Beauchesne

  • Qui a prêté assez d'attention à Léon XIII lorsqu'il a rappelé que l'homme passe avant l'outil et la production ? Qui a suivi Pie XI lorsqu'il a formulé le principe de subsidiarité qui est tronqué même dans l'Europe qui l'a inscrit dans son traité de Maastricht ? Qui a écouté Jean Paul II lorsqu'il lançait, au risque d'être incompris l'idée de l'employeur indirect - la collectivité - qui devrait prendre en charge tout salarié qui perd son emploi. On n'a pas attendu la crise de 2008 pour dire que le bien commun exige une instance de régulation à tous les niveaux où il se concrétise. Encore récemment, Benoît XVI, dans son encyclique Caritas in veritate (2009) rappelle que l'économie n'est pas le tout de l'homme et de la société, et que toute approche réductrice des phénomènes sociaux conduit à l'échec. L'homme est un mystère qu'aucun système ni aucune idéologie ne peuvent enfermer dans leurs limites.
    C'est le mérite de la Doctrine Sociale de l'Église de revenir toujours à la racine de l'humain, là où le Créateur a inscrit ce que « la sagesse éthique de l'humanité appelle la loi naturelle » (Caritas in veritate 59). Rechercher ce qui est l'humain dans l'homme conduit à choisir entre « deux types de rationalité, celle de la raison ouverte à la transcendance et celle d'une raison close dans l'immanence technologique ». La Doctrine Sociale de l'Église est ce travail incessant de la raison sur les profondeurs de notre humanité, une raison illuminée par « la vérité de l'amour du Christ dans la société ».

  • Le thème de la primauté de l'évêque de Rome a reçu une attention continue ces dernières années dans les dialogues oecuméniques. Qu'il suffise de rappeler les travaux de la Commission internationale anglicane-catholique romaine sur L'autorité dans l'Église, ceux du Groupe des Dombes où catholiques et protestants se sont penchés sur Le ministère de communion dans l'Église universelle (1985), l'annexe au Sixième Rapport du dialogue Église catholique - Conseil oecuménique des Églises sur L'Église locale et universelle, 1990, ou le document du Comité mixte catholique-orthodoxe en France sur La primauté romaine dans la communion des Églises (1991), outre les nombreux symposiums académiques sur la question de la primauté au premier et au deuxième millénaire.
    La primauté de l'évêque de Rome est actuellement au centre des discussions de la Commission Mixte Internationale pour le dialogue théologique entre l'Église catholique et l'Église orthodoxe.
    Il y a quelques années, le pape Jean-Paul II publiait son encyclique Ut unum sint (1995), invitant les Églises et les communautés ecclésiales à exprimer leur point de vue sur le nécessaire ministère d'unité au service de l'Église entière. Jean-Paul II invitait à distinguer entre le contenu essentiel de la primauté et les modes de son exercice.
    Entre catholiques, orthodoxes et anglicans, il est clair que le premier siège est celui de Rome. Il s'agit encore de préciser « quel est son rôle spécifique dans une ecclésiologie de communion » comme le dit le document de Ravenne adopté en 2007 par la Commission Mixte Internationale.
    Le dialogue avec l'Orthodoxie a mis en lumière que, pour l'Orient, la primauté - à tous les niveaux : diocésain, provincial, patriarcal, universel - est toujours articulée à la synodalité, dans une tension féconde alimentée à la communion trinitaire et eucharistique.
    Dans le contexte nouveau où vit le monde globalisé, la communion des Églises du Christ est plus que jamais un but à atteindre, en fidélité à la volonté du Seigneur.

  • On connaît Denys le chartreux par ses nombreux écrits.
    Quarante-deux volumes figurent dans la monumentale édition cartusienne de Montreuil-sur-Mer. Le " Docteur extatique " du XVe siècle, mort en 1471 en laissant derrière lui un modèle de vie ascétique, une expérience mystique intense et une oeuvre considérable tant du point de vue exégétique et spirituel que philosophique, n'a cependant pas négligé de s'intéresser aux plus humbles aspects de la vie monastique quand on le sollicitait sur tel ou tel point.
    Ainsi est né ce petit traité de la vie recluse, écrit à la demande d'une recluse qui désirait être conduite d'une main sûre sur le chemin de perfection. Rien d'intellectuel ou de savant ne vient rider la simplicité de ces " consignes de vie " données avec bonté, rigueur, mesure, et un sens évident des choses concrètes. Il s'agit d'aller droit au but : durer dans l'amour de Dieu en solitude. Aussi Denys le chartreux n'encombre-t-il pas l'esprit de la recluse avec de hautes considérations théologiques, mais, au contraire, lui simplifie la tâche en ouvrant un chemin de dépouillement, de paix intérieure et de fidélité, qui prend corps dans la prière et l'effacement de soi pour l'amour de Dieu.
    C'est à cette simplicité que ce traité doit sa fraîcheur toujours d'actualité qui justifie sa présence dans cette collection.

  • Entre la lettre qu'adresse saint Bruno à son ami Raoul le Verd, entre 1096 et 1101, pour l'attirer au désert et Silence cartusien de Dom Augustin Guillerand, il s'est écoulé neuf siècles.
    L'homme du Moyen Age et l'homme du XXe siècle se sont rencontrés par-delà les générations dans une même unité d'esprit faite de solitude, de silence et de purification intérieure. Leur prière a rejoint celle de leurs frères et soeurs aux noms dispersés ou perdus dans la mémoire collective : les trois Guigues, Marguerite d'Oingt, Denys le Chartreux, Ludolphe de Saxe, Lansperge, etc. Une famille spirituelle a tissé le manteau de sa vie en Dieu avec quelques principes forts maintenus par une observance rigoureuse des Coutumes érigées au XIIe siècle et par des écrits lumineux et profonds inscrits dans une sensibilité dépourvue d'intellectualisme où l'union à Dieu est l'unique nécessaire.
    Les larmes, la nourriture, le silence découvre les premières intuitions de la spiritualité des Chartreux et leur écho chez les auteurs de la maturité de l'Ordre. Le tracé suivi dégage l'unité entre les lignes de force dessinées par les voies de la purification, de l'oraison et du désir de Dieu que reflète le don des larmes, par celle du goût de Dieu dans la rencontre de sa Parole, nourriture quotidienne du moine, et enfin par celle du dépouillement dans le creuset du silence et de la solitude.

  • "Cet ouvrage paraît à l'occasion de la création à Lausanne, lors de la semaine sainte 2017, de La Passion selon Marc. Une passion après Auschwitz du compositeur Michaël Levinas. Cette création prend place dans le cadre du 500e anniversaire de la Réforme protestante. Elle entreprend de relire le récit chrétien de la passion de Jésus dans une perspective déterminée par la Shoah.

    Ce projet s'inscrit dans une histoire complexe, celle de l'antijudaïsme chrétien, dont la Réforme ne fut pas indemne, mais aussi celle des interprétations, théologiques et musicales, de la passion de Jésus de Nazareth. Et il soulève des questions lourdes, mais incontournables. Peut-on mettre en rapport la crucifixion de Jésus - la passion chrétienne - et l'assassinat de six millions de juifs ? Ne risque-ton pas d'intégrer Auschwitz dans une perspective chrétienne, et du coup de priver la Shoah de sa radicale singularité ? De redoubler la violence faite aux victimes d'Auschwitz en lui donnant un sens qui en dépasserait le désastre, l'injustifiable, l'irrémédiable ?

    Le livre propose une série d'éclairages sur les questions que soulève le projet d'une Passion après Auschwitz : relectures du récit de la passion selon Marc, analyses historiques, réflexions sur quelques figures juives de l'interprétation de la Shoah, reprises théologiques chrétiennes enfin, autour des questions posées à la christologie et à la théologie de la passion. L'ouvrage se conclut par un entretien avec le compositeur qui revient sur son approche de cette thématique et sur sa démarche.



    Ont participé à cet ouvrage : Danielle Cohen-Levinas, Corina Combet-Galland, Marc Faessler, Pierre Gisel, John Jackson, Daniel Krochmalnik, Pierre-Olivier Léchot, Michaël Levinas, Jean-Marc Tétaz et Christoph Wolff.

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  • Maître Eckhart est souvent connu par ses Sermons allemands, qui expriment la force et de l'actualité de sa prédication, mais qui sont lacunaires dans la mesure où ils sont constitués de notes prises par ses auditeurs. Ils n'en manifestent pas moins l'orientation de l'oeuvre de ce penseur majeur du xive siècle qui est la prédication, comme en témoigne d'ailleurs sa vie, qu'il est désormais possible de reconstituer, et cet ouvrage s'attache à le faire, de manière originale.
    Les différentes composantes de l'oeuvre eckhartienne sont également reprises et l'actualité de sa pensée est mise en évidence.
    En envisageant les principaux thèmes développés par Eckhart, tant en anthropologie qu'en christologie et en théologie trinitaire, sans oublier l'axe majeur de la pensée d'Eckhart qui est la filiation divine, cet ouvrage prend en compte les deux volets de cette oeuvre.
    Il en présente également les sources qui sont souvent oubliées et la réception qui en a été faite jusqu'aujourd'hui, ce qui renouvelle l'étude de ses écrits.

    Marie-Anne Vannier, Professeur à l'Université de Lorraine, Membre de l'Institut Universitaire de France, a publié de nombreux ouvrages et articles sur S. Augustin, Jean Cassien, maître Eckhart et les mystiques rhénans.

  • Les biographes de saint Jean de Dieu, dans leur souci d'édifier le lecteur, ont souvent confondu merveilleux et plausible. François de Castro reste pour nous l'auteur le plus crédible par excellence. Histoire de la vie et des saintes oeuvres de Jean de Dieu, de l'institution de l'Ordre et du commencement de son hôpital, écrit qui date de 1579 à 1582. Si François de Castro n'a pas connu personnellement Jean de Dieu, il a pu recueillir les témoignages de ceux qui avaient oeuvré avec lui.

    Frère Corentin Cousson (alias Jean Caradec Cousson) s'est donc très largement inspiré de l'oeuvre de Castro pour écrire De l'angoisse à la sainteté. Passionné qu'il était du « Mendiant de Grenade », il aimait partager le fruit de ses recherches. Je me souviens de ce temps où il travaillait dans un petit bureau sous les toits à la communauté de Lyon. Au visiteur que j'étais, il déplaçait quelques documents déposés sur un tabouret, pour le faire asseoir, et de me lire les pages écrites depuis mon dernier passage. En me livrant les analyses demandées à de nombreux psychiatres, je l'entends encore me répéter de sa voix sentencieuse : « NON ! Jean de Dieu n'était pas fou ! »

  • Voici le moment d'avoir du « discernement » (Apocalypse 13, 18). Cet avertissement de l'apôtre saint Jean est d'actualité en cette fin de millénaire où le retour du sacré, le foisonnement des sectes, jettent le désarroi dans les consciences. Comment situer la mystique par rapport à la théologie, à la métaphysique et à la poésie ? Le Dieu des mystiques est-il l'Absolu et l'Inconnu ?
    « S'engager dans la mystique » est-il un désir ou un risque ? La mystique aurait-elle quelque parenté avec l'érotisme, le monachisme et l'intégrisme ? La mystique est vertigineuse, comment résister à ses tentations ? Comment distinguer le goût du merveilleux et la grâce de l'émerveillement ? Enfin la mystique a-t-elle son langage et sa méthode ?
    Autant de questions qui imposent un discernement vigoureux pour éviter les dérives.

    L'illustration de la couverture reproduit le polyptyque de Roger van der Weydan (1464) des Hospices de Beaune. L'archange saint Michel pèse les âmes lors du Jugement dernier, mais c'est à tout moment de l'histoire de l'humanité et à tout moment de chaque existence personnelle que s'opère le discernement.

  • Un auteur spirituel a écrit qu' « on n'entre pas au ciel sans se désencombrer », tant il est vrai gue l'homme a besoin, à mesure qu'il progresse dans la vie, de faire le vide afin qu'il y ait toujours plus de place dans la raison et dans le coeur pour l'essentiel. En effet notre vie est souvent encombrée, c'est-à-dire obstruée par un trop grand nombre de choses. On crée l'embarras en accumulant les préoccupations et en surchargeant notre âme.
    Il n'est pas facile d'accepter que Dieu agisse en nous car il nous mène quelquefois par des voies bien étranges. Dès lors il importe de savoir choisir l'essentiel, en laissant de côté ce qui est secondaire. Il faut donc débroussailler son âme et dépoussiérer son coeur. Pour réussir une pareille entreprise le secours d'un guide avisé est souvent indispensable.

  • Après l'intérêt des exégètes et du public porté de façon prépondérante sur les écrits pauliniens et sur les évangiles synoptiques, il a fallu attendre ces dernières décennies pour que les études concernant le quatrième évangile prennent à leur tour leur essor. Elles l'ont pris de façon remarquable : réveil tardif, mais puissant. Conscient de la complexité des problèmes que pose la littérature johannique, D. Mollat a jugé cependant possible et souhaitable de rassembler en une synthèse les éléments qui permettent de voir en Jean le Théologien un « maître spirituel ». Le caractère propre des écrits johanniques, qui se présentent comme le fruit d'une expérience spirituelle, justifie cette entreprise.
    Une longue fréquentation des écrits johanniques, sous la forme d'un enseignement universitaire prolongé (Lyon-Fourvière, Université Grégorienne), et un large usage pastoral ont préparé la composition de ce volume. D. Mollat a d'autre part assuré la traduction, la pré sentation et l'annotation de l'évangile de Jean dans la Bible de Jérusalem en 1953; sa réédition, en 1973, offre en un dense commentaire les apports de vingt ans de recherche. Enfin, collaborateur de la TOB, du Supplément au Dictionnaire de la Bible, du Vocabulaire de théologie biblique et de diverses publications scientifiques, d'une Introduction à la lecture spirituelle de saint Jean, membre de l'Institut Biblique Pontifical de Jérusalem, nul n'était mieux qualifié que Donatien Mollat pour exposer l'enseignement fondamental de Saint Jean maître spirituel.

  • Le deutéronome

    Pierre Buis

    En s'ouvrant à l'Ancien Testament, la collection Verbum Salutis devait sans tarder faire sa place au Deutéronome. Bien qu'un classement dans ce domaine n'ait guère de sens, on doit considérer ce livre comme un des plus importants de l'Ancien Testament. En lui convergent tous les courants qui animaient la vie religieuse d'Israël à l'époque de la monarchie : alliance, sagesse, prophétisme s'y retrouvent dans une synthèse parfaitement équilibrée. Le Deutéronome constitue un résumé complet de cette étape de la révélation qui s'achève avec l'exil à Babylone au VIe siècle. Il y aura encore d'autres étapes marquantes dans la révélation : elles supposeront toujours celle-là.
    Le Deutéronome est un livre relativement long sur lequel il y aurait énormément à dire. Pour garder au commentaire des dimensions raisonnables, il fallait choisir. Dans l'optique de la collection, l'auteur a surtout cherché à mettre en évidence le message adressé jadis à Israël mais qui vaut pour le peuple de Dieu dans tous les temps. Pour saisir ce message, un travail d'érudition considérable est nécessaire ; si on ne présente ici que les résultats de ces recherches, elles restent toujours à l'arrière-plan du commentaire, ne serait-ce que par les références bibliographiques qui permettent au lecteur de prendre, s'il le veut, un contact direct avec les travaux des spécialistes sans lesquels on ne pourrait rien dire de sérieux sur ce livre attachant, mais d'un abord parfois difficile.

  • Ce volume poursuit une recherche, engagée dans les trois précédents, sur l'apport de la littérature pour un renouvellement du langage religieux et sur l'apport de la théologie pour la compréhension des textes littéraires.
    Après trois chapitres plus théoriques, il comprend des études sur des auteurs du XIXe siècle (tels Chateaubriand et Marceline Desbordes-Valmore), des romanciers (comme Bernanos, Céline, Blanchot) et des poètes modernes (comme Max Jacob, Marie Noël, Gustave Roud), des poètes contemporains (tels Anne Perrier et Jean-Pierre Lemaire). Dans ce dernier domaine, il faut souligner la présence dans l'ouvrage de trois contributions sur Yves Bonnefoy, déjà étudié dans chacun des volumes antérieurs, et notamment un commentaire détaillé du poème Dans le leurre du seuil.
    Comme les précédents, ce tome IV s'achève par un choix d'aphorismes librement commentés ; il s'agit cette fois de G.C. Lichtenberg.

  • « Quid Deus ? Qu'est-ce que Dieu ? » Telle est - selon les chroniqueurs -la toute première parole sortie de la bouche du jeune Thomas d'Aquin, alors oblat au mont Cassin parmi ceux qui « cherchent vraiment Dieu » (Règle de saint Benoît). Et, de fait, toute l'oeuvre intellectuelle de saint Thomas est comme portée et traversée par ce désir ardent de connaître Dieu, dont l'Aquinate sait qu'il s'accomplira pleinement dans la vision face à face que Dieu promet à ceux qui l'aiment. « Nous Le verrons tel qu'Il est » (1 Jn 3, 2). Cette promesse rend audacieuse l'intelligence, car, de cette vision béatifique, les différentes formes de connaissance de Dieu que l'homme peut et doit développer ici-bas, in via, sont comme des participations, une sorte d'avant-goût. Dieu déjà se donne à connaître à travers sa création. Plus encore - mais toujours en énigme -, il nous fait la grâce de participer par le don surnaturel de la foi à la connaissance qu'Il a de lui-même et de toutes choses. Et c'est de cette connaissance que la théologie tente d'exprimer en termes humains tout le suc intelligible. Par suite, rien d'étonnant à ce que la Somme de théologie s'ouvre par les questions consacrées au mystère de Dieu: là est le début et la fin de toute entreprise d'intelligence de la foi.

    Soeur Louise-Marie Antoniotti, o.p., arpente de longue date, sous la conduite des meilleurs maîtres, ces belles questions de la Somme. Il faut donc lui savoir gré de mettre à la disposition d'un large public le fruit d'un enseignement dispensé jusqu'à présent dans le cadre de la formation des moniales. Clarté et rigueur se conjuguent ici pour donner au lecteur une première et solide connaissance des thèmes essentiels de la théologie du Docteur commun sur ces questions fondamentales.

    Il est vrai que ce discours sur Dieu - tel qu'il s'est développé dans la scolastique et tel qu'il est assumé par l'Église dans son patrimoine de sagesse - est aujourd'hui soumis à rude critique. On suspecte son authenticité chrétienne. N'a-t-on pas coupé le vin pur de la Parole avec l'eau de la sagesse humaine ? L'usage de la métaphysique dans l'enseignement chrétien ne conduit-il pas à une forme larvée de rationalisme qui a fait le lit de l'athéisme contemporain ? Bien plus, en traitant de Dieu d'une manière toute philosophique avant de parler de la Trinité, saint Thomas n'est-il pas à l'origine de l'exil de la Trinité dans la pensée catholique ?
    On se gardera de souscrire trop naïvement à ces critiques dont les présupposés gagneraient à être critiqués. En fait, le projet thomasien d'intelligence du mystère de Dieu n'a rien perdu de son actualité. Loin de juxtaposer deux approches censées irréductibles, saint Thomas scrute de bout en bout en théologien le Mystère du Dieu révélé en Jésus-Christ tel que l'Église le prêche. Certes, pour des raisons méthodologiques bien compréhensibles, il est amené à envisager d'abord les perfections communes au Père, au Fils et à l'Esprit avant de considérer ce qui les distingue au sein de la Trinité. Mais il ne divise pas le mystère. Certes, aussi, pour mener à bien sa recherche, saint Thomas fait appel à la métaphysique et à une métaphysique qui' en reçoit dans son ordre propre un singulier accomplissement. Mais loin d'être une contamination de la foi, comme le craint « le fidéisme qui ne reconnaît pas l'importance de la connaissance rationnelle et du discours philosophique pour l'intelligence de la foi » Jean-Paul II, Fides et ratio, n° 55), le recours à la raison éclairée par la foi est une exigence pour la théologie chrétienne. Les noces de la métaphysique et de la révélation ne sont pas contre nature : elles sont à la source de la fécondité de la sagesse chrétienne. On en aura ici un bon aperçu. Père Serge-Thomas Bonino, o.p., directeur de la Revue thomiste.

  • L'Amour est au coeur de la famille. Pourtant, nos sociétés dites développées s'attaquent de plus en plus vigoureusement à la famille, se mutilant ainsi elles-mêmes.
    Or seule la famille, fondée sur l'union stable d'un homme et d'une femme, permet le triomphe de la vie, de cette vie qui nous vient de Dieu. Tandis que s'affirment et se multiplient les formes d'union plus ou moins libres, il est indispensable de rappeler la grandeur et la beauté du mariage, unique et indissoluble. Non pas le mariage idéalisé de la Belle au Bois dormant et du Prince charmant, mais le mariage de deux êtres différents, complémentaires, et imparfaits, qui, puisant l'Amour à sa source, dépassent leurs limites naturelles pour coopérer à l'oeuvre créatrice du Tout-Puissant et s'ouvrir à une fécondité porteuse d'éternité.
    Lieu du don et de la réception de la Vie, la famille est naturellement le lieu de l'éducation par excellence. Parents n'oubliez jamais que vous éduquez les propres enfants de Dieu, tous appelés à la sainteté, donc au bonheur ! Familles, n'ayez pas peur, n'ayez pas peur de la vie, n'ayez pas peur du défi qu'est l'éducation, et soyez pour le monde les visages de l'amour.

  • Est-il trop ambitieux de présenter à l'heure actuelle une synthèse consacrée à l'histoire de l'Église catholique en Chine au XXe siècle ?
    Au-delà de l'évolution institutionnelle et quantitative des missions en Chine, il fallait tenter de suivre, et de comprendre, le cheminement plein d'aléas par lequel la communauté catholique chinoise a pu commencer à former une véritable Eglise locale. Tel est le fil conducteur qui a inspiré les principaux développements de l'étude et qui invite le chercheur à cerner, autant que faire se peut, les mentalités et aspirations qui animaient Chinois et missionnaires. En d'autres termes, il n'était pas possible de négliger la dimension culturelle et psychologique de la rencontre entre Chine et christianisme.
    Une étude des méthodes respectives des diverses entreprises chrétiennes, de la concurrence entre elles, des éventuelles collaborations ainsi qu'une comparaison des fruits produits devraient permettre de mieux comprendre l'apport de l'ensemble du christianisme à la Chine. L'évolution prochaine mérite une attention soutenue, non seulement au point de vue du rapprochement diplomatique entre Pékin et le Vatican, mais plus profondément sur le terrain de la véritable communication interculturelle sereine et désintéressée. A défaut de celle-ci, le christianisme manquerait sans doute une nouvelle fois le rendez-vous avec cette partie si importante de l'humanité.

  • Isidore de Péluse

    Pierre Evieux

    Péluse était au Vè siècle de notre ère le second port d'Égypte, situé à l'est du delta du Nil, sur la route qui menait en Palestine. Devenu moine, non loin de Péluse, il resta, jusqu'à sa mort (435 environ), en communication, le plus souvent épistolaire,

  • Pendant des siècles, notre univers culturel s'est identifié au christianisme. L'essentiel de nos valeurs découlait de son message. Avec l'essor des techniques, la communication entre les hommes a fait un bond prodigieux au point que chaque humain n'a plus qu'une patrie : la planète terre. Le brassage de cultures et de mentalités qui s'ensuit, interroge nos différentes identités, fragilise nos croyances, relativise nos certitudes.
    Le christianisme s'est toujours considéré comme un produit d'éternité que les mutations du temps et de l'histoire laissaient insensible. Peut-il encore camper sur ces positions souveraines quand il n'est plus l'espace fondateur de notre culture ? Ne doit-il pas lui-même se mesurer à la diversité des cultures qui, désormais, structure nos sociétés ?
    Tester et confronter les nouveaux croisements culturels dans lesquels le christianisme est impliqué est le but que se propose cette nouvelle collection. Le projet est porté par la Faculté des Lettres de l'Université Catholique de Paris. Son champ d'enseignement et de recherches offre le meilleur espace de cette confrontation entre cultures et christianisme.
    Le premier titre de la collection est consacré au volume d'hommage offert à Monseigneur Marchasson dont la seule ambition fut de servir la culture chrétienne.

  • Les entretiens spirituels d'une laïque contemporaine, Gabrielle Bossis (1874-1950)n constituent un ouvrage majeur de la spiritualité. Le premier volume, publié en 1948, a été suivi de 6 autres et l'ensemble de ces 7 petits ouvrages offre plus de mille pages d'entretiens de Gabrielle Bossis avec Jésus : c'est un fruit de l'Evangile pour aujourd'hui, dans un monde de solitude généralisée.
    Cet essai se propose de donner une vue d'ensemble de ces volumes. Ils forment une unité dont on s'applique à suivre l'évolution chronologique. De brefs commentaires permettent de mettre ne relief l'originalité et la profondeur de ces entretiens centrés sur Jésus que Gabrielle entendait mais ne vit jamais de ses yeux.
    C'est dans le Foi qu'elle accepta, pendant les 15 dernières années de sa vie (1936-1950), d'écrire ce qu'elle entendait et de converser avec Celui qui un jour d'août 1936, sur un transatlantique, l'invita à causer avec Lui. »

  • Cet ouvrage a pour but d'ouvrir à l'intelligence du sacrement de baptême, d'offrir aux catéchistes, aux pasteurs et aux si nombreux catéchumènes ou "grands recommençants" un dossier qui dévoile les richesses spirituelles de la liturgie baptismale.

    L'auteur reprend ici la méthode des Pères de l'Eglise, toujours actuelle et efficace, dont Vatican II a souligné la grande valeur pédagogique : il présente, analyse et commente chacun des symboles fondamentaux de l'initiation chrétienne, non seulement bibliques mais universels, mis en jeu dans l'action liturgique et qui contribuent par eux-mêmes à l'éducation chrétienne : l'eau, l'huile d'onction, le vêtement blanc, le symbole du sceau, la métaphore des deux voies..., ainsi que la grande symbolique paulinienne de la mise au tombeau avec le Christ, pour ne citer que les plus significatifs.

    Ces symboles ne relèvent pas d'une curiosité archéologique : touchant les sens et l'intelligence, ils expriment et effectuent à la fois l'action sacramentelle. En les mettant en lumière, l'auteur permet d'accéder à la dynamique interne du baptême.

  • Anjou chrétien ? provocatrice pour les uns, l'image semblera dérisoire aux autres. Ils rappelleront sans peine que, dans ses frontières historiques, le diocèse d'Angers ne peut prétendre à refléter la vie de toute une province ; que les signes d'une foi transformée par la sécularisation des dernières décennies n'autorisent guère le diocèse à s'ériger en « chrétienté » exemplaire.
    Les auteurs de cet ouvrage, pour la plupart angevins eux-mêmes, en ont tellement conscience qu'ils ont voulu, au contraire, faire converger leurs approches historiques sur cette question : l'Anjou chrétien n'est-il qu'un cliché commode, mais largement fallacieux, ou renvoie-t-il à une réalité profondément enracinée dans l'histoire de ce diocèse de l'Ouest ?
    Au fil des siècles et des remodelages territoriaux, les réponses se nuancent en puisant dans les comportements du peuple chrétien, dans la vitalité d'institutions réputées si fortes, dans la socio-géographie des options devant le serment sous la Révolution française, devant 1'« école catholique » aux XIXe-XXe siècles, dans les stabilités et les fractures du pays électoral à l'heure des IVe et Ve Républiques.
    Ainsi se tissent les points et contrepoints des fidélités vécues et maintenues jusque clans la ferveur populaire de la procession du Sacre d'Angers et des « détachements » successifs et progressifs qui tracent une frontière tenace entre, d'une part, le Segréen et les Mauges, et, d'autre part, le Beaugeois et le Saumurois. Le plus étonnant est peut-être la continuité d'une pastorale sur quatre siècles qui laisse penser que si l'Anjou chrétien a un passé, il pourrait avoir encore un avenir.

  • Peut-être cette introduction doit-elle préciser une distinction que le corps de l'ouvrage considère comme acquise : la distinction entre la compréhension catholique de la Bible et l'apologétique biblique. Il est tout à fait normal que le croyant catholique, en lisant la Bible, s'appuie sur tous les soutiens positifs que lui offre sa foi. Il accepte l'inspiration et l'inerrance de l'Écriture, telles que l'Église les comprend ; il utilise sa connaissance générale de la Révélation chrétienne et, dans l'exégèse de passages particuliers, il est normal qu'il se laisse guider par l'interprétation qu'en ont donnée la tradition catholique et les documents de l'Église. Ainsi soutenu, le catholique qui lit le Nouveau Testament y trouve plus que ce qu'y aperçoit un incroyant. Il trouvera dans les Évangiles le récit de l'Incarnation du Fils de Dieu, de sa conception virginale à Nazareth, de sa naissance à Bethléem, au temps de César Auguste. Il verra en Jésus une personne divine, au sens strict et littéral, et il admettra sans difficulté que Jésus a réuni des disciples, les a instruits de ce qui touche au Royaume de Dieu, leur a promis certains pouvoirs à l'intérieur de l'Église et a garanti à cette même Église l'assistance indéfectible du Saint-Esprit jusqu'à la fin des temps. Le lecteur catholique trouve encore dans le Nouveau Testament la parfaite assurance que le Christ a opéré des miracles nombreux et étonnants, qu'il a institué la Sainte Eucharistie, qu'il a été trahi par l'un des Douze, qu'il a souffert, est mort sur la croix et est ressuscité corporellement d'entre les morts, qu'il est apparu maintes fois à ses disciples, et qu'enfin, après une quarantaine de jours, on l'a vu monter au ciel. Pourquoi le fidèle, à la lecture du Nouveau Testament, éprouverait-il des doutes sur la réalité de ces événements ? La saine érudition biblique n'a jamais contesté ces fondements de la foi catholique.
    [.] Le catholique ne désire trouver dans les Écritures aucune autre signification que celle qu'y trouve l'Église. Sans s'attendre à des définitions du Magistère sur toute question en discussion, il verra la nécessité d'une certaine direction officielle. Quand les autorités de l'Église, qui veillent à protéger les Écritures de toute déformation, jugent bon de fixer l'interprétation de tel ou tel texte - comme cela se fait assez rarement - le lecteur catholique acceptera ces précisions avec le degré d'assentiment intérieur et extérieur qu'on peut réclamer de lui en chaque cas. En tout cela, il verra non pas un autoritarisme, mais un gracieuse disposition de la Providence pour l'aider à mieux comprendre la Révélation chrétienne.

  • Le dimanche 8 Juin 1873, un vigneron de Saint-Bauzille-de-la-Sylve (Hérault), Auguste Arnaud, 30 ans, marié et père de deux enfants, faisait la pause au bord de sa vigne. Levant les yeux, il vit devant lui une femme, tout de blanc vêtue, qui paraissait avoir de 25 à 28 ans, nimbée dans une atmosphère lumineuse : Je suis la sainte Vierge, lui dit-elle, vous avez la maladie de la Vigne.
    Un mois après, jour pour jour, suivant la promesse qu'elle avait faite, elle apparaissait à nouveau en vêtements dorés et allait se placer au-dessus de la croix dressée selon ses indications. Il ne faut pas travailler le dimanche. Heureux celui qui croira , a-t-elle déclaré.
    Ce livre, rédigé en collaboration par des historiens de métier et des pasteurs, précise pour le Centenaire des Apparitions, le contexte, la nature et le sens de cet événement qui, non seulement a bouleversé la vie du voyant, mais a transformé le climat religieux de toute la région. Comme le dit l'abbé Laurentin, dans son Avant-propos, à Saint-Bauzille-de-la-Sylve, Notre-Dame du Dimanche en rappelant le précepte du repos dominical est venue dénoncer la maladie de l' homme, aliéné, possédé par son avoir et son labeur, à en perdre le sens. Elle indique dans une véritable pédagogie de la foi les voies pour retrouver le sens de Dieu, de la gratuité, de la fête, du témoignage et de la communication. Elle livre à nouveau le secret évangélique du vrai bonheur.
    Pour son Centenaire, Saint-Bauzille, comme Lourdes, n'avait « besoin que de vérité ». C'est le mérite de ce livre, de la présenter d'une manière à la fois attrayante et authentique.

  • La Liturgie est un monde qui nous demeure mystérieux « L'homme y passe à travers des forêts de symboles qui l'observent avec des regards familiers » écrit Baudelaire. Celui qui veut y pénétrer en logicien s'y perd vite.
    Et la Bible est tout aussi déconcertante pour un esprit théorique : il n'y a pas un mot abstrait dans la Bible. Elle est un livre d'images, un livre d'histoires.
    Etre un contemplatif ce n'est pas avoir des visions, mais une vision nouvelle des choses, un regard neuf ; spontanément toute chose, toute personne, tout événement de la vie est une rencontre de Dieu, un signe de Dieu. La vie spirituelle est aussi, d'abord attention au réel. C'est à travers lui que le Seigneur nous parle. A nous de savoir l'entendre.
    La théologie est peut-être une science, mais la contemplation est l'art d'écouter et de voir.
    A une époque où la théologie met en question son langage, où pourrait-elle mieux trouver ses expressions que dans ces « deux sources de notre morale et de notre religion » : la Bible et la Liturgie ?
    Au fil des fêtes liturgiques marquantes de l'année - Noé1. Epiphanie. Pâques. Ascension. Pentecôte, Assomption, Toussaint le P. Pierre Miquel, Abbé de Ligugé, présente, dans cet esprit, une série de réflexions et de méditations qui constitue un florilège varié et complet d'homélies pour notre temps.

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