• « "Le Capitalisme de la séduction" est un chef-d'oeuvre. L'acuité de la critique sociale, la profondeur et le sérieux de la pensée morale, sans compter le style, toujours incisif ou percutant selon les cas, vont bien au-delà de cette espèce de journalisme philosophique qui tient lieu de philosophie à nos contemporains. » Vladimir Jankélévitch
    Cet ouvrage, paru pour la première fois en 1981, décrit l'apprentissage du rêve américain à partir du plan Marshall et l'initiation au parasitisme social de la nouvelle bourgeoisie. L'idéologie social-démocrate est devenue l'idéologie de la consommation libidinale, ludique, marginale sous couvert d'émancipation. C'est le surgissement d'un marché du désir qui permet de sauver le capitalisme de la crise.

  • Après-guerre, les blocages de la bourgeoisie immobiliste (pétainisme) étant éliminés, le capitalisme dut « se réinventer » pour ne pas être pris de vitesse par le communisme victorieux (Résistance, Stalingrad, PCF ascendant). À cet effet, le gaullisme sut garantir la production de série pour une consommation de masse (aide massive de l'État aux monopoles assurant par un fort investissement technologique cette production - CME) et réciproquement garantir la clientèle, la consommation de masse pour une production de série (politique des revenus vis-à-vis des cadres, revenus sociaux qu'il avait bien fallu concéder au communisme à la Libération - CNR) élargissant ainsi les profits. Aussi le travailleur collectif (production) et la société civile (consommation), d'embryonnaires et juxtaposés qu'ils étaient dans la Vieille France, virent-ils leur rapport se faire le lieu inédit d'une lutte des classes généralisée. Mais pour contenir ce travailleur collectif prométhéen dans sa boîte de Pandore, le gaullisme sera liquidé par le libéralisme libertaire (1968) : substitution à la dangereuse problématique sociale d'une problématique sociétale génératrice de nouveaux marchés (du désir). La boucle était alors bouclée, ce dernier étage du libéralisme accomplissant son essence et ce, jusqu'à la crise ! Car l'augmentation débridée des profits (années Mitterrand) entraînera la paupérisation généralisée et l'arnaque du libéralisme libertaire deviendra criante à mesure que la consommation promise s'avérera n'être que celle de vulgaires signes, le tout débouchant sur une arythmie sociale sans précédent. Pour persévérer dans son être de classe, la bourgeoisie aura dû faire régner l'hégémonie terroriste du signifiant, interdisant toute saisie potentielle du signifié (la réalité). Réalisant jusqu'au bout sa logique, le capitalisme aura pourtant créé les conditions de son anéantissement. En effet, une fois les illusions du libéralisme libertaire balayées, le travailleur collectif apparu peut achever la dialectique du maître et de l'esclave de Hegel : par ses compétences acquises, il dénie alors au maître désormais nu (superfétatoire de par son incapacité) le pouvoir de désigner et régenter sa production et sa consommation de l'extérieur. L'actuel « blocage » révolutionnaire désespérant (pourrissement de l'histoire) peut être ainsi surmonté : le travailleur collectif, se dégageant des transcendances qui l'aliénaient et l'oppressaient, devient cause de lui-même et accède à l'immanence (gilets jaunes, etc.).

  • Du bébé, consommateur absolu, aux conduites politiques et de la cité, ce livre d'anthropologie totale, décrit les étapes du surgissement de la praxis et de l'être social, depuis la matière organique.

  • A l'heure oú les analystes politiques commencent tout juste à adopter le syntagme " libéralisme libertaire ", il fallait, pour parer à toutes les confusions, mettre à la disposition du public, l'oeuvre qui non seulement reste la seule à ce jour à en avoir formulé le concept, mais surtout en reconstitue la généalogie.
    Cette pauvre peut être dite " prophétique ". dès l'après mai 68 (avec néo-fascisme et idéologie du désir) m. clouscard prévoit, décode et décrit le parcours qui mène inexorablement de cohn-bendit à le pen. il dévoile ce que les idéologues doivent occulter : mai 68, contre-révolution libérale, cheval de troie du libéralisme libertaire. il fallait un nouveau marché : le marché du désir, une nouvelle société, celle de la confusion de la liberté et de la libéralisation, un double profit, celui du permissif pour le consommateur et du répressif sur le producteur, pour sauver le capitalisme en crise radicale.
    Mai 68 aura fait la promo du plan marshall comme celui-ci a fait la promo du rêve américain. critique du libéralisme libertaire est une somme philosophique. michel clouscard rappelle les fondements de la révolution française établis par rousseau et kant, l'engendrement réciproque de la conscience et de la connaissance. il montre que le néo-kantisme (sartre, lévi-strauss, foucault, barthes, lacan, etc.
    ) est la récupération insidieuse de cette philosophie, le détournement qui s'accomplit avec le libéralisme libertaire. nietzsche et heidegger s'avèrent les héritiers naturels de cette destruction de la raison dialectique.

  • L'auteur nous invite à une refondation progressiste. A repenser le libéralisme et la généalogie de son économie clandestine prostitutionnelle. A comprendre le marché du désir, instrument d'une nouvelle logique de profit, mais aussi d'une autoexploitation - servitude volontaire - et d'un populo-fascisme inquiétant. Il nous propose un horizon de vraie refondation progressiste avec une morale provisoire et les fondements en raison d'une éthique de la vie heureuse, pour réconcilier l'amitié - le politique, le vivre ensemble - et l'amour. En bref, pour penser l'unité du sujet et du citoyen.

  • La Bête sauvage, débridée et insatiable, c'est l'image choisie par Hegel pour désigner la société civile lorsqu'elle n'est plus qu'un marché, lorsque se réalise l'hégémonie du libéralisme (ou néo libéralisme). Alors, le conditionnement capitaliste devient tout-puissant... Comment se fait-il que cette métamorphose économique et spirituelle, effectuée par la société française au cours des dernières décennies, soit totalement incomprise, prétexte à toutes les méprises, non-dit et non su d'une époque qui croit tout dire et tout savoir ? La prétendue dénonciation de la prétendue « société de consommation » par les prétendus freudo marxistes n'a été que le meilleur camouflage de la Bête sauvage. L'idéologie du néo capitalisme veut que son libéralisme libertaire soit confondu avec la liberté humaine. Mais l'une des raisons essentielles de la méconnaissance de la nouvelle société ne réside-t-elle pas dans la dogmatisation du marxisme, responsable d'un important retard théorique (retard au demeurant souligné par le 24e Congrès du PCF) ? Le dogmatisme a engendré un très curieux phénomène d'archaïsme polémique : toute la vie culturelle et politique s'est agglutinée sur la défense ou la condamnation d'une autre société, d'une autre époque, d'une autre économie politique, d'une autre stratégie révolutionnaire. Débusquer la Bête sauvage sera définir l'ultime lutte des classes, celle de l'affrontement de la stratégie capitaliste du pourrissement de l'histoire et de la stratégie révolutionnaire en pays « post-industrialisé ».

  • Couronnant la vaste entreprise de dévoilement de la nouvelle société française qu'inaugurait, en 1972, l'« Être et le Code », achevant le triptyque dont le Capitalisme de la séduction et la Bête sauvage sont les deux premiers volets, Michel Clouscard, avec « De la modernité : Rousseau ou Sartre », s'en prend à ce qui selon lui cimente le consensus idéologique aujourd'hui dominant : le néo-kantisme, récupération et même perversion de la philosophie de la Révolution française. Critique impitoyable de ceux qu'il considère comme les maîtres à penser de ce système : Sartre, leur chef de file, mais aussi Lévi-Strauss, Foucault, Barthes, Lacan, « nouveaux philosophes » et autres vedettes du discours à la manière de Bourdieu ou Baudrillard - Michel Clouscard entend mettre à nu, sur leur propre terrain et avec leurs propres catégories, les fondements d'une pensée devenue commune aux libéraux, sociaux-démocrates, contestataires libertaires. À cette idéologie « contre-révolutionnaire » des nouvelles couches moyennes, il oppose le sens révélé par Rousseau de la modernité pour redécouvrir une subjectivité que le marxisme aurait à son sens trop longtemps écartée et pour définir la philosophie révolutionnaire des alliances antisystème dont il a par ailleurs proposé la stratégie politique. Michel Clouscard nous expose ce qu'il estime être la première philosophie de la crise généralisée : revenir aux sources de la Révolution française pour dépasser la « civilisation » pourrissante du libéralisme social libertaire.

  • Une ligne de front refoulée où pourtant les combats idéologiques font rage, traverse l'histoire de France depuis la Libération, entre C.N.R. et Plan Marshall, entre Mai 68 social et Mai 68 sociétal (préempté dans l'oeuf par le libéralisme pour liquider le social), entre marxisme et existentialisme, structuralisme, deleuzophrénisme.
    Toute l'oeuvre de Michel Clouscard révèle cet inconscient. Dès 1973, dans Néo-fascisme et idéologie du désir, il renvoie dos à dos en les confondant les mécanismes de l'exploitation capitaliste et la contre-révolution libertaire qui s'en prétend toujours l'antidote. L'élément commun aux hystéries identitaires et ontologiques, au naturalisme, à l'humanitaire, etc. c'est qu'ils ont pour fonction d'occulter la réalité des rapports de classes.
    À l'heure où le tandem libéral et libertaire (actualisé par le pseudo-affrontement Sarkozy / Cohn-Bendit) a gagné, de manière toute provisoire, la première manche et s'attaque, décomplexé, au plat principal (les acquis de la Libération et de 89), lire ce texte est plus que jamais un acte de résistance.

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