Que sais-je ?

  • Eckhart de Hochheim est sans aucun doute l'un des auteurs du Moyen Âge le plus lu, essentiellement pour ses sermons allemands. Le Maître séduit, fascine, enthousiasme. Parce qu'il a subi un procès pour hérésie, on fait facilement de lui le chantre d'une spiritualité universelle, incomprise d'un magistère aux vues étroites et bornées ; un guide spirituel, libéré des dogmes sclérosants et affranchi du langage de l'Université. De fait, premier dominicain à prêcher en langue vernaculaire, Eckhart invente un langage et des mots, use de métaphores et d'images afin de transmettre au public peu averti qui était le sien - notamment les béguines - une pensée précédemment déployée dans le latin scolastique. Malgré tout, sommes-nous encore vraiment capables, nous modernes, de pénétrer ainsi cette oeuvre dense, difficile, exigeante ? Peut-être si, aujourd'hui comme hier, on admet une présence en nous qui, sans cesse recouverte par nos penchants et nos faiblesses, nous rappelle que l'absolu n'a pas déserté la création. Une présence que Maître Eckhart appelle Dieu.

  • Trophées, nourriture, sujets d'expérimentation, ressources, souffre-douleurs, jouets, vêtements... Depuis l'époque néolithique au moins, les hommes considèrent les animaux comme des moyens. Pourtant, cette hégémonie de notre espèce, dont la chasse et l'élevage industriel sont les manifestations les plus évidentes, ignore volontairement les implications éthiques de la révolution darwinienne. C'est ce suprémacisme humain que l'antispécisme entend critiquer. Or, profitant de l'essor, depuis le milieu des années 2010, du végétarisme et du véganisme, le discours indigné des antispéciste rencontre de plus en plus d'échos, bien qu'il soit souvent accueilli de façon amusée ou hostile. Dans ce court essai, Valéry Giroux bat en brèche les caricatures, et montre que l'antispécisme est avant tout une base de réflexion éthique et politique. En affirmant que l'humanité doit renoncer à certains des privilèges qu'elle s'est injustement octroyés aux dépens des animaux, elle défend l'idée qu'un monde délivré du spécisme serait non pas encore parfait, mais incontestablement plus juste.

  • « S'il est vrai qu'une philosophie digne de ce nom est avant tout un discours sur l'essentiel, qui se développe et se ramifie comme un arbre, ou éclate comme une fusée, avec plus ou moins de retard, la petite quantité des attitudes fondamentales doit corriger la pluralité indéfinie des oeuvres. » Cet ouvrage part de ceux qui ont réussi à faire cristalliser une approche, une attitude, un esprit, pour offrir au lecteur la reprise des étapes majeures de l'aventure de la pensée occidentale depuis Parménide jusqu'à Sartre et Bruaire en passant par Platon, Descartes, Spinoza, Kant, Marx, Nietzsche ou encore Bergson.

  • Quand Carol Gilligan a énoncé dans Une voix différente (1982) l'idée que les femmes ont une autre manière de penser la morale que les hommes, elle ne s'est pas contentée d'élargir la division des sexes à la morale. Elle a mis en avant un concept largement occulté et laissé à l'état de friche : le care. En portant l'attention sur ce « prendre soin », ce souci des autres, l'éthique du care pose la question du lien social différemment : elle met au coeur de nos relations la vulnérabilité, la dépendance et l'interdépendance. Elle rend ainsi audible la voix des fragiles et met en garde contre les dérives conjointement marchandes et bureaucratiques de nos sociétés néolibérales. Fabienne Brugère propose une synthèse des recherches autour de la notion de care et montre en quoi cette philosophie constitue aujourd'hui un véritable projet de société.

  • Simone de Beauvoir occupe une place éminente dans le monde intellectuel contemporain. Éric Touya de Marenne explore les répercussions de sa réflexion philosophique et politique, mais aussi les oppositions qu'elle a suscitées au cours du XXe siècle jusqu'à nos jours en France, aux États-Unis, et dans le monde. À travers ses romans, son autobiographie, et ses récits de voyage, Simone de Beauvoir est certes un témoin privilégié de son époque, de l'Occupation à son engagement dans le MLF en passant par la guerre d'Algérie. Le défi d'une telle étude ? Montrer en quoi elle nous permet aussi d'approfondir et d'éclairer sous un jour nouveau les grandes questions de notre temps : la liberté et la responsabilité de l'être humain, la condition de la femme dans un monde androcentrique, le dialogue entre les peuples, et le combat pour la justice, par le biais d'une pensée éthique qui nous est contemporaine.

  • La logique

    Pierre Wagner

    Il est devenu si courant aujourd'hui de parler des logiques qu'on ne sait bien souvent plus ce qu'est la logique. Pierre Wagner donne à comprendre cette discipline en décrivant le genre de questions que se posent ou que se sont posées les logiciens, le genre de certitudes qu'ils ont acquises et la variété des projets qui animent leurs recherches. S'il expose avec clarté les bases de la logique contemporaine et ses origines historiques, l'auteur montre aussi que, depuis les années 1950, les recherches logiques ont pris de nouvelles directions comme l'étude des structures syntaxiques et sémantiques des langues naturelles, l'informatique théorique, l'intelligence artificielle, la théorie des jeux, l'analyse dynamique des croyances et de la connaissance ou encore les sciences cognitives.

  • Élaborer une théorie de la connaissance, c'est s'attacher à démonter les mécanismes producteurs du savoir, identifier les présupposés théoriques et les implications métaphysiques qui en règlent l'exercice. C'est aussi interroger les dimensions métaphysiques et éthiques que révèle tout acte de connaître. Jean-Michel Besnier présente et explique les modèles épistémologiques qui rendent compte de l'acquisition des connaissances. Il situe l'apport contemporain des sciences cognitives dans le sillage des conceptions philosophiques traditionnelles.

  • L'épistémologie est l'étude de la science, ou plutôt des sciences. L'usage de ce mot et la conception qu'il exprime sont relativement récents, puisqu'on ne les rencontre, dans la littérature scientifique et philosophique de langue française, qu'au début du XXe siècle. L'épistémologie implique que la connaissance scientifique, de même que la connaissance commune sur laquelle elle s'appuie, se situent toutes deux dans l'Histoire. Entre cette base et son environnement social, culturel et éthique, se situe l'éventail entier de la connaissance scientifique. Hervé Barreau analyse l'ensemble des problèmes qu'elle soulève, de la logique aux sciences de l'homme et de la société, en passant par les sciences physiques et les sciences du vivant.

  • Biographies revisitées, correspondances inédites, interprétations nouvelles... Le père de la psychanalyse continue de susciter toujours plus de publications et de controverses. En a-t-on tiré une meilleure connaissance de sa personne et de son oeuvre ? Qui se souvient vraiment de ce que nous devons à Sigmund Freud ? En laissant volontairement de côté les nombreux développements et les commentaires qui ont suivi, Jean-Michel Quinodoz, psychanalyste praticien, nous présente dans toute leur fraîcheur et leur originalité les notions-clés découvertes par Freud. Il offre ainsi l'occasion de retourner à l'essentiel d'une pensée révolutionnaire qui, éclairant le travail clinique quotidien des psychanalystes, n'a rien perdu de sa portée.

  • Le mot « éthique », lorsqu'il est appliqué aux sciences et à la médecine du vivant, semble recouvrir indifféremment « l'éthique médicale » proprement dite, c'est-à-dire l'exigence d'un certain comportement de la médecine au service du malade, et la bioéthique, qui est la mise en forme à partir d'une recherche pluridisciplinaire d'un questionnement sur les conflits de valeurs suscités par le développement techno-scientifique dans le domaine du vivant. Ces deux termes ont, du reste, des champs d'application voisins ou croisés lorsqu'il s'agit du don d'organe ou de l'assistance à la procréation. Didier Sicard clarifie les enjeux respectifs et communs de l'éthique médicale et de la bioéthique. Il met ainsi en perspective les notions de consentement, de préservation du secret, ou encore de non-discrimination, essentielles à cette éthique appliquée.

  • La philosophie intrigue ou effraie ceux qui ne la connaissent pas. Elle passionne, depuis vingt-cinq siècles, beaucoup de ceux qui ont pris la peine de l'étudier, à commencer par certains des plus grands génies de l'humanité, qui ont fait son histoire et sa grandeur. C'est cette passion que le présent ouvrage veut rendre compréhensible. Il explique ce qu'est la philosophie, comment elle a évolué à travers les siècles, enfin quels sont les grands courants, dans chaque domaine, qui la traversent ou s'y affrontent. L'ensemble constitue une introduction à la philosophie, donc aussi - mais c'est à chacun d'inventer la sienne - à la sagesse.

  • Fantasme, souvenir, rêve, mythe, roman, fiction... Autant d'expressions de l'imaginaire de l'homme ou d'une culture. Individuel ou collectif, l'imaginaire est traité de manière ambivalente, soit comme une source de maux, soit comme le moyen d'un enrichissement. Qu'est-ce qui pousse une conscience à s'imaginer un monde autre ? L'imaginaire est-il appauvrissant, aliénant, libérateur ? À la croisée des disciplines - psychanalyse, littérature, anthropologie culturelle, sociologie des médias -, cet ouvrage propose une analyse philosophique de ce qui nous détache de l'immédiat, nous invite au ludique, nous permet de penser lorsque le savoir est défaillant, nous offre un horizon : l'imaginaire.

  • Les philosophes ont du style. On l'oublie ou on l'ignore, imaginant que pour être rigoureuse, la pensée doit renoncer à la beauté. Au contraire, inventeurs de concepts, les philosophes sont aussi des séducteurs, des manipulateurs, des provocateurs, des conteurs. Ils enferment en de simples formules leurs plus grandes idées. Simples mais pas immédiates : ce qui semble évident ne l'est qu'au terme d'une longue réflexion. « Connais-toi toi-même », « L'enfer, c'est les autres », « Ôte-toi de mon soleil », « Je pense donc je suis », « L'homme est un loup pour l'homme », « Que sais-je ? »... En proposant 100 citations de philosophes et en les commentant, Laurence Devillairs nous invite à une promenade philosophique au gré de phrases célèbres ou à découvrir. De citation en citation se dessine ainsi une brève histoire de la philosophie.

  • Tous les mots de la langue sont philosophiques. Particulièrement les plus communs d'entre eux qui renvoient aux expériences et aux problèmes de chacun - la vie, la mort, l'amour et la haine, la justice, l'être, etc. Ils introduisent à la philosophie. Mais le langage n'est pas neutre et, pour penser le réel, les philosophes doivent le redécouper, inventer de nouveaux sens, parfois de nouveaux mots. Ces créations conceptuelles décisives sont familières et mal connues, tels le cogito de Descartes ou le conatus de Spinoza. Enfin la philosophie, comme toute pratique rigoureuse, forge ses termes techniques, ses mots-outils, ses territoires : éthique, métaphysique, causalité, empirisme... Cet ouvrage propose donc des « entrées en philosophie » par ces trois sortes de mots. Par des définitions claires et informées, mais aussi originales et contemporaines, il initie aux notions, aux oeuvres et à la pensée vivante.

  • Spinoza fut attaqué de toutes parts mais ses positions marquèrent les controverses sur la Bible, le droit naturel et la liberté de conscience ; on retrouve sa trace dans les Lumières, l'idéalisme allemand, le marxisme et la psychanalyse. L'Éthique et le Traité théologico-politique construisent une pensée de la Raison, refusant la finalité, la providence et l'illusion du libre-arbitre, une pensée de l'universalité des lois de la nature, de la singularité individuelle, de la liberté de philosopher. Chez Spinoza, rien n'est au-dessus de l'entendement humain ; l'étendue n'est pas moins divine que la pensée ; le bien et le mal sont relatifs ; l'homme n'est pas un empire dans un empire ; la fin de l'État est la liberté.

  • Le marxisme

    Henri Lefebvre

    Karl Marx - peu avant la révolution de 1848, et en rapport étroit avec la fermentation révolutionnaire de l'Europe - aperçut, d'abord dans l'indifférence générale, les grandes lignes de ce vaste ensemble théorique qui devait porter le nom de marxisme. Dès que l'influence et le rayonnement du marxisme commencèrent à s'imposer, les interprétations plus ou moins erronées et autres exégèses de son oeuvre se multiplièrent.
    En partant de l'oeuvre de l'auteur du Capital, Henri Lefebvre, dans cette introduction lue par des générations d'étudiants, expose la « conception du monde » développée par Marx, conception philosophique, morale, sociologique, historique, économique et politique qui a profondément marqué le monde contemporain.

  • Homère

    Jacqueline de Romilly

    « L'Iliade et l'Odyssée occupent une place à part dans la littérature en général. Ce sont les premières oeuvres écrites qu'ait produites la Grèce. D'emblée, elles se sont imposées à l'admiration de tous. Les poètes lyriques grecs, les tragiques, les historiens en ont été nourris et les ont imitées. Leur texte a servi de base à l'éducation en Grèce. Les héros des deux poèmes d'Homère sont passés dans le monde moderne [...]. Achille et Patrocle, Hector et Andromaque, Ulysse sont devenus des êtres familiers à tous et capables d'incarner, selon les cas, telle ou telle idée de l'homme. » Cet ouvrage interroge la place si particulière que l'oeuvre d'Homère occupe dans notre histoire en analysant les conditions de sa genèse ainsi que les raisons d'ordre littéraire d'un plaisir de lecture sans cesse renouvelé.

  • Les symboles ont un usage bien plus quotidien qu'on ne l'imagine. Comme le disait Aristote, « le mot chien ne mord pas », il est le symbole par lequel nous pouvons désigner la réalité du chien. Le rôle du symbolisme consiste donc à exprimer n'importe quelle idée d'une façon qui soit accessible à tout le monde. Cet ouvrage se propose d'analyser les mutations des signes depuis leur apparition jusqu'à leur lointaine métamorphose, notamment dans le domaine des mythes, et d'étudier ce qui se dresse entre la chose et l'idée : le symbole.

  • Les journalistes sont périodiquement mis en cause. Leur implication dans l'évolution politique et économique, leur rôle dans les « affaires », leur déstabilisation due à la multiplication des moyens de communication sont devenus des thèmes d'actualité, voire des « marronniers ». Le journalisme suscite d'autant plus d'interrogations que la profession n'est presque pas réglementée. Un cadre existe pourtant, des principes ont cours, un droit de l'information se construit même peu à peu. Au-delà, il est possible de reconnaître une fonction précise au journaliste dans la cité : la clarifier revient à mettre au jour les principes d'une éthique de l'information.

  • Dénoncer les relations de pouvoirs occultes, provoquer des résistances, permettre aux voix trop souvent étouffées de s'exprimer, produire des savoirs vrais qui puissent s'opposer aux gouvernementalités dominantes, défier nos libertés et nos possibilités d'action, faire surgir l'historicité de nos systèmes de savoir, de pouvoir et de subjectivation, montrer que rien en nous n'est fatalité, en définitive changer nos vies : telle est la tâche du philosophe selon Michel Foucault. À partir de l'analyse de ses oeuvres, cet ouvrage nous montre comment la philosophie de Foucault s'élabore dans des récits - histoires de la folie exclue, de l'accueil de la mort, des systèmes de pensée, des prisons, des guerres ou encore de l'aveu ou des plaisirs - qui, s'ils ne recherchent plus des significations ultimes, nous permettent de nous inventer à nouveau. À lire également en Que sais-je ?... Georges Canguilhem, Dominique Lecourt La folie, Roland Jaccard

  • Cet ouvrage nous invite à découvrir et comprendre ces philosophes dont seuls des fragments d'oeuvre nous ont été transmis. Selon Nietzsche et Heidegger ces philosophies constitueraient la véritable tradition philosophique aujourd'hui perdue.

  • Que dois-je faire ? Qu'aurais-je dû faire ? N'aurais-je pas mieux fait d'agir autrement ? Lorsque nous agissons, que nous délibérons sur nos actions, que nous prenons des décisions, nous sommes en quête de justifications, nous cherchons à montrer que notre action était la meilleure chose à faire, sinon la moins mauvaise. Nous nous référons ainsi, plus ou moins explicitement, à des normes et à des valeurs communes. En partant de la multiplicité des termes employés pour désigner notre expérience morale (éthique, morale, déontologie), cet ouvrage expose les principales théories de la philosophie morale et les grandes questions qui la traversent. Il nous invite à analyser la nature des règles suivies par chacun en société. Il nous propose, enfin, des exemples d'éthique appliquée à des domaines concrets comme la vie professionnelle, le soin médical ou l'activité des entreprises. À lire également en Que sais-je ?... L'éthique médicale et la bioéthique, Didier Sicard

  • Socrate

    Louis-Andre Dorion

    Socrate est souvent qualifié de « père de la philosophie ». S'il n'en est peut-être pas le fondateur, il est le premier à se détourner de l'étude de la nature et à insister pour que la réflexion philosophique s'intéresse désormais, et exclusivement, aux « affaires humaines ».
    En raison de cette stature, et du fait qu'il n'ait jamais laissé d'écrit, on a longtemps cherché dans les oeuvres de Platon, de Xénophon, d'Aristophane ou encore d'Aristote, la trace du vrai Socrate, du Socrate historique. Mais chacun de ces « témoignages » nous offre une figure et une pensée différentes du philosophe. En exposant et expliquant la diversité de ces portraits, la multiplicité des modèles qui lui sont attribués, l'ouvrage montre comment ses disciples ou ses contemporains se sont réappropriés, souvent pour en faire le porte-parole de leur propre doctrine, la figure du premier martyr de l'histoire de la philosophie.

  • La philosophie de l'éducation n'est pas une doctrine mais un questionnement qui remet radicalement en cause tout ce que nous croyons savoir en ce domaine. Elle s'interroge donc également sur le sens et les limites des sciences de l'éducation.
    Dans cet ouvrage, le lecteur trouvera une réflexion sur l'éducation, du point de vue de sa finalité et de ses institutions, ainsi qu'une interrogation sur les valeurs transmises par la pédagogie. Enfin, s'il se demande quel est le critère d'une éducation réussie, le philosophe lui répondra qu'on n'en finit jamais de devenir un homme.

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