• Le roman policier allemand - ou Krimi - était prolifique sous le Troisième Reich. Longtemps dédaigné par les autorités, il recueillit des auteurs indociles et prit en charge la critique que la « haute » culture n'assumait plus.
    Mais la censure se faisant de plus en plus pressante, et le régime cherchant à imposer le « bon roman policier allemand », les auteurs durent s'acclimater de diverses manières aux injonctions officielles.
    Inédite en Allemagne même, cette anthologie se fait l'écho des disparités d'une littérature sous contrainte.
    Si quelques écrivains vantent la police du Reich ou se conforment à l'idéologie nazie, d'autres trompent la censure en situant leurs intrigues hors des frontières nationales, ou en imaginant des confessions ironiques du criminel : car au fond, qu'est-ce que le crime et la justice dans une dictature ? Littérature populaire, le Krimi fait ainsi entendre une autre voix de l'Allemagne. Et s'il reflète le pouvoir policier au quotidien, il esquisse aussi un portrait du petit peuple et de la pègre - réelle ou fantasmée.

  • Anaïs Nin est née en 1903 en France. C'est son père, déçu d'avoir une fille, qui a choisi ce prénom aux sonorités ambiguës. Pianiste esthète et pervers, Joaquin Nin abandonne sa femme et ses enfants dix ans plus tard. Adolescente hantée par la littérature puis épouse frustrée d'un banquier anglo-saxon, Américaine à Paris et mondaine malgré elle, Anaïs ne connaît qu'une jouissance : écrire. Elle a trente ans, quand elle rencontre Henry Miller. Elle l'aime, le soutient, le finance. Sage et troublante Anaïs ! Fantaisiste et ascète, insaisissable et un rien magicienne... elle attire à elle Artaud, Brassaï, Allendy, Rank, Breton, Durrell... Anaïs, c'est un Journal. Cinquante ans d'écriture, quarante-cinq mille pages longtemps enfouies dans une cave de Brooklyn. De cette « confession » monumentale Elisabeth Barillé a tiré un portrait romanesque, tissé dans la matière même de son oeuvre, de sa vie.

  • Repères biographiques, thèmes et personnages, lecture psychanalytique de La Vénus d'Ille et technique narrative dans Colomba.

  • S'attache à mettre en application les principes définis pour analyser l'un des mythes qui nous touchent le plus aujourd'hui, celui de Pasiphaé, en s'appuyant sur les concepts de mythe littérarisé et de syntagme minimal du mythe.

  • Une étude de l'oeuvre de l'écrivain autrichien, porte-parole de la jeune génération contestataire dans les années 60, auteur de L'angoisse du gardien de but au moment du penalty. Copyright Electre

  • La Poétique d'Aristote est l'oeuvre fondatrice de toute réflexion sur la création épique et tragique. Elle n'a été invoquée, en fait, que par l'intermédiaire d'Horace et des théoriciens classiques français : à ce titre, elle a souffert récemment du mépris des modernes, puis a été récemment redécouverte. On s'est aperçu de son aspect étrangement moderne ; seuls les grands créateurs, même quand ils croyaient s'en affranchir, l'ont comprise et mise en pratique : Racine, malgré Boileau, les romantiques allemands, Hegel, les tragiques modernes, comme Giraudoux... La présente étude replace l'oeuvre dans son contexte historique littéraire, biographique, philosophique ; elle donne une synthèse des analyses aristotéliciennes, qui tient compte des avancées les plus récentes de la recherche ; enfin, elle retrace la fortune de l'oeuvre, depuis l'Antiquité romaine jusqu'à Barthes et Todorov.

  • " J'aurais voulu entrer dans la maison de South Broadway, à Nayack où elle vivait, mais il fallait une autorisation. Je me suis contenté d'entrer dans le jardin. J'ai regardé les arbres. Je me suis assis sur les marches de la cuisine. Une femme est sortie. Elle avait un petit chapeau et un sac. Elle a fermé la porte à clef. Derrière les rideaux, il n'y avait personne. "

  • En janvier 1953, Roger Blin crée En attendant Godot devant les quelques spectateurs du théâtre de Babylone ; la pièce, qui devient aussitôt l'emblème du théâtre de l'absurde, fait en quelques années le tour du monde : elle est considérée aujourd'hui comme un classique du XXe siècle. En près de cinquante ans, le regard que nous portons sur elle a profondément changé : nous n'y cherchons plus de symboles, mais ne finissons pas d'en explorer les signes ; plus qu'à la hantise du vide et à la thématique de l'absence, nous sommes sensibles à la présence des corps et à la réalité des objets. Derrière le trop fameux dialogue de sourds, nous entendons aujourd'hui un mode subtil et musical de communication. Bref, l'absurdité a laissé la place à l'ambiguïté, et l'antithéâtre nous apparaît comme le théâtre par excellence, qui fait triompher le jeu, sous toutes ses formes. L'histoire des mises en scène le montre : les clochards métaphysiques intemporels et désincarnés n'ont cessé de se rapprocher de nous, pour devenir nos intimes et nos contemporains. Et ce qui nous frappe chez ces vagabonds qu'on disait à bout de souffle, c'est leur inépuisable énergie : à l'image de tout le théâtre de Beckett, En attendant Godot représente à sa façon le triomphe de la vie (Giorgio Strehler).

  • Péguy place sa réflexion sous le signe d'une éternelle inquiétude et il montre à l'oeuvre, dans l'histoire, la société et l'homme, un redoutable principe de guerre, de crime et de mort auquel Dieu lui-même n'échappe pas. Vision cruelle et lucide de l'iniquité, de la violence, d'une théologie de guerre, d'une belligérance universelle - confirmée et illustrée par tant d'atroces événements contemporains - et qui serait intolérable si elle n'était défiée par un puissant élan de vie, une énergie farouche de résistance et d'espérance à laquelle convient admirablement et exactement le nom d'Éros. La Thèse, oeuvre méconnue, éblouissante coulée de texte, illustre les analyses de ces aspects insolites, déroutants, presque dadaïques ou néo-post-modernes, comme dirait ironiquement Péguy, d'un auteur trop souvent prisonnier de manuels ou de commentaires sectaires. Surgit un Péguy audacieux et novateur, derrière lequel s'essoufflent, ahanant, ânonnant leur modernité, les chétives avant-gardes...

  • Publié en 1940 et devenu introuvable, ce livre est un commentaire du Banquet de Dante, sous la forme de douze notes approfondies, regroupées thématiquement. Le Convivio - Le Banquet - est sans doute l'ouvrage le plus direct dans lequel Dante expose la problématique philosophique générale qui l'anime. C'est ce qui fait l'intérêt exceptionnel du travail d'André Pézard, novateur encore aujourd'hui en ce sens qu'il contribue à la fois à l'établissement du texte, dont il affronte les difficultés, et à son interprétation philosophique, avec une rigueur et une liberté d'esprit sans précédent, mettant ainsi en évidence l'immense intérêt de cette oeuvre, même pour les lecteurs modernes.
    En dépit de leur précision extrême, les notes sont étonnament éclairantes : on se demande comment l'étude philologique la plus stricte peut faire surgir du texte les idées les plus lumineuses.
    André Pézard (1891-1984), professeur à l'Université de Lyon, puis au Collège de France, fut un italianiste exceptionnel. Son oeuvre est considérable. Il n'a cessé de joindre à une érudition impressionnante une intelligence et une sensibilité dignes des plus grands esprits, et même un vrai talent de poète. À cet admirable lecteur, on doit non seulement une contribution essentielle aux études dantesques, une traduction audacieuse de la Divine comédie (Bibliothèque de la Pléiade), et nombre d'ouvrages qui doivent leur puissance à sa remarquable connaissance de la philosophie.
    Jean-Louis Poirier, auteur de diverses contributions en histoire de la philosophie et en sciences humaines, a publié récemment un essai (Ne plus ultra, Dante et le dernier voyage d'Ulysse, 2016). Il a également consacré un ouvrage à l'enseignement de la philosophie en Italie.

  • Pour remettre les idées en place, ou à leur place, et les suivre pas à pas dans l'actualité, une collection qui met « les pieds dans le plat de l'opportunisme contemporain, lequel plat n'est, comme chacun sait, qu'une vulgaire assiette au beurre » (René Crevel). Que faire... de l'art et de la poésie quand un parti « communiste », auréolé par Octobre, vous somme de les sacrifier sur son autel au nom des intérêts supérieurs de la Révolution ? Benjamin Fondane s'interroge et questionne, en marge du Congrès des écrivains tenu à Paris en 1935. Tentative désespérée, car le stalinisme et le nazisme paralysent les esprits. La Révolution que Fondane affronte est en réalité une contre-révolution, ennemie mortelle de toute liberté de penser. Après avoir stigmatisé « Moscou la gâteuse », Louis Aragon, officie désormais en grand inquisiteur de la foi nouvelle. Dans sa préface, Louis Janover éclaire cet arrière-plan. Il montre aussi pourquoi, à l'heure du « tout capital », l'écrivain se retrouve, comme hier Fondane, confronté au problème de la révolution.

  • 12 récits ayant pour thème la nativité du Christ, récits dont certains ont traversé les siècles comme Les rois Melchior, Gaspard et Balthazar, Eve aux pieds de l'enfant, L'adoration des animaux, d'autres, contemporains, racontés lors de veillées nocturnes. Copyright Electre

  • Ce qu'on nomme ici poésie (disposition et opération) est donc impliqué... partout. En tout jeu de langage - puisque c'est le jouer même du langage. Dans l'opération de penser quoi que ce soit - ou logique du penser, sont impliqués l'oxymore, la contrariété, l'allégorie, l'homologie, l'analagon, la transposition, le comme d'antidosis ou de réciprocité, la logique du un-peu... Figures qui, comme dans toute danse, se cherchent, se trouvent, se prennent par la main, s'organisent autrement, se reforment, attenantes puis disjointes, croisées, séparées, réunies... Métamorphose d'aujourd'hui, qui n'est plus réelle/réaliste, mais idéale, c'est-à-dire littérale-littéraire, dans l'idéation-écrituration appelée poétique. Et je le prouve (la pluie ; les ombres ; le progrès ; passim).

  • Les seins féminins, découverts ou voilés, opulents ou minuscules, ont exercé et exercent toujours une fascination indiscutable. Du savant au populaire, de la Bible aux Mille et Une Nuits, de l'Antiquité au XXe siècle, une anthologie de citations classée par thèmes : noms et images, formes et volumes, propriétés et caractères, approches et usages, souffrances et revanches.

  • Pourquoi raconter des histoires sinon pour charmer, le temps d'une narration, un petit cercle d'auditeurs attentifs? Etude des nouvelles écrites par Marguerite de Navarre, histoires de séduction écrites pour séduire.

  • Ce petit livre propose au lecteur français un panorama, aussi clair que possible, de la littérature italienne du XXème siècle. L'avant-garde florentine, le futurisme, l'hermétisme, le néo-réalisme, la nouvelle avant-garde des années soixante en sont autant de jalons. Ils esquissent la ligne de faîte d'un siècle de littérature dont la richesse est tout à fait remarquable.

  • Cette étude permet de comprendre l'oeuvre entier de Ionesco (homme de lettres roumain, journaliste et critique littéraire, avant d'être le dramaturge reconnu), un oeuvre écartelé entre deux cultures.

  • Il est peu de couples qui, au XXe siècle, aient accédé au rang de mythe - surtout de leur vivant. Sartre et Beauvoir sont au nombre de ceux-là ; Elsa Triolet et Louis Aragon, eux, dès leur rencontre un jour de novembre à la Closerie des Lilas, ont placé leur amour au-dessus de tout, commençant déjà de construire sur lui une légende qu'ils entretiendront tout au long de leur vie. Légende fragile, pourtant, d'un amour finalement paradoxal : amour impossible entre le jeune dandy sans illusions, et la petite Russe qui se plaint de n'être aimée de personne ; mais aussi amour complice, jusque dans les compromissions les plus tragiques, jusque dans l'aveuglement d'un mentir-vrai qui, quarante années durant, va régir une vie étroitement liée aux événements historiques et culturels les plus marquants du siècle : le surréalisme et la guerre d'Espagne, la littérature clandestine et l'Occupation, l'engagement politique et intellectuel au côté des communistes. Quelles zones d'ombre, quels différends inavoués se cachent derrière l'image officielle soigneusement entretenue, la statue mythique patiemment érigée ? Pour répondre à ces questions, Dominique Desanti tente de débrouiller l'écheveau des destins entrecroisés d'Elsa-Louis - de la France à la Russie, des trépidantes années du surréalisme, et de Montparnasse aux jours tragiques de l'ère stalinienne -, offrant ainsi le portrait sans artifices d'un couple, à qui l'ambiguïté tenait lieu de règle de vie, et dont les silences - à travers les oeuvres comme à travers les actes - livrent, pour qui sait les entendre, les clés de cette énigme à deux visages.

  • Inachevée, la dernière oeuvre de Chrétien de Troyes a suscité de nombreuses continuations. Leurs auteurs ont systématisé la dimension chrétienne du graal, que Chrétien n'avait fait que suggérer, et ont recentré le récit sur Perceval et sur sa quête. La tradition critique moderne, dans son ensemble, a suivi les traces des conteurs médiévaux, préférant Perceval à Gauvain et relisant Le Conte du Graal à la lumière de textes délibérément tournés vers une interprétation mystique du saint Graal et de ses secrets. Notre dette à l'égard de cet intertexte critique patiemment tissé depuis plus d'un siècle, est immense. Dans cette approche, nécessairement fragmentaire, d'un récit qui résiste à toute lecture univoque, nous avons cependant choisi de retrouver un équilibre, inscrit dans le texte, entre Perceval et Gauvain ; l'un, chevalier confirmé d'abord égaré, mais qui réactive, dans le temps retrouvé du château des reines, les valeurs fondatrices de l'utopie arthurienne ; l'autre, héros neuf, confronté à une violence qu'il s'épuise à maîtriser, et dont le destin était peut-être de revenir au val perdu de l'enfance pour y revivre la joie des commencements.

  • En rapprochant le commentaire du premier chapitre de la Genèse du récit de vie des «Confessions» qui le précède, l'auteur fait apparaître la dépendance poétique et existentielle entre ces textes. Dépendance qui se retrouve dans «Circonfession» de J. Derrida où la tentative autobiographique conduite en bas de page tient lieu de commentaire.

  • Par sa dénonciation de toutes les formes de l'injustice et de la violence sociale ou politique, l'oeuvre de Louis Guilloux (Saint-Brieuc 1899-1980) s'ancre à gauche. Par le refus de son auteur d'engager sa pensée, comme par son rejet des idéologies et des abstractions philosophiques, elle dépasse tous les clivages et les classifications. Par sa forme et son fond, l'oeuvre de Louis Guilloux est surtout une interrogation profonde sur le Mal qui réside en chaque homme prisonnier de sa condition même. Notre monde n'est qu'un cachot où nous nous agitons sans raison véritable, en quête d'une lumière et d'un salut dont nous nous détournons le plus souvent. C'est du côté de Pascal et de Camus, de Georges Palante et de Jean Grenier que l'on peut situer Louis Guilloux dont la réflexion libre importe plus que jamais à l'aube d'un nouveau siècle et d'un nouveau millénaire.

  • D'abord confidentielle, puis consacrée par la publication du Grand recueil (Paris, Gallimard, 1961, 3 vol.) et par la multiplication des travaux critiques, d'inspiration universitaire ou non, l'oeuvre de Francis Ponge est aujourd'hui considérée comme l'une des plus originales et des plus représentatives de la modernité poétique. Cette nouvelle monographie, la dix-septième consacrée à Ponge en diverses langues, obéit à deux axes majeurs de réflexion. D'une part, l'envahissement de plus en plus marqué de la poétique par la génétique, qui s'illustre dans la publication par Ponge lui-même de ses dossiers préparatoires, ce qu'il appelle journal d'exploration textuelle. D'autre part, la présence, discrète ou insistante, explicite ou retorse, d'une structure textuelle inspirée par le modèle de la fable traditionnelle, mais une fable dont la leçon passe de l'ordre moral à l'ordre poétique : la description des choses se révèle finalement prétexte et support à une méditation d'ordre poétique sur un problème d'écriture qu'elle allégorise. La voix du poéticien ne cesse d'accompagner la voix du poète des objets. L'allégorie habite un palais diaphane : Ponge dans Le verre d'eau emprunte au Littré cette citation de Lemierre (XVIIIe siècle).

  • Incontestablement, le grotesque aujourd'hui fascine. Depuis son origine, on l'a vu franchir les frontières des arts plastiques pour venir s'immiscer en littérature, évoluer à travers les époques, et quelquefois se faire oublier pour mieux ressurgir à certaines périodes critiques de l'Histoire, lorsque, tirant parti de son potentiel contestataire, d'aucuns s'en sont servi comme arme contre la culture dominante. Le fait est que le grotesque, sur le plan anthropologique au sens le plus large, touche diverses dimensions de l'agir humain. Cette publication propose des balises, des repérages ou des essais sur la question, ainsi que des tentatives originales de tester la force d'analyse de cet objet paradoxal qu'est le grotesque, essentiellement pour les études littéraires et philosophiques.

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