• De quelle logique relève les modes de prise en charge des pauvres et des marginaux dans notre société ? Faut-il y voir l'effet d'une volonté humanitaire s'exerçant à l'égard de ceux qui souffrent ? Faut-il y voir tout au contraire l'effet de la domination exercée par des appareils d'État ou par des élites dirigeantes ? Cet ouvrage tente de dépasser le caractère réducteur de ces explications et de trouver dans la sociologie de l'action des outils d'analyse appropriés pour saisir la complexité des modes d'administration des pauvres et des marginaux.

  • Le phénomène d'urbanisation est massif. Aujourd'hui les trois quarts de la population vivent en milieu urbain. Ville et société se confondent. La mondialisation de l'économie, les mutations d'une civilisation désormais postindustrielle minent la qualité des rapports entre les individus. La question urbaine préoccupe autant les citoyens que les pouvoirs publics. Quels sont les rapports de la ville à ses banlieues ? Comment appréhender la diversité des populations, des modes de vie ? Comment évaluer l'impact des grands chantiers engagés par les politiques de la ville ?

  • Les acteurs de l'intervention sociale peuvent être perçus sur divers plans comme mettant en oeuvre un arbitrage permanent entre nécessité et vertu : entre les contraintes issues des injonctions des acteurs qui exercent le commandement et les idéaux de vie et de société dont ils sont porteurs, mais aussi entre la prise en compte de la nécessité, au sens de misère, dans laquelle se trouvent le plus souvent les usagers de l'action sociale, et la vertu à laquelle ils sont conviés dans une démarche d'implication visant à surmonter et résoudre leurs difficultés. C'est bien en ce sens que les acteurs du champ social réalisent un arbitrage entre des positionnements idéologiques et professionnels qui opposaient radicalement il n'y a pas si longtemps les tenants d'une approche libérale et les tenants d'une approche sociale, alors que désormais, ils les tiennent pour également justes et pertinentes.

    Cette obligation de gérer ces tensions se situe dans les deux domaines majeurs de leur vie professionnelle : le rapport aux personnes en difficultés et la vie institutionnelle, et concerne deux catégories d'acteurs : les intervenants sociaux, anciens et nouveaux, professionnels mais aussi bénévoles, et les responsables en charge du management des organisations sociales et médico-sociales.

    Cet ouvrage montre ainsi une grande diversité de positionnements et de pratiques, dans un contexte où la proximité nouvelle des décideurs politiques et les formes de gouvernance contemporaine, incomparablement plus fines et efficaces que les formes anciennes, tendent à affaiblir notablement les marges d'autonomie des intervenants sociaux. Pour autant, en dépit du renforcement du contrôle social qui s'exerce tant sur les personnes en difficulté que sur les intervenants sociaux, voire sur les cadres des institutions, la relative autonomie de ceux-ci s'exprime dans des formes de résistance active ou passive qui témoignent de la vitalité du corps social à résister à l'emprise d'élites soucieuses de le pacifier et de lui faire croire qu'elles travaillent pour le bien de tous, y compris des plus défavorisés.

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