• 16-17 juillet 1942, 7 000 policiers français raflent 13 152 Juifs : hommes, femmes et enfants (plus de 4 000). Ils sont enfermés au Vélodrome d'hivers ou à Drancy, avant d'être déportés.
    La grande rafle des 16 et 17 juillet 1942 (dite rafle du Vél' d'Hiv) n'a été ni la première ni la dernière de ces opérations raciales conduites par la police française. Ce fut néanmoins la plus importante, la plus emblématique de ces actions répressives. Il y a d'abord le nombre des personnes arrêtées (13 152) ; le fait aussi que, pour la première fois, des femmes et des enfants étaient concernés.
    Pourtant, du 14?mai 1941 à la fin du printemps 1944, les rafles ont été nombreuses, sans pour autant laisser le même souvenir. Cette opération, entièrement conduite par la police française, laisse une trace indélébile, car elle fut surtout la démonstration du pouvoir de nuisance d'un corps de fonctionnaires ayant perdu tous ses repères.
    L'analyse de ce sombre épisode a pour fonction d'alerter les citoyens d'un pays libre sur les dérives d'un pouvoir fort.

  • Le 14 juillet 1953, lors d'une manifestation syndicale, la police assassine froidement six travailleurs algériens et un syndicaliste français, place de la Nation, à Paris. Alors que résonne pour la première fois le slogan « nous voulons l'indépendance ! ».
    Ce livre constitue la première enquête sur ce crime d'État. Il s'efforce de reconstituer minutieusement le déroulement des événements qui ont abouti à la mort par balles de six jeunes ouvriers algériens et d'un métallurgiste français, syndicaliste CGT, à l'issue du traditionnel défilé populaire du 14 juillet.
    Maurice Rajsfus s'appuie sur un vaste corpus de sources, qui comprend les récits de témoins, de journalistes, d'hommes politiques ou d'interventions au Parlement. Sur fond de racisme d'État, il pointe aussi la responsabilité d'un des acteurs de cette funeste journée qui deviendra, quelques années plus tard, le donneur d'ordre principal des massacres du 17 octobre 1961 et du 8 février 1962, au métro Charonne : Maurice Papon, alors secrétaire général de la Préfecture de police.

  • « Dans un pays où la police parle bien plus de ses droits que de ses devoirs, quel espace de liberté peut bien subsister pour les citoyens ?
    Ces droits revendiqués par les policiers ne peuvent que signifier, parallèlement, le renoncement à la critique quant à la qualité de leurs activités. Lorsque la parole du policier ne peut être réfutée, c'est toute la liberté d'expression qui se trouve mise en cause [.]. Il est nécessaire que des témoins ou des observateurs se fassent entendre. C'est le rôle qu'a tenté de jouer, depuis le printemps 1994, l'Observatoire des libertés publiques et son bulletin mensuel Que fait la Police ? Avons-nous réussi à décrire les aspects malfaisants de la police et à sensibiliser les esprits ? Peut-être pour une minorité. Sans doute pas pour le plus grand nombre. Est-ce une raison pour renoncer ? Sans doute pas ! »

  • 1942, aux heures les plus sombres de l'histoire de France, dans la période de la collaboration à Paris. Maurice, alors âgé de 14 ans, ainsi que ses parents et sa soeur sont raflés lors de «la rafle du Vel'd'Hiv», parce qu'ils étaient Juifs Polonais. Suite à une aberration administrative - très providentielle pour Maurice et sa soeur, les deux enfants sont relâchés. Commence alors une survie de tous les instants. La force de cette histoire, est qu'elle tient à la fois du compte rendu historique mais aussi et avant tout du témoignage d'un homme qui a échappé à la mort.

  • Sommes-nous jamais sortis de la barbarie ? Le Barbare moderne pourrait être comparé à ce mafieux qui a changé de manières mais sans modifier ses habitudes.
    La petit prédateur a pris de la hauteur. Il s'est investi en politique. Habitué à traiter avec férocité ceux qui, jadis, se risquaient à résister, notre Barbare contemporain ne peut toujours pas se départir de cette brutalité qui fait partie de sa nature profonde. Attitude nécessaire pour mieux terroriser les faibles d'esprit. Tout naturellement, le Barbare a fait des émules. On les trouve sur tous les chemins de traverse.
    Ils se manifestent sur le lieu de travail, estimant que l'exploitation rationnelle consentie est bien plus efficace que la simple résignation enseignée par les Eglises. Le Barbare est à nos portes. Il ne cesse de nous surveiller. Notre voisin est peut-être l'un de ces mercenaires qui n'a rien à refuser à la police. Avec la multiplication des bénévoles en répression, le Barbare en chef peut estimer avoir de beaux jours devant lui...

  • Pendant un an, Maurice Rajsfus a observé.
    Il a saisi chaque jour d'une année 2000 qu'on avait annoncée à grand renfort d'optimisme béat. Le constat posé dans ce Journal est accablant : " Cinquante-huit ans de sursis depuis la rafle du Vél'd'Hiv. [...] L'oubli cruel fait son oeuvre, pour le plus grand nombre, et les victimes ne peuvent passer le reste de leu existence qu'à hurler leu colère contre ces robots en uniforme. Seul le présent a quelque importance pour ceux qui s'appliquent à gommer le passé.
    [... ] Cette volonté de récuser confine au mépris du sort des plus faibles en un temps où l'on criminalise la couleur de la peau, la misère et la pauvreté. Sous couvert de neutralité et d'apolitisme, des êtres humains trouvent naturel d'ignorer leur environnement, de fermer les yeux sur les nouvelles manifestations de la barbarie. Des hommes et des femmes regardent avec le mime mépris l'armée des SDF qui s'adonnent à la " manche " dans le métro, et les populations déshéritées du tiers-monde qui s'enfoncent chaque jour un peu plus dans un dénuement plus profond.
    En cela, le nouveau millénaire qui émerge n'est guère différent des années noires de l'Occupation. "

  • La peine de mort a été abolie le 14 octobre 1981.
    Pourtant, dans nos banlieues, depuis près de vingt ans, certains policiers n'ont jamais pu se résoudre à abandonner la pratique du tir sur cible vivante. Les balles arrivent fréquemment à la nuque ou dans le dos, très rarement dans les pneus ou les jambes. Les victimes sont jeunes (moins de vingt ans de moyenne d'âge) et majoritairement d'origine maghrébine. Maurice Rajsfus, qui fait cet état des lieux sans concessions, s'interroge à bon droit sur cette hécatombe qui ne fait que renforcer la haine des jeunes envers une institution policière qui établit sa propre loi.

  • Jamais la France n'a connu dans son histoire une pareille défaite militaire.
    Pourtant, au-delà des lieux communs sur l'impréparation des uns et la trahison des autres, plus de 92000 soldats français furent tués et des dizaines de milliers d'autres blessés pendant les combats de mai et juin 1940, ce qui prouve leur intensité. Maurice Rajsfus s'est surtout attaché à reconstituer la dimension humaine d'une tragédie qui jeta sur les routes et sous les bombes de l'aviation allemande des millions de réfugiés.
    A la débandade militaire devait bientôt s'ajouter la débâcle politique et morale symbolisée par l'instauration, le 10 juillet 1940, d'un régime qui répondait aux voeux de ceux pour qui l'ennemi prioritaire avait toujours été " la Gueuse ", cette République honnie, enfin abattue. Partis politiques, syndicats, milieux professionnels et culturels, sans oublier la francomaçonnerie et les dignitaires des religions, tous, à quelques individualités près, se rallièrent à Vichy qui, bientôt, anticipa, dans bien des domaines, les souhaits de l'Occupant.
    En s'appuyant en particulier sur les rapports des préfets, Maurice Rajsfus dresse un tableau impitoyable d'un pays qui, dans son désarroi, perdit pendant quelques mois son âme, avant que naisse chez certains l'esprit de résistance.

  • Il est de bon ton aujourd'hui de ne voir dans Mai 68 qu'un embrasement des utopies qui, à terme, aurait permis de libéraliser les moeurs d'une société figée. Pourtant, n'en déplaise à certains, la répression policière et politique fut violente, enragée même, pendants les événements.
    Mais - et ce jusqu'en mars 1974 -, le pire restait à venir, sous la férule d'un ministre de l'Intérieur, Raymond Marcellin, persuadé de protéger son pays du complot international qui en menaçait l'intégrité. Tout ce qui constituait les forces vives de la France des droits de l'homme était suspecté d'avoir un esprit contestataire, et forcément réprimé avec la plus grande énergie.
    Journaux, livres, films et pièces de théâtre interdits ; tableaux condamnés à être détruits : ce fut le temps de la "grande noirceur" moraliste. Nul n'était désormais à l'abri de la police et de la machine judiciaire, particulièrement attentives au moindre bruissement dans les lycées, dans les facultés. Comme en écho aux arrestations arbitraires, les lois étaient violées ou modifiées selon les besoins du pouvoir.
    Documents à l'appui, Maurice Rajsfus rappelle ce que furent ces années où la démocratie se trouva placée en résidence surveillée, loin de la légende d'un printemps éblouissant.

  • Comment peut-on dignement honorer à sa juste valeur l'un des principaux piliers de notre ordre social, à savoir la police ? Il existe, depuis quatre-vingts ans, un monument au soldat inconnu.
    Pourquoi ne pas en ériger un autre, dédié au policier inconnu ? C'est ce que propose l'auteur de cette Souscription, avec un humour résolument noir et volontiers grinçant. Maurice Rajsfus, fondateur de l'Observatoire des libertés publiques, dont l'objet est de recueillir les témoignages des bavures policières, publie chaque mois la revue Que fait la police ? où elles sont recensées. Il dispose assurément de tous les titres pour signer ce pamphlet à la fois drôle et rageur, que le ministre de l'Intérieur risque néanmoins de ne pas apprécier.

  • Dès les premiers jours de la Grande Guerre, la censure est instaurée et cette mesure va bien au-delà du contrôle pointilliste de la presse. L'état-major de l'armée, chargé des opérations de censure, délègue une grande partie de son pouvoir à la préfecture de police. Sont traqués prioritairement les propos défaitistes, les slogans et écrits divers appelant à la paix. Plus généralement, l'attention est portée à tout ce qui pourrait nuire au moral des troupes et à celui de l'arrière. Des pères-la-pudeur s'acharnent sur des chansons datant de la Belle Époque et il en va de même pour le théâtre, le cinéma et la littérature.

    Une armée de censeurs veille également dans le domaine du contrôle postal aux armées, tandis que nombre de civils voient leur correspondance interceptée par la police. L'intérêt supérieur de l'État commande de régenter aussi la vie privée des Français.

    En fait, tous les moyens d'expression sont devenus suspects et les Français sont encadrés dans un système qui ne laisse plus d'espace à l'expression libre.

  • " L'observatoire des libertés publiques (OLP) a dix ans.
    Depuis le printemps 1994, son bulletin, Que fait la police ?, régulièrement publié, tous les mois, a pu répertorier plus de 3 000 informations sur le comportement déviant des forces de l'ordre. Les cent petits éditoriaux, rassemblés ici, permettent d'établir un constat majeur : quelle que soit la couleur politique du gouvernement en place, la volonté sécuritaire est la même, autorisant toutes les dérives des policiers, les justifiant même, à l'occasion.
    C'est ainsi que les " droits " de la police prennent le pas sur ses " devoirs ". Une certitude domine : lorsque l'on parle des droits de la police, il convient de s'inquiéter sur le devenir des droits de l'homme. " M.R.

  • " Les gardiens de l'ordre public ont toujours manifesté un comportement rugueux face au pékin qu'ils se doivent de tenir en respect - même si l'ordre n'est pas menacé.
    D'où, tout naturellement, un mode d'expression plutôt rude. Comme les militaires, les policiers ou les gendarmes vont droit à l'essentiel, avec un vocabulaire très court, mais paradoxalement varié dans son expression vulgaire. "

  • Contrairement à une légende tenace, Drancy ne fut pas qu'un simple camp de transit. À seulement quelques kilomètres de Paris on entrait dans la mort. La violence et les souffrances physiques infligées aux déportés montrent à quel point Drancy était bien un camp de concentration très ordinaire. Grâce à des archives inédites et de nombreux témoignages, ce livre dévoile des faits historiques trop vite passés sous silence.


    D'une grande richesse documentaire et avec une exhaustivité exemplaire, cet ouvrage présente des éléments indéniables d'un passé dont le procès reste encore à faire. Car, par ses révélations sans concession, Maurice Rajsfus réveille les consciences : plus de soixante-dix ans après, certaines vérités ne semblent toujours pas faciles à admettre. Nécessaire et suscitant des questionnements toujours d'actualité, ce document fait tomber les masques de notre Histoire.

  • Pour le Candide de Voltaire, tout devait aller pour le mieux dans le meilleur des mondes possibles, comme le lui enseignait le professeur Pangloss. C'était au temps des Lumières et tous les rêves pouvaient paraître raisonnables. Est-il possible de jouer les naïfs, deux cent cinquante ans plus tard, s'interroge Maurice Rajsfus ? En ces temps de retour à la barbarie politique et économique, il est difficile de l'envisager. Pourtant, il suffit d'un seul Candide pour gripper les mécanismes d'une machine qui ne cesse de s'emballer.

  • Il n'est pas rare que les dominants, ceux de la France d'en haut, puissent éprouver une joie malsaine lorsqu'ils imposent leur lourde supériorité à ceux qui seraient issus de la France dite d'en bas.
    C'est dans l'ordre des choses, estiment-ils, car il faut à la tête du pays, ou de l'entreprise, des êtres déterminés sans qui les diverses institutions ne pourraient fonctionner de façon cohérente. Combien de fois a-t-on pu entendre cette fausse vérité première : "L'exercice du pouvoir est solitaire !" En fait, ceux qui désirent affirmer leur domination n'ont que faire des avis et des conseils.
    Si les classes considérées comme inférieures pouvaient s'inquiéter de l'organisation de la cité, ce serait le monde à l'envers. Il est vrai que, dans l'esprit étroit des dominants, les décisions ne peuvent appartenir qu'à ceux qui auraient été formés à cette fin. Il n'est que temps d'en finir avec cette fatalité qui transforme les partageux en "damnés de la terre ". Après A vos ordres ? Jamais plus ! et L'Intelligence du barbare, Maurice Rajsfus nous offre ici le troisième et dernier volet de sa réflexion autour de la domination sociale.

  • Né dans la région parisienne en 1928 de parents juifs polonais, Maurice Rajsfus est arrêté en 1942 avec toute sa famille lors de la grande rafle du Vel-d'hiv. Échappant par miracle à la déportation, il restera à jamais marqué par ce drame qui forgera désormais son engagement politique et intellectuel.
    Militant de gauche actif, journaliste, écrivain, essayiste, cocréateur de l'Observatoire des libertés publiques et de l'organisation Ras-le-Front, Maurice Rajsfus, est depuis maintenant plus de soixante ans de tous les combats sociaux et politiques qui ont animé notre pays. En fait, une vie entière consacrée avec force et verve au service de la cause des plus faibles et du droit des gens, dressée sans concession (et non sans danger) contre l'injustice sociale, la montée des extrémismes (quels qu'ils soient), l'intolérance et le racisme, les abus des politiques et, bien entendu, l'institution policière et ses excès.
    Chaque pierre a son histoire est composé de vingt-deux chapitres regroupés en cinq parties, chacune consacrée aux événements d'une vie de militant, selon une progression à la fois thématique et chronologique : l'adolescence, la guerre et les persécutions antisémites (Au coeur du désastre) ; l'engagement politique et les premières années de journalisme (Vivre parmi les autres) ; les combats et l'adversaire. Cependant, son ouvrage n'est pas une simple autobiographie ni la « description d'une sinistre histoire ». C'est aussi un regard sur une période de l'histoire française, une réflexion puissante sur l'âge, les illusions, la vie et les « pierres » qui en rythment le fil. C'est enfin un message, certes désabusé mais non désespéré sur l'espoir : « ...Pourquoi faudrait-il baisser les bras, même si les changements attendus tardent à se manifester ? » Chaque pierre a son histoire, est une oeuvre riche, d'une écriture à la fois grave et souple, forte et parfois brutale. Elle n'est cependant pas exempte d'humour, à l'image de ce petit homme en taille et grand d'esprit : « ...cheveux blancs, marche moins assurée, mais esprit jeune, et potache, encore et toujours... ».

  • 17, rue Dieu

    Maurice Rajsfus

    A l'approche de ses quatre-vingts ans, un rejeton d'immigrés juifs polonais tente d'analyser la nature profonde de la terre d'exil choisie par ses parents. C'est une vision sans concession d'un pays om les acquis de la Révolution française et des luttes populaires des XIXe et XXe siècles ont été peu à peu renvoyés aux oubliettes de l'histoire.
    En ligne de mire les grandes institutions que sont l'Eglise, l'armée et la police - généralement forces de régression sociale. En fond de décor, une population dont de trop nombreux éléments sont plus xénophobes - et parfois racistes - que chaleureux.
    Au fil des pages, il rappelle que son père et sa mère ont disparu, dans un silence coupable, lors de la tourmente raciale au temps de l'occupation allemande et du régime de Vichy. Reste l'espérance d'une société différente. Pourtant, le désappointement est également présent, tant d'années après la Libération, car la promesse d'un monde meilleur s'éloigne dans le même temps que les forces dites de progrès s'avèrent, elles aussi, destructrices de l'espérance qu'elles pouvaient porter. Subsiste, heureusement, l'indispensable colère qui permet de ne rien oublier, tout en posant des jalons pour l'avenir.

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