• Au coeur de l'été 1975, je suis revenu sur les lieux dans lesquels, trente ans plus tôt, j'avais connu la condition de déporté. Ni à Buchenwald, ni à Dora, ni à Harzungen, je n'ai ressenti la peur, la colère ou la haine. Le temps a guéri des blessures que j'avais cru définitives. C'est à cette époque, pourtant, que j'ai pris la décision de rappeler, avec les moyens dont je disposais, ce qu'avaient été les camps nazis. Trop de contemporains les avaient oubliés. Certains niaient jusqu'à leur existence. Surtout, je voyais se développer l'idée que la barbarie est un produit exotique, réservé, en somme, à ces Khmers rouges dont on découvrait alors les méfaits. Aussi, à mon retour en France, ai-je repris les mémoires dans lesquels, en 1945, à l'hôpital d'Argelès-Gazost, à peine sorti des camps, j'avais craché mon âme. Je n'ai jamais oublié Dora, antre d'où sont sortis les V1 et les V2, ancêtres du Spoutnick, des fusées Apollo et des missiles, porteurs des armes nucléaires dont j'aurai été, au milieu d'une tribu lamentable de sous-prolétaires, et pour une part minuscule, l'un des premiers constructeurs. Je l'aurai été à mon corps défendant et le coeur rempli d'une rage dont la virulence avait frappé les lecteurs de mes mémoires. Ici, j'ai voulu retracer l'histoire de cette haine, de son déchaînement à Dora, le cimetière des Français et aussi, à travers d'obscurs cheminements, de sa disparition.

  • Dans un monde devenu précaire, n'est-il pas temps de parier sur l'amour au long cours et d'en renouveler régulièrement la décision libre et lucide, plutôt que de courir après un enchantement qui se retourne trop rapidement en déception et mène à la solitude ?  En retraçant le parcours de couples qu'il a entendus dans son cabinet, Jean-Paul Mialet, psychiatre, spécialiste en psychologie expérimentale et cognitive, nous invite à nous interroger sur ce qui pousse à vivre à deux et à réfléchir à la profondeur du lien lorsqu'il se déploie dans la durée.

  • Ce livre parle du travail social, il cherche à en cerner les enjeux actuels en prenant appui sur son héritage institutionnel et idéologique.
    Acteurs de ce travail, c'est de notre engagement depuis un certain nombre d'années dont il est question au fil des pages, dans cette pratique à la fois individuelle et collective, qui se veut éclairée par le choix de la clinique en référence à la psychanalyse et à son apport fécond. Nous ne cherchons pas à formaliser une conception différente du travail social, ni appliquer la psychanalyse au champ social, seulement promouvoir une approche de l'accompagnement qui engage un savoir et place le sujet au centre de son positionnement éthique. Le travail social n'est pas une entreprise de normalisation mais une pratique qui s'invente au fur et à mesure qu'elle se confronte à la souffrance du sujet en trouvant avec lui les moyens pour rompre ou réduire son aliénation et renouer « le pacte symbolique » en l'invitant à participer à sa manière à la communauté des hommes. Le travail social s'affirme dans cette perspective comme une démarche d'accompagnement au service de l'autonomie intérieure de la personne humaine.
    Maintenant, plus que jamais, il est nécessaire de relancer le débat sur les enjeux du travail social, de redéfinir son éthique en acte et de réhabiliter cette « fonction d'humanisation » dans l'accueil et l'accompagnement face aux tentatives de l'instrumentaliser.
    Avec le soutien du CNL.

  • La différence des sexes ne serait-elle que la conséquence d'un conditionnement culturel, comme le prétend l'idéologie unisexe ? En s'appuyant sur des données scientifiques et sur son expérience clinique, Jean-Paul Mialet, psychiatre et neuropsychologue, conteste cette simplification.À partir de la manière dont nous nous approprions notre corps dans l'enfance, il montre comment se construit chez chacun une conscience sexuée, où le désir érotique occupe une place spécifique. Si certains signaux suffisent à déclencher le désir chez l'homme, le désir de la femme s'inclut dans une histoire porteuse de sens, où elle se sent aimée et désirée. Leur évolution affective est également distincte : pour devenir un homme, le petit garçon doit rompre avec la dépendance maternelle alors que la petite fille poursuit la voie de sa mère.Mais la femme et l'homme ont en commun le besoin de s'attacher et d'aimer. À une époque où s'aimer dans la durée semble un pari impossible, il rappelle que l'harmonie de la relation est une conquête où chacun s'enrichit des différences de l'autre.

  • Parmi les grands mythes modernes, certains sont liés à la science, tel le cerveau d'Einstein épinglé par Roland Barthes dans ses Mythologies. Dans cette lignée de l'« homme-cerveau » a pris place plus récemment Stephen Hawking, le génial astrophysicien anglais immobilisé dans un fauteuil roulant par une maladie dégénérative, ce qui ne l'a pas empêché de percer les secrets des trous noirs, d'occuper la chaire d'Isaac Newton à Cambridge, ni d'écrire des best-sellers mondiaux, comme sa Brève histoire du temps dans les années 1990.   Empruntant aux ethnologues leurs outils d'enquête et d'analyse, Hélène Mialet a entrepris d'en savoir plus et de comprendre comment s'est édifié le mythe Hawking. Première surprise : Hawking est certes un homme comme les autres mais aussi un ensemble complexe d'individus et de machines interconnectés. Second sujet d'étonnement : si on reste à distance du personnage, on peut s'en faire une image relativement nette - celle, uniformisée, que proposent de lui les médias. Or plus on s'approche physiquement de lui, plus l'image se brouille...   Quant à savoir où se trouve Stephen Hawking, quelque part entre le mythe et la réalité, l'énigme reste entière. Et le lecteur, au bout de l'enquête, comprend qu'il en a autant appris sur lui-même, et sur la façon dont se fait la science, que sur le héros de l'histoire.   Hélène Mialet enseigne les science studies à l'Université de Californie à Berkeley. 

  • Les données qui s'offrent à nos sens, à chaque instant, sont innombrables. Nous construisons notre réalité à partir des matériaux triés dans notre environnement, et dans l'univers intérieur de nos représentations mentales. C'est l'attention qui préside à ce choix. Longtemps oubliée, malgré son rôle clé, l'attention est revenue à l'honneur sous l'impulsion de la psychologie cognitive. Les recherches actuelles dans ce domaine, permettent de retrouver la distinction traditionnelle entre attention réflexe et volontaire. La première correspond à une sorte d'alerte, déclenchée par l'imprévu, la deuxième à une forme d'attente répondant à une intention. Des évaluations expérimentales très précises établissent que l'attention intentionnelle est au service de la conscience. Après une revue des conceptions classiques de l'attention, ce livre expose les avancées réalisées par les approches cognitives. Le développement de l'attention chez l'enfant, les dysfonctionnements de l'attention et les relations entre attention et émotion (notamment la question du refoulement), sont évoqués.

  • Les Français, pour la plupart, ont oublié les tourments qu'après 1945 ont endurés leurs armées et qui, portés au paroxysme à la fin de la guerre d'Algérie, avaient provoqué, pour leur moral, des blessures que l'on avait pu croire inguérissables. Nos compatriotes ne savent guère que, pourtant, en dépit des difficultés qui se sont poursuivies jusqu'en 1975, les militaires ont aujourd'hui retrouvé, après avoir construit un système de forces adapté à l'ère nucléaire, un état d'esprit digne d'une armée qui compte à nouveau parmi les plus solides de ce temps. Les moyens utilisés, les actions menées par le commandement, l'encadrement et les hommes pour changer, conformément aux instructions du pouvoir et aux besoins de l'époque, en sauvegardant leurs valeurs traditionnelles, ne sont connus que d'un petit nombre de spécialistes. Au moment où l'I.D.S. de Reagan et les initiatives de Gorbatchev invitent au réexamen des doctrines stratégiques, au moment aussi où, en France, tant de secteurs sont contraints, dans la douleur, d'affronter l'inéluctable changement, les auteurs de ce livre ont voulu faire connaître au public comment, une fois de plus, de 1962 à 1986, la vieille nation française a su restaurer et, jusqu'à ce jour, maintenir le moral de ses troupes.

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