pas danser. Mais au moins voulait-elle une révolution, sans laquelle de telles fins esthétiques et psychologiques ne bénéficieraient qu'à quelques-uns. Or les objectifs révolutionnaires et sociaux de l'anarchisme aujourd'hui souffrent d'une telle dégradation que le mot "anarchie" fera bientôt partie intégrante du vocabulaire chic bourgeois du siècle à venir : une chose quelque peu polissonne, rebelle, insouciante, mais délicieusement inoffensive.

  • « Tout mouvement a besoin d'une étincelle, d'un événement que les gens percevront comme le symbole de leurs propres expériences et qui les rassemblera. Rares sont ceux qui auraient pu prévoir que le meurtre de Mike Brown par un policier blanc déclencherait une rébellion dans la petite ville de Ferguson. Peut-être était-ce l'inhumanité de la police qui laissa pourrir son corps sous le soleil d'août pendant quatre heures et demie. Peut-être était-ce l'équipement militaire - tanks, fusils mitrailleurs, réserves infinies de gaz lacrymogène - qu'elle opposa aux premières manifestations. Toujours est-il que dès le lendemain soir, la révolte éclata ; et les jours suivants, les manifestations se poursuivirent. Chaque soir, la police aspergeait la foule de gaz lacrymogène et tirait des balles en caoutchouc ; le lendemain, la foule se reformait. » Comment un mouvement contre les violences policières, qui visent avant tout les Afro- Américains, a-t-il pu émerger sous le mandat du « premier président noir », dont l'élection était censée inaugurer une période « post-raciale » ? Keeanga Yamahtta-Taylor brosse ici un portrait terrifiant de la persistance du racisme américain. Pour comprendre l'histoire du mouvement et les débats et tensions qui le traversent, elle insiste sur l'aggravation des conditions de vie des Noirs en particulier et des classes populaires en général depuis les années 1970 ; mais aussi sur la défaite des mouvements sociaux des années 1960 et l'émergence d'une élite politique noire prompte à réactiver les préjugés racistes d'une « culture de la pauvreté » attribuée aux Noirs. L'auteure défend le potentiel universaliste du mouvement #BlackLivesMatter : s'il vise d'abord les violences policières, il peut parfaitement rallier d'autres groupes sociaux à une lutte contre les élites - noires ou blanches - et pour la redistribution des richesses. Pour elle, la lutte antiraciste est tout sauf « spécifique ».
    Keeanga-Yamahtta Taylor est professeure assistante dans le département d'études afroaméricaines à l'université de Princeton. Militante antiraciste, féministe et anticapitaliste, elle est spécialiste de l'histoire politique des mouvements noirs, des mouvements sociaux et des questions d'inégalités raciales aux Etats-Unis. Elle contribue régulièrement à des publications telles que Jacobin, The Guardian ou New Republic. Récompensé par de nombreux prix et plusieurs fois réimprimé depuis sa sortie, Black Lives Matter est son premier ouvrage.

  • À une époque, un Américain moyen savait si l'économie montait ou descendait - car quand le pays prospérait, son peuple prospérait également. De nos jours, ce n'est plus le cas. Du milieu de la Grande Dépression à 1980, les 90 % les plus pauvres de la population, un groupe qu'on pourrait appeler « le peuple américain », récupérait 70 % de la croissance du revenu du pays. Regardez les mêmes chiffres depuis 1997 - du début du boom de la Nouvelle Économie à aujourd'hui - et vous verrez que ce même groupe, le peuple américain, n'a absolument rien empoché de la hausse du revenu de l'Amérique.
    Après Pourquoi les pauvres votent à droite, Thomas Frank analyse cette fois l'abandon des classes populaires et des syndicats par leur parti historique, les démocrates. On y voit le prix payé par les laissés-pour-compte du remplacement du modèle industriel par celui de l'« économie de la connaissance » : comment le choix qui a été fait par les démocrates de recentrer leur programme sur les classes sociales riches et cultivées a eu pour effet un divorce entre les classes moyennes progressistes et les classes populaires. Comment aussi l'instrumentalisation de l'antiracisme et une augmentation des inégalités sociales et de richesses a repoussé l'électorat ouvrier blanc des démocrates vers un parti républicain kidnappé par Donald Trump.
    Journaliste et essayiste, cofondateur et rédacteur en chef du magazine The Baffler, Thomas Frank écrit régulièrement pour Le Monde diplomatique, Harper's o u The Guardian des articles d'analyse sociale et politique de la situation américaine. Auteur d'une dizaine d'ouvrages, il a publié en français Pourquoi les pauvres votent à droite (Agone, 2001) et Le Marché de droit divin (Agone, 2003).

  • Une vulgate ancienne, mais constamment réactualisée jusqu'à nos jours, voudrait imposer l'idée délétère selon laquelle l'étude de l'histoire devrait avoir pour objectif de faire aimer la nation.
    « Histrions de la cour du prince et éditorialistes de gouvernement s'entendent pour fustiger les universitaires étrangers à la mission patriotique et déconnectés de la réalité sociale (et dont les plus heureux vendent péniblement leurs livres à quelques centaines d'exemplaires). Cette dernière critique, du moins, n'est pas fausse. Beaucoup d'historiens, plus assidus à faire fructifier leurs carrières académiques qu'à diffuser le produit de leurs recherches, n'ont en effet jamais vraiment pris la mesure de leur fonction sociale. Mais contrairement à ce que racontent les chiens de garde du roman national, celle-ci n'est pas nécessairement d'appuyer les manoeuvres politiques les plus réactionnaires.
    La recherche historique n'a jamais cessé d'être créative, inventive et parfois engagée. C'est en référence à ce potentiel que nous voulons réhabiliter le concept d'«émancipation», galvaudé jusque dans les discours des politiques «en marche».
    Que serait une histoire émancipatrice ? Ce petit livre rappelle ce que l'émancipation signifie et plaide pour que la discipline historique y prenne sa part.
    Il faut regagner du terrain sur ceux qui confondent histoire et propagande haineuse, histoire et courrier du coeur. Replacer l'histoire dans la lutte contre les dominations et se débarrasser du fatalisme qui nourrit l'ordre dominant. » Historiens et chercheurs, Laurence De Cock, Mathilde Larrère et Guillaume Mazeau ont donné ensemble plusieurs cours libres aux étudiants qui occupaient leurs universités contre « Parcours Sup ». Ce livre en est issu.

  • Depuis des décennies, les Américains assistent à une révolte qui ne profite qu'à ceux qu'elle est censée renverser. Les travailleurs en furie, forts de leur nombre, se soulèvent irrésistiblement contre l'arrogance des puissants. Ils brandissent leur poing au nez des fils du privilège. Ils se gaussent des affectations délicates des dandys démocrates. Ils se massent aux portes des beaux quartiers et, tandis que les millionnaires tremblent dans leurs demeures, ils crient leur terrible revendication : " Laissez-nous réduire vos impôts! " L'État le plus pauvre des États-Unis a réélu George W. Bush avec plus de 56 % des suffrages aux dernières élections. Pourtant, le New Deal avait sauvé la Virginie-Occidentale de la famine pendant les années 1930. Et ce bastion démocrate fut ensuite un des très rares États à voter contre Reagan en 1980. Alors, républicaine, la Virginie-Occidentaleoe L'idée semblait aussi biscornue que d'imaginer des villes " rouges " comme Le Havre ou Sète " tombant " à droite. Justement, cette chute est déjà intervenue... Car cette histoire américaine n'est pas sans résonance en France.

  • "La pédagogie critique ne doit pas être confondue avec la "pédagogie alternative". Il ne s'agit pas, pour les éducateurs et éducatrices progressistes, de pratiquer des pédagogies seulement "alternatives", mais bien de viser la transformation sociale globale. D'autant que, dans une large mesure, les pratiques des pédagogies alternatives s'adressent essentiellement à des enfants issus de milieux socialement privilégiés".
    En France, les pédagogies critiques sont rendues invisibles, abusivement englobées dans les pédagogies "nouvelles" ou "alternatives" dont les pratiques purement techniques sont à la mode dans les écoles de riches. Alors que partout ailleurs dans le monde, elles sont clairement distinguées des méthodes pédagogiques libérales qui réduisent l'éducation à un parcours de performance et de réussite purement personnelle, la France se singularise par un débat réduit à l'opposition simpliste entre "tradition" et "modernité" qui laisse un boulevard à l'école néolibérale.
    Le propos de cet ouvrage est donc de redonner toute sa place à un courant pédagogique ancien mais très vivant, et de lui rendre toute sa force de critique radicale et d'émancipation sociale, notamment pour les classes populaires. C'était la démarche des grands fondateurs Célestin Freinet et Paolo Freire ; c'est aussi celle que perpétuent et renouvellent beaucoup de pédagogues d'aujourd'hui. Cet ouvrage collectif fait le panorama le plus complet possible des pédagogies critiques.
    Il remet à la première place l'essentiel : les pédagogies critiques participent d'un projet politique de remise en cause de l'ordre néo-libéral et des dominations de toutes sortes (sexistes, racistes ou de classe). Il revient aux origines et à la théorie des grands fondateurs et présente les pratiques actuelles qui s'en inspirent. Il brosse le tableau le plus large possible, à l'échelle internationale, de tous les lieux d'éducation (l'école et l'université, mais aussi l'éducation populaire).
    Il interroge la manière dont les pédagogies critiques peuvent contester de manière constructive l'école réduite au maintien de l'ordre républicain et s'opposer efficacement à la captation néolibérale de l'enjeu pédagogique.

  • Avant de mourir, à 41 ans, Guy Hocquenghem a tiré un coup de pistolet dans la messe des reniements. Il fut un des premiers à nous signifier que, derrière la reptation des " repentis " socialistes et gauchistes vers le sommet de la pyramide, il n'y avait pas méprise, mais accomplissement, qu'un exercice prolongé du pouvoir les avait révélés davantage qu'il les avait trahis. On sait désormais de quel prix - chômage, restructurations sauvages, argent fou, dithyrambe des patrons - fut payé un parcours que Serge July résuma un jour en trois mots : " Tout m'a profité. " Cet ouvrage qui a plus de quinze ans ne porte guère de ride. L'auteur nous parle déjà de Finkielkraut, de BHL, de Cohn-Bendit, de Bruckner. Et déjà, il nous en dit l'essentiel. On ignore ce qu'Hocquenghem aurait écrit d'eux aujourd'hui, on sait cependant que nul ne l'écrira comme lui. Lui qui appartenait à leur très encombrante " génération " - celle des Glucksmann, des Goupil, des Plenel et des Kouchner - se hâtait toutefois de préciser : " Ce mot me répugne d'instinct, bloc coagulé de déceptions et de copinages. " Il aurait souhaité qu'elle fût moins compromise, en bloc, par les cabotinages réactionnaires et moralistes de la petite cohorte qui parasita journaux et " débats ". Il aurait essayé d'empêcher qu'on associât cette " génération "-là aux seuls contestataires qui ouvrirent un plan d'épargne contestation avec l'espoir d'empocher plus tard les dividendes de la récupération. Renonçant aux apparences de la bienséance, de la suavité bourgeoise propres à ceux qui monopolisent les instruments de la violence sociale, Guy Hocquenghem a usé de la truculence, de la démesure. Il a opposé sa clameur à la torpeur des temps de défaite. Son livre éclaire le volet intellectuel de l'ère des restaurations. Les forces sociales qui la pilotaient il y a vingt ans tiennent encore fermement la barre ; les résistances, bien qu'ascendantes, demeurent éparses et confuses. Nous ne sommes donc pas au bout de nos peines. Les repentis ont pris de l'âge et la société a vieilli avec eux. L'hédonisme a cédé la place à la peur, le culte de l'" entreprise " à celui de la police. Favorisés par l'appât du gain et par l'exhibitionnisme médiatique, de nouveaux retournements vont survenir. Lire Guy Hocquenghem nous arme pour y répondre avec ceux qui savent désormais où ils mènent. SERGE HALIMI

  • « Ils ont la mémoire courte, ces médias indignés qui se sont mués en grands défenseurs de la morale. Les abstentionnistes, les partisans du vote blanc ou nul, ont été conspués. Tous. Partout. Entre divagations amnésiques et hoquets moralisateurs, les médias oublient un peu vite le rôle qu'ils ont joué depuis plusieurs décennies dans la dédiabolisation du Front national. Ce sont eux qui surfent sur la vague sécuritaire, qui se demandent si «l'Islam est soluble dans la République», qui réfutent toutes contestations du libéralisme ou de l'Union européenne. » En 2002, une presse unanime appelait à voter Jacques Chirac contre Jean-Marie Le Pen au nom de la défense des valeurs républicaines d'égalité et de justice. Quinze ans plus tard, lesdites valeurs avaient été tellement laminées par trois gouvernements successifs, de gauche comme de droite, que la mélodie du danger fasciste dut être rejouée pour pallier l'écoeurement d'une grande partie du corps électoral.
    Dans les deux cas, l'unanimisme des « nouveaux chiens de garde » s'est surtout exprimé entre les deux tours. Et puisqu'aucune évaluation sérieuse des rapports de force électoraux ne pouvait laisser penser qu'un (ou une) Le Pen sortirait vainqueur des scrutins, il a fallu frapper vite et fort pour convaincre, contre toute raison, de l'imminence d'un péril fasciste. Avec une cible toute trouvée : l'abstentionniste, voilà l'ennemi ! Accusés de soutenir les Le Pen pour ne pas avoir voulu donner leurs voix à ceux dont ils n'attendaient rien, abstentionnistes et votants « blanc » ont été mis au pilori. L'éditocratie a aussi réservé un traitement spécial aux forces politiques à la gauche du PS : en accusant l'extrême gauche de semer la division en 2002 ; en accusant la France insoumise d'être antidémocrate et démagogique - et donc finalement pas si éloignée de l'extrême droite - en 2017.
    Culpabiliser suffisamment les hésitants pour les amener à glisser dans l'urne le bulletin désigné comme le seul légitime ; renvoyer dos à dos l'extrême droite et la gauche radicale : voilà la sordide réalité des grandes manoeuvres médiatiques que ce livre éclaire.

  • Elle est ensuite devenue grabataire et a changé d'unité, se retrouvant dans un salon où les pensionnaires délirent durant des heures sur fond de radio commerciale ou de séries télévisées. Ce que j'ai vu durant ces années n'a fait qu'alimenter mes doutes autour de la maladie d'Alzheimer. La maltraitance institutionnelle latente, l'omniprésence des laboratoires pharmaceutiques dans sa médicalisation et son accompagnement, l'échec des différentes politiques censées la gérer, la surenchère médiatique... Qu'est-ce qui se cache derrière ce qu'on nous présente comme une épidémie ?
    De plus en plus de doutes planent sur la maladie d'Alzheimer, maladie apparue dans les années 1970 dont on n'a jamais réussi à identifier les causes, diagnostic à la mode recouvrant diverses formes de démence sénile, aubaine pour les laboratoires pharmaceutiques lorgnant sur « l'or gris » de la population occidentale vieillissante... Parce que tous les traitements jusque-là mis en place s'avèrent inefficaces, la recherche s'oriente désormais vers la prévention d'Alzheimer : le dépistage précoce, à travers l'étude des gênes des patients qui pourraient un jour être sujets à la démence sénile. Une nouvelle médecine dans laquelle Google, Facebook ou encore Amazon investissent massivement, rêvant d'un être humain « augmenté » grâce à des manipulations génétiques et des prothèses technologiques. Une nouvelle science, au service d'une nouvelle société...
    Ce livre, qui commence sous la forme d'un carnet de bord mené au chevet d'une mère diagnostiquée Alzheimer, est une enquête menée à la première personne, s'intéressant aux politiques publiques qui privilégient le soutien à l'industrie pharmaceutique au détriment d'un accompagnement humaniste des malades, pour les relier au transhumanisme, une conception aussi « personnalisée » qu'élitiste de la médecine, en pleine expansion.

  • Y a-t-il quelque chose de commun entre l'âge de l'automatisation dans lequel nous sommes pris et la première révolution industrielle d'antan (1790-1840) ? Oui : elles ont toutes deux été propulsées par des progrès techniques et la production, elles ont éliminé des emplois sans en créer. On a chaque fois prétendu que le progrès technologique était inévitable et arrangerait automatiquement les choses. De ce point de vue, l'époque où ont été créées les usines et l'époque où elles sont automatisées se ressemblent.
    On sait que les destructions d'emplois de la fin du XVIIIe et du début du XIXe siècles ont touché aussi bien les travailleurs, leurs communautés et tout un système de production. On sait qu'il a fallu une génération entière pour que la nouvelle industrie mécanisée crée des emplois. On sait que des ouvriers se sont défendus en attaquant directement les nouvelles tisseuses et autres machines conçues pour l'usine.
    « David Noble analyse les effets de l'automatisation sous ses formes mécaniques et informatiques, et montre qu'on a déformé l'histoire au point que le terme 'luddite' serve à discréditer tous ceux qui tentent de sauver leurs emplois ou d'avoir une prise sur leur environnement professionnel immédiat, dans l'industrie, les bureaux, le commerce ou les services. » (Eric Hobsbawm) Rassemblant des conférences tenues par David Noble sur les conséquences sociales des technologies, en particulier sur la façon dont elles ont servi au patronat pour saper le savoir-faire technique et la capacité d'action des travailleurs, ce livre mène ce que l'auteur appelle une « analyse de classe des technologies » en reliant la première révolution industrielle et la première vague d'informatisation.

  • Tout écologiste sérieux est sûrement d'accord pour dire que sauver les baleines ne va pas au fond du problème, et qu'occuper des plateformes pétrolières est au mieux une tactique pour attirer l'attention sur des causes plus profondes.
    Le mouvement écologiste doit établir les liens qui s'imposent entre justice environnementale, sociale et économique.
    En plus d'être ceux qui (comme d'habitude) souffrent le plus, les pauvres sont aussi souvent à l'origine des actions qui s'attaquent aux véritables racines du problème. Ainsi, lors du Sommet du peuple (Bolivie, 2010) a été rédigée une « Déclaration universelle des droits de la Terre Mère », où les peuples indigènes du monde entier s'unissent contre la quête de profits prédatrice et auto-destructrice menée par les riches. Le patronat américain a fait preuve d'une franchise admirable en annonçant publiquement qu'il organisait de gigantesques campagnes de propagande pour convaincre le public d'ignorer l'actuelle destruction de l'environnement, ce qui devient pourtant assez difficile même pour les plus aveugles.
    Dans ce livre d'entretiens, Noam Chomsky se penche pour la première fois sur les menaces nucléaires et les catastrophes environnementales qui pèsent sur le monde. À travers des thèmes tels que les dangers (y compris environnementaux) de la guerre nucléaire, l'industrie des énergies renouvelables ou encore les mouvements conservateurs qui s'opposent à toute réglementation environnementale, il revient sur l'urgence de renforcer les liens entre luttes écologistes, exigences démocratiques et justice sociale.
    Linguiste, Noam Chomsky est professeur émérite au Massachusetts Institute of Technology (MIT, Boston).
    Parallèlement à sa prestigieuse carrière universitaire, il est mondialement connu pour son engagement politique et sa critique de la politique étrangère des États-Unis.

  • Essais sur la ville, la petite-bourgeoisie intellectuelle et l'effacement des classes populaires.
    Synthèse de quarante ans d'observation des réalités urbaines, ce livre examine les transformations provoquées par un mode de gestion politique des villes laissant, au détriment du "droit à la ville", la part belle aux appétits économiques. Ces écrits souvent polémiques renouent le fil de la continuité historique et sociologique entre l' "assassinat de Paris" (décrit par Louis Chevalier à la fin des années 1970), l'essor d'une nouvelle petite bourgeoisie inféodée aux pouvoirs en place, et l'effacement politique des classes populaires avec les "crises urbaines" qui font l'actualité médiatique.
    "Crise des banlieues", "crise du logement", "SDF" : autant de symptômes dont le traitement social (et aujourd'hui sécuritaire) est voué à l'échec faute de reconnaître le conflit d'intérêts fondamental opposant la majorité des usagers de la ville et les spéculateurs. Enfin, ce livre dévoile la manière dont les multiples innovations (qui visent à donner l'illusion qu'on peut réconcilier magiquement les contraires) exercent une violence symbolique ne faisant que redoubler celle, bien réelle, qui s'exerce sur des citadins de plus en plus nombreux à être dépossédés de leurs villes.

  • On sait d'expérience que les démonstrations produites par les sciences de l'homme et de la société ont très peu d'impact sur les gens.
    On peut mobiliser toutes les études pour démontrer la " stupidité " du racisme, on ne parviendra pas pour autant à convaincre quiconque d'abandonner ses préjugés. pour être efficace, il faut que la raison rencontre l'émotion. ce qui est prouvé dans la recherche doit être éprouvé par le public. ce sont des auteurs de théâtre, principalement diderot et brecht, qui ont poussé le plus loin la réflexion sur cette dialectique de l'intellect et du sentiment.
    Ils ont plaidé pour un théâtre politique dont la fonction n'est pas de parler à la place des citoyens mais de leur fournir des armes pour mieux résister aux médias et au pouvoir d'etat. depuis l'affaire dreyfus, les intellectuels ont joué pleinement leur rôle dans la vie publique lorsque les artistes et les savants sont parvenus à travailler et à agir ensemble. ceux qui s'interrogent aujourd'hui sur la crise du théâtre public gagneraient à réfléchir sur ce constat.

  • En 2015, l'année du cinquantenaire de sa mort, Le Corbusier apparaissait toujours comme l'incontournable référence dans les domaines de l'architecture et de l'urbanisme, et son influence restait prépondérante. Dans l'avalanche de textes parus sur lui, très peu l'ont critiqué et aucun n'a su décrire, selon nous, le monde cauchemardesque qu'il voulait édifier. Fondé sur l'analyse de sa production d'oeuvres (bâties ou théoriques) ce livre montre l'imposture du créateur, le caractère totalitaire de ses projets et la misère spatiale qu'il a engendrée, de son vivant jusqu'à aujourd'hui.

  • Les interventions de pierre bourdieu depuis les grèves de décembre 1995 ont été l'objet de condamnations souvent virulentes, notamment de la part des journalistes et des intellectuels médiatiques dont il avait analysé le pouvoir.
    Il fut alors accusé de découvrir l'action politique " sur le tard ", d'abuser de sa notoriété scientifique ou encore de revenir à des figures intellectuelles surannées. ce qui semblait choquer avant tout, c'était qu'un savant intervienne de la sorte, portant le fer de la critique dans le domaine politique. les interventions du sociologue dans l'espace public datent pourtant de son entrée dans la vie intellectuelle, au début des années 1960 à propos de la guerre d'algérie.
    Dès lors, une réflexion constante sur les " conditions sociales de possibilité " de son engagement politique l'incite à se démarquer aussi bien d'un scientisme donneur de leçons que du spontanéisme alors si courant chez les " intellectuels libres ". ce recueil n'a pas seulement pour but de regrouper les nombreux textes " politiques " ou " critiques " souvent peu accessibles ou inédits en français. il tient avant tout de la mise en situation : invitation à la lecture d'une oeuvre souvent neutralisée par ses conditions académiques de réception.
    Il s'agit de montrer, à travers les étapes de l'itinéraire du sociologue, replacé dans son contexte historique, une articulation certaine entre recherche scientifique et intervention politique ; le travail de conversion des pulsions sociales en impulsions critiques. a travers ce parcours, c'est finalement la genèse d'un mode d'intervention politique spécifique qui est retracée : science sociale et militantisme, loin de s'opposer, peuvent être conçus comme les deux faces d'un même travail d'analyse, de décryptage et de critique de la réalité sociale pour aider à sa transformation.
    La trajectoire illustrée par les textes de ce recueil montre comment la sociologie elle-même se trouve enrichie par l'engagement politique et la réflexion sur les conditions de cet engagement.

  • Ce que la presse a appelé "l'histoire la plus intéressante de la décennie sur le plan humain" consistait en une personnalité mondialement connue, un kidnapping d'enfant en bas âge, un procès filmé en direct (une première), un assassin condamné à mort sans jamais avoir avoué son crime... mais surtout, en un véritable déluge d'informations non vérifiées, de rumeurs, une foule de correspondants et d'envoyés si spéciaux qu'ils n'existaient pas nécessairement.
    En mars 1932, le fils du célèbre aviateur Charles Lindbergh est enlevé puis assassiné. Quatre ans plus tard, à l'issue d'un procès contestable, Bruno Hauptmann est exécuté. Ce livre ne s'attarde pas sur les détails de ce qui est vite devenu "l'affaire du bébé Lindbergh" : il l'aborde comme un moment charnière de l'histoire des médias, où s'installent des méthodes sensationnalistes omniprésentes aujourd'hui.

  • Sous-payés et revendus entre cinq et dix fois leurs prix d'achat. Pendant ce temps, des paysans vendent leurs produits bio, avec une réflexion sur un prix juste, sur des marchés de plein vent ou au sein d'Amap. Plutôt qu'une démarche indissociablement écologique, sociale et politique, peut-on réduire la bio à une distribution d'aliments sans pesticides pour consommateurs inquiets de leur santé ? La bio peut-elle se mettre au service du "bien-être" d'une partie de la population sans ébranler les fondements de la société de consommation.

  • « Le communisme a tout autant été désarmé par ses adversaires socialistes et de droite, dans un contexte général d'offensive néolibérale, qu'il s'est désarmé lui-même, en abandonnant l'ambition de représenter prioritairement les classes populaires et de promouvoir des militants issus des groupes sociaux démunis. Pour saisir ce basculement, son ampleur, ses causes et ses conséquences, il est essentiel de ne pas en rester à l'analyse des résultats électoraux sur laquelle se concentrent les commentateurs pressés.
    Comprendre le déclin du PCF nécessite de dépasser le travail de comptage (moins d'adhérents, moins d'électeurs, etc.) qui favorise des commentaires en termes d'"inadaptation" décrivant un parti qui ne serait plus "en phase" avec la société contemporaine et condamné à disparaître.
    En rester au constat du déclin inéluctable de cette organisation fait manquer l'essentiel :
    La possibilité d'une réflexion sur les difficultés à construire une organisation militante en prise avec les milieux populaires. Analyser le déclin d'un parti qui avait historiquement réussi à produire une élite politique ouvrière est une manière d'interroger en creux les conditions de possibilité d'un outil de lutte collectif contre l'exclusion politique des classes populaires.
    Cette revisite de l'histoire récente du PCF relève ainsi d'un enjeu majeur pour la gauche et la "gauche de la gauche" dans un contexte de décrochage de ses organisations avec les groupes populaires. » Appuyé par une enquête menée dans différents territoires et par l'exploitation d'archives internes, ce livre analyse l'évolution du PCF depuis les années 1970. Il montre comment, au-delà des transformations sociales touchant les milieux ouvriers, les stratégies politiques à l'oeuvre marginalisent les classes populaires au sein de l'organisation. Contre la vision d'un déclin lent et « naturel » du PCF, le désengagement communiste s'effectue de façon conflictuelle, dans le cadre d'une lutte de l'appareil central qui, en traquant toute divergence interne, provoque des départs massifs de militants. Prêter attention à ce qui se passe à « la base » permet de rendre compte des transformations des manières de militer dans un contexte de fragilisation du mouvement ouvrier et d'offensive néolibérale.
    Sociologue, Julian Mischi est notamment l'auteur de Servir la classe ouvrière. Sociabilités militantes au PCF (PUR, 2010), ouvrage portant sur la période d'influence du communisme français. Son nouveau livre explore les suites de cette histoire.

  • Le bilan de liquidation du socialisme par ceux-là mêmes qui s'en réclamaient est globalement positif : restauration du taux de profit, réhabilitation de l'entreprise, épousailles de la "France qui pense" et de la "France qui gagne"... de l'argent, fin du divorce Nation-Police-Armée, neutralisation des syndicats, marginalisation du PC, vassalisation de l'intelligentsia, consensus autour du nucléaire, consolidation de la présence française en Afrique... Est-ce à dire que tout clivage, toute opposition politique a disparu dans ce pays ? Aucunement. La ligne de partage passe désormais entre deux types de conservatisme, l'un obtus, l'autre éclairé, l'un frileux, l'autre fringant, l'un tourné vers le passé, l'autre ouvert vers l'avenir. Bref : l'un réactionnaire, l'autre progressiste. Le jeu politique et désormais aux prises deux droites. La première, traditionnelle, cherche à tout garder au risque de tout perdre. L'autre, moderniste, fait en sorte que tout bouge pour que rien ne change.
    Nouvelle édition (Première édition Robert Laffont, 1986).
    Avant-propos de Thierry Discepolo et Eric Sevault.

  • « Les grands hommes de l'Allemagne de 1848 étaient sur le point de connaître une fin sordide quand la victoire des «tyrans» pourvut à leur sûreté, les envoyant à l'étranger et faisant d'eux des martyrs et des saints.
    Ils furent sauvés par la contre-révolution.
    Mais il fallait rappeler quotidiennement à la mémoire du public l'existence de ces libérateurs du monde.
    Plus ces rebuts de l'humanité étaient hors d'état de réaliser quoi que ce soit de concret, plus il leur fallait s'engager avec zêle dans un semblant d'activité inutile et claironner en grande pompe des partis imaginaires et des combats imaginaires.
    Plus ils étaient impuissants à mener à bien une véritable révolution, plus il leur fallait soupeser cette future éventualité, répartir les places à l'avance et se plonger dans les délices anticipés du pouvoir. » Lorsque Marx et Engels arrivent à Londres, ils ont été précédés par des compatriotes, militants du « Printemps des peuples », exilés comme eux. Refusant de réfléchir à leur échec pour préparer la révolution de demain, cette poignée d'intellectuels tient le haut du pavé sur une scène déjà médiatique, plus théâtrale que politique. Bouffons et traîtres s'y bousculent, que les auteurs épinglent au milieu de réflexions sur la mobilisation et la recomposition politique du mouvement révolutionnaire qui engendrera l'Internationale.
    Écrit entre mai et juin 1852, ce texte n'a jamais été traduit en français. On y retrouve le ton incisif et parfois cruel de Marx lorsqu'il évoque ses contemporains - qui rappellent les nôtres.

  • « Au-delà de la condition de migrant, ce que ces hommes et ces femmes nous donnent la charge de penser, c'est tout à la fois la difficulté de vivre dans un lieu qu'on n'a pas choisi et qui est (devenu) invivable, la responsabilité des États européens dans la stratification de la mobilité mondiale aussi bien que dans les conflits mondiaux, la légitimité du rapport d'appropriation à un territoire «national», la question de savoir où aller lorsqu'on ne peut pas rester là où l'on est, et qui choisit et décide du lieu où l'on peut aller. Au fond, les migrants de Calais sont pris dans un étau qui les prive doublement de choix : ils n'ont pas choisi de naître et de grandir dans leur pays d'origine et, une fois parvenus à Calais, on leur signifie qu'ils ne peuvent pas non plus choisir un nouveau lieu de vie. Que signifie alors cette vie en transit ? Peut-on vivre sans chez-soi dans un lieu comme la «jungle» ? Que vivent et que veulent ces hommes et ces femmes réfugiés en pareils lieux ? Pourquoi la France condamne-t-elle les migrants illégaux à se replier dans ces espaces ? Quel alternative peut-on raisonnablement envisager ? » Indissociablement enquête sociologique et philosophique, ce livre explore la condition de migrant, d'abord au travers de leur point de vue, ensuite par une analyse du vocabulaire dans lequel on les enferme, on les regarde et par lequel ils se racontent. Mais on voit aussi ce que leur condition nous dit de la politique d'accueil et d'asile de l'État français, des liens contradictoires entre démocratie et politique d'immigration, de la façon dont la France ne représente plus un « bien » pour les immigrés en quête d'asile, en dépit de sa longue tradition de défense des libertés et des droits humains.

  • Ce livre étudie les tensions entre administrations et immigrés dans la France de l'entre-deux-guerres confrontée au défi de l'immigration de masse.
    Mon principal sujet étant les dynamiques d'inclusion et d'exclusion dans les démocraties, j'ai choisi de m'intéresser à la IIIe République. Les politiques migratoires de l'époque ont peut-être préparé le terrain aux lois discriminatoires de Vichy ; mais je mets l'accent sur les aléas historiques de leurs origines plutôt que sur leur caractère censément inévitable. Cette dimension imprévisible de l'histoire doit nous faire réfléchir.
    Il semble en effet plus important que jamais de prendre conscience de la fragilité des libertés. S'appuvant sur des sources délaissées, Mary D. Lewis retrace les origines de la politique française en matière d'immigration autant qu'elle donne une chronique de la vie des migrants. Les immigrés ne sont jamais totalement " intégrés ". jamais totalement " exclus ". et encore moins soumis au principe d'égalité.
    Dans les années 1930 comme aujourd'hui. leur place dans la société française ne repose pas sur la mise en application de textes où les individus seraient des abstractions. Ainsi interroge-t-elle avant tout la précarité de leurs droits et la diversité des cas. d'une personne à l'autre. d'une ville à l'autre.

  • Les transnationales des "sciences de la vie" produisent des pesticides, des fongicides, des bactéricides, des herbicides, des gamétocides - bref des biocides.
    Elles ont racheté les "semenciers" traditionnels pour élargir leurs marchés en commercialisant des "kits" semences + biocides. les immenses profits qu'elles anticipent sur leur contrôle accru de la production agricole et alimentaire exige de dépouiller les plantes et les animaux de la faculté la plus fondamentale des êtres vivants, se reproduire et se multiplier. leur objectif est de faire des êtres vivants en quelque sorte stériles - c'est-à-dire morts, ce dont témoigne si bien terminator.
    Des sciences de la mort se déguisent ainsi en "sciences de la vie". quelques termes de la novlangue biotechnologique.

  • « Après chaque attentat, des experts autoproclamés dénoncent les réseaux de financement du terrorisme. Les enquêtes ont beau démontrer que ces attentats nécessitent en réalité très peu de fonds, pour les idéologues endurcis qui forment les bataillons des «guerriers de la finance», l'absence de preuve ne signifie rien : il faut multiplier les attaques contre l'argent caché des terroristes.
    Or les frappes financières, si elles sont le plus souvent sans effets réels sur leurs cibles officielles, provoquent en revanche de considérables dommages économiques, politiques, sociologiques et psychologiques - parfois sur des pays entiers, comme la Somalie. »

    Ce livre ne montre pas seulement la manière dont, pour occulter toute relation entre terrorisme et politique étrangère, l'administration américaine s'est enfermée dans sa propre propagande, il dévoile également les contradictions entre la libéralisation à marche forcée prônée dans les années 1990 et le contrôle financier tentaculaire que les États-Unis mettent désormais en place partout dans le monde.
    C'est ainsi que le domaine de la finance pourrait bien devenir le plus étendu et le plus durable de la « guerre au terrorisme », tout en étant le moins controversé et le plus vulnérable à la désinformation.
    Quand l'« ignorance informée » devient la norme, la finance est bien la poursuite de la guerre par d'autres moyens. Mais une guerre contre qui oe

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